Pz 93

Le vieux pêcheur traverse la nuit
Puis puise de l’eau à l’aube
Allume un clair feu de bambous
Le soleil levant dissipe les brumes
Reverdissent les eaux et les montagnes
Nul n’apparait
Les nuages à la queue leu-leu
S’en vont
Inutile de scruter l’horizon
Rejoins le sens du courant

Pz 92

Les feuilles mortes
Couvrent le chemin
Et la neige sans empreintes
La brume d’encens
Se fige au val
Aux ronces, des haillons
Le vieux moine est mort
Les oiseaux sont partis
Nos pas sont effacés
Tu pêches seul
Sur le fleuve enneigé

Pz 91

Dans la forêt vide
Nul feu ne t’éclaire
Esseulé de la nuit
Tu puises à la source froide
Tu noues des fagots de ronces
J’aimerais te porter une gourde de vin
La tempête monte
J’aimerais tant rire avec toi
Rire aux éclats
Rire une fois

Pz 90

Sur le sentier des simples
J’envie ton ivraie parmi les fleurs
Les papillons merveilleux de tes rêves
L’ombre glisse dans le puits froid
Avant de goûter l’eau
L’homme de silence
Prend un peu de soleil couchant
Le moine ne sortira pas
De sa chambre des sommets

Pz 89

A l’insu même du bûcheron
Je tourne en rond et en secret
Personne ne nous a désirés
A nous de nous vouloir
Dans la ville céleste
Les nuages blancs nous unissent
Et nous séparent
La brume verte a disparu de la forêt
Les hauts sommets régissent les constellations
Il me faut un gîte pour la nuit
Demandons au bûcheron

Pz 88

Il n’est pas possible
Il serait vain
Qu’un maître soit insoumis
Enivré de lune et de fleurs
il s’adonne au vin
Il brave le prince
Il vit librement
Dans l’oubli des années
Sur la cime des pins
Sommeillent les grues blanches

Pz 87

Tu t’en vas au bleu des nues
Je rentre par le bleu des monts
C’est ici qu’on se sépare
La lune et les pins animent
La fraîcheur de la nuit
L’homme de silence
Tient son séjour secret
Ma canne s’en retourne
je rentre à la cabane

Pz 86

Tu battais la campagne
La dernière fois où je t’ai vu
Notre amitié ressemble à un pin
Jeune et âgé
Nous craignons les rochers bizarres
J’habite la tranquillité
Je balaie la poussière des pensées
Je ne crains pas l’absolu
Tout n’est qu’illusion
Je crois dans les zéphyrs

Pz 85

Calme au poing
Le chemin trop fréquenté
En travers du temps
N’est qu’une grotte
Dans la paroi
La montagne résonne
A ton pas
Les nuages se heurtent
Au promontoire
Quand le paysage est musique
A quoi bon celle des hommes
Sauf si elle est bonne

Tsc 50 et fin + Pz

Ts 49 termine la série Tao illustrée pour nous par  » L’éternelle sagesse du Tao » – « le rire de Tchouang-tseu »-textes choisis et commentés par Stephen Mitchell-Synchronique éditions-2015
Après ce plongeon dans le tao, cet extrême familier, nous revenons en arrière tout en restant en Chine grâce à la « Poésie chinoise de l’Eveil », Albin Michel, 2017, code Pz. Nous l’avions interrompue le 02 / 07 / 2017 avec l’article Pz 84.
Je suis de plus en plus éloigné du texte chinois tout en en restant proche.