Etre grand peut être petit
Ne jamais oublier l’inconnu caché dans le connu
Si l’on est oiseau on cesse l’humain
Pourquoi habiter la montagne d’émeraude ?
J’habite la tranquillité
L’aboi de chien le tumulte de l’eau
Ne troublent rien
Ni les fourmis ni les blattes
J’aime le torrent qui coule indéfiniment
Les bambous déchirent
Pz 102
Ecrire ce qui déjà disparait
La rosée l’ambroisie
Le hurlement des loups
Les deux tilleuls du jardin
Réveiller le divin
Les instants sont absurdes
J’aime errer à l’abandon
Les pensées sont éphémères
La spontanéité est unique
Nous ne sommes pas des dieux
Pz 101
J’ai laissé le vent me baigner
Je ne pense plus rien
Si je lis un poème
Je ne meurs plus
La séparation n’a plus cours
Les coïncidences sont silencieuses
L’ineffable est verbe
La pensée commune domine normalement
Seuls de petits éclairs de poésie
Me rendent plus normal encore
Pz 100
Un poème suffit à un bonheur
Errer au loin est un bienfait
Près de la fin du savoir
Plein de départs déconcertants
Toute montagne est inachevée
S’éloignent les oiseaux
Se dispersent les hommes
Je ne suis pas un voleur de feu
Lune claire bleu des brumes
Le sens du poème est dans les bambous
Pz 99
Mes mouvements ne m’emmènent nulle part
Mes séjours n’ont pas de lieu
Je réponds aux malheurs du monde
En m’y conformant
La sagesse de l’égarement
Je me révolte
Le véritable ermite se retire au coeur du monde
Tord le cou des dragons du discours
Exilé de moi-même
Je parcours seul la Voie
Pz 98
La poésie est l’exercice de l’éveil
L’accès à l’esprit
Le chant d’un pêcheur s’éloigne dans les roseaux
Ultime vérité
L’esprit peut se laver à l’eau des rivières
La montagne et la forêt ne sont pas vides
L’univers est une maison
Unis dans l’ivresse oublions les principes
Poursuivons la lune dans l’eau
Les oiseaux et les hommes s’éloignent
Pz 97
La route longue au froid du ciel
Chagrine l’improvisation
Au dessus des pagodes
je rêve d’écrire
Il faut que je me hâte
Le rêve s’évanouit
Comment respirer et restituer
Un paysage perdu ?
Réveiller le divin ?
Ce n’est pas pour demain
Pz 96
La montagne n’est plus solitaire
Pour ceux qui vivent de la Voie
Dans l’intime chaleur d’une maison
Je dors sur un coussin de joncs
Je suis vêtu de coton
Je me retourne au sortir des montagnes
Arbres et nuées se confondent
Un aigle seul plane
Ma joie est d’errer à l’abandon
Le retour à la maison me surprend toujours
Pz 95
La neige vient sur le lac empli de brumes
La beauté est simple
Je préfère que le palais soit éteint
Je ne déteste pas l’absence de la montagne
Le bois profond est vide
Je cherche un homme de la Voie
Qui ne soit pas un homme de silence
Je ne dis pas adieu à la joie
Dans la solitude du mont orphelin
Mon effort est-il toujours vain ?
Pz 94
Le couchant absorbe les monts
Le moine solitaire rejoint la hutte
Parmi les feuilles tombées
Aux nuages froids le sentier se soulève
La pierre chantante annonce la nuit
Paisiblement appuyé sur un mur de rotin
L’univers s’emprisonne dans une particule
Voir le monde dans un grain de sable
Le ciel dans une fleur sauvage
Le sentier se soulève encore