Pz 84

Le blanc d’un nuage coiffe l’îlot
Le parfum de l’herbe pousse la porte
Attraper après la pluie la couleur des pins
Nous sommes ensemble dans l’oubli des mots
Le ciel s’écartèle le soleil se déchire
Sur la glace des pics vit la neige d’été

Je suis le voyageur des lieux divers
La lumière déclinante laisse un rayon sur la mousse
La rame légère lutte avec l’eau
Je n’ose parler ni au pécheur à la tête chenue
Ni à la vierge du bord de berge
Je n’ose rien dire

Lt 17

Nous sommes notre propre médecin
Mais ce que le ciel ignore
L’homme comment le connaîtrait-il ?
Du ciel ne vient jamais de secours
Nul ne sait d’où vient la mal
Les médecins et les sorciers sont aussi ignorants

La foule chante à la naissance
Pleure à la mort
Qu’est-ce qui n’a pas d’origine et qui est là ?
Ce qui est conditionné est mortel
La vie et la mort sont le tao
La vie venant de la mort est bonheur
Le tao produit la vie sans raison apparente

Bg

Chapitre XXIV

Pour certains c’est la prière l’offrande
D’autres versent l’offrande dans le feu
Certains offrent leurs sens dans le feu de l’abnégation
D’autres les objets des sens ou les actions des sens
L’offrande c’est se laver de ses pêchés
L’offrande sage est supérieure aux rituels
La sagesse te permet de voir tous les êtres en toi
Tout même le plus malfaisant franchira la mer du péché
Sur le vaisseau de la sagesse

La bûche est réduite en cendres dans le brasier
Il en va de même pour l’action dans la sagesse
Qui est ignorant et sans foi s’abîme dans le doute
Grâce à l’épée de la sagesse tu tues le doute
Maintenant tu peux combattre

Pz 83

Nulle part je n’habite
Je dors sur ma couche d’absolu
Prenez vos précautions
Pour me réveiller
Le plus souvent je fais sans faire
J’agis sans agir
Je joue
Si l’océan se couvrait de fiers navires
Nos esprits ne se rencontreraient pas
Il y a l’éveillé et l’endormi
L’ordinaire et l’extraordinaire
je ne sais pas faire le tri
Si l’un d’eux travaille et l’autre mendie
Les deux rient
Tout ceci tant qu’il n’y aura pas de muriers sur l’océan
Je ne me lasse pas de l’ineffable de l’ineffable

Lt 16

Il est possible que dans un corps le chaud et le froid ne soient pas en harmonie
Il est possible que dès la naissance la force soit insuffisante
Il est possible que lors de la conception la vie se trompe
L’avantage de la dernière possibilité est qu’elle n’offre aucun remède
Ce n’est pas en s’aimant qu’on se traite le mieux
Plénitude et privation viennent d’elles-mêmes
Tout vient naturellement la vie comme la mort

Bg

Chapitre XXIII

Les Anciens imitent mon exemple
Car j’imite le leur
Ne goûte pas les fruits de l’action
Que sont l’action et l’inaction ?
Apprends pour t’abriter du danger
Tu dois savoir faire la différence
Entre action, erreur et inaction
La nature de l’action est subtile
Elle est même insondable
Qui est sage perçoit l’action
Au sein de l’inaction
Et vice-versa
Le sage ne fait rien au plus fort de ses actions
Seul son corps participe aux actes
Satisfait quoiqu’il se produise
Tous ses actes sont offrandes
Je ne me lasse pas de boire ces mots
Et leur fertile nectar

Pz 82

Le lion rugit sans effroi
A moi il fait peur J’ai tort je sais
Dans le fracas des crânes et de la création
Seuls les sages pratiquent le silence
L’ignorance, l’amour et la haine parlent pour moi
Mais ces émotions sont l’éveil à l’égalité

Les bulles naissent et claquent dans l’eau
Une perle irradie dans l’espace oublié
Le vide est lumineux dans chaque grain d’univers
Chaque miroir est libre dans ses reflets

Lt 15

A ce qui est long on n’ajoute rien
A ce qui est court on n’ajoute rien
Qui connait la volonté du Ciel ?
Qui en connait la raison ?
Qui sait ce qu »elle signifie ?
Il est vain de réfléchir
Sur la volonté du Ciel
De même que sur le bonheur
Et le malheur

Bg

Chapitre XXII

Lorsque le chaos menace
Je m’incarne en un corps humain
Afin de protéger les bons
D’anéantir les méchants
Quiconque a conscience de ma présence
Vient à moi en pleurant
Beaucoup atteignent mon état
Purifiés libérés des désirs et des peurs
Les rites sont suivis de succès
Sans agir j’ai engendré les castes
L’action ne peut me souiller
Car son résultat m’est indifférent
Nombreux sont ceux je l’espère
Qui ne sont pas liés à leurs actes

Pz 81

Le fleuve fracture la porte du ciel
Les rives bleues et vertes se défient
Une voile solitaire sort du soleil
Les singes de la nuit se lèvent dans un cri
L’écho du vent l’écho de l’eau
L’échec du vent l’échec de l’eau
L’ami s’en est allé Il ne reste plus que le fleuve
A l’infini du ciel

Je prends congé quand le soleil se couche
Mon maitre assis pour méditer
Constate que rien ne nait
Sur le fleuve pur la lune est humaine
La transparence appartient à l’esprit
Mon sommeil profond ne connait pas l’aube
Les trilles des oiseaux entourent le dormeur
Je suis le réel et la fleur qui s »arrose