Les voraces nuages se promènent
Au dessus des abîmes
Jadis soumis l’humain
Suit un sentier périlleux
Entre ciel et terre
Le long de la vallée de la mort
Là où la ronce croissait
On a planté des roses
Sur la lande jadis aride
Bourdonne la mouche à miel
L’abeille des anciens poètes
Mais le méchant aussi
Gagne le sentier périlleux
Là où il y a de la gloire
L’argent circule à foison
Le méchant adore
Pourchasser moins méchant que lui
Dans les climats arides
Que seuls la patience et l’eau
Rendent humains et beaux
Attraction et répulsion
Amour et haine
Sont les fondements de toute existence
Energie et raison
Elan et discipline
Sont les fondements de l’existence humaine
BLL94
« Adanak !!! Adanak !!! »
Ce cri traditionnel poussé
Par des milliers de guerriers peinturlurés
Terrorisait l’écho lui-même
Qui répercutait au loin ce cri tragique
Les os des guerriers se mirent à rétrécir
Leurs yeux se plissèrent se contractèrent
Ils perdirent en masse leur belle chevelure
Les anciens guerriers bâtirent des tombes
Dans des endroits lointains
Ils moururent avant de pouvoir y entrer
Ils laissèrent l’océan salé et sphérique déferler
Personne n’entendit plus : « Adanak ! »
BLL93
Ages après âges
Le sommeil de pierre nourrissait le désert
L’éternité tournait en rond
Un globe rouge chut dans l’abîme
Projetant des branches autour des branches
Les affres d’espoir débutèrent
Les oreilles se pétrifièrent
Les sens ne gouvernaient plus rien
Les cavernes affamées prirent langue
La main droite et la main gauche prirent date
Ainsi fut divisée l’éternité
BLL92
Aux semailles il est temps d’apprendre
Tu conduis ton char au dessus des ossements
Evite les excès de sagesse
L’incapacité courtise la prudence
Désire et agis
Nous ne voyons pas le même arbre
Si tu souris tu deviens un astre
L’éternité est amoureuse du temps
Les moments de sagesse sont éternels
Quand tout va mal utilise mesures et chiffres
Qu’il te suffise de voler de tes propres ailes
Ne mets jamais autrui au dessus de toi
Il arrive que la folie devienne sagesse
La joie est féconde
Il est nécessaire d’imaginer avant de prouver
Réveille l’eau qui dort
La beauté est exubérante
Le progrès est sinueux
L’humain féconde la terre
Tu as le choix entre trop et pas assez
BLL91
Un à un ils déchirèrent les liens
La nuit les ceintures se renouvelaient
Elles formèrent même une chaine de fer
La chaine d’envie et jalousie
iIs s’obstinèrent pendant des jours
L’un d’eux inventa le fil à plomb et une règle
Pour diviser l’abime du dessous
Il ajouta à l’aide de quelques amis
Une balance un sextant un compas
Enfin connu l’abime se couvrit d’arbres fruitiers
ils explorèrent les antres de la force immense
ils découvrirent dans les montagnes délaissées
De cruelles énormités simulacres pervers
Ils comprirent enfin que la vie vit de la mort
Ils étaient libres sans lien superflu
BLL90
Jette ton épée ton fusil
Cours embrasser le paysan paisible
Rejette la terreur qu’elle soit rouge ou noire
Le mépris l’oppression
Dégrafe ton ceinturon d’infamie
Embrasse les vallées
Ne maudis plus bénis
Les terres sont vaines
Quand elles sont dévastées par la loi
Par l’honnêteté victime de la superstition
Affolée par l’esclavage
La scie le marteau le ciseau le crayon la plume
Remplacent tes armes
BLL89
Ma voix plaintive pleure dans le vide
Elle n’a nulle forme
On me dit que mes pleurs
Tombent sur l’arbre
Au bord de la non-entité
Je suis couché au bord du gouffre
Je vois les flots noirs
Je marcherai sur les rocs
Dans le monde de l’esseulement
En proie à la dure nécessité
« Où est mon berceau d’or ?
Je me pensais fils d’éternité
Où sont les nuages de rosée
Qui saluaient mes aubes ?
Où sont mes chambres d’amour ? »
Je suis plein de semence
Je suis un ignorant
Mais j’ai l’esprit scientifique
Je ne connais pas l’insomnie
Je dors dans le bonheur
Privilège du sommeil
Qui ressemble à l’enfance
BLL88
Il marche à travers les désirs en feu
De dorée sa tenue passe à l’or
Le loup et le lion éternels
Frappent l’air de leur queue
Ils ne peuvent rien pourtant
Ni détruire ni construire
Une forme rebelle le déchire
Elle a des yeux de mort
Une houle roule en cercles énormes
Aspirant les temps qui affluent à sa rencontre
Ses machoires sifflent sans cesse
Elle se roule dans les nuages
Le marcheur git de tout son long
Couché sur le rivage d’en-bas
BLL87
Un masque de soie suffit
A cacher les traits du traitre
Dans la tour sanglante
Un squelette est toujours enchainé
Une maladie reste attachée à sa couche de paille
Nourrissant de nombreux vers
Une barbe couvre le sol
Comme une forêt d’algues
Inoffensifs des serpents et des scorpions
Aiment sa compagnie
Enfermée elle-aussi l’imagination
Ne livre qu’une image de désespoir
Elle tourne en rond sur les mains et les genoux
Le geôlier de ce beau monde est un dément
Prisonnier de son monde d’abstraction
Le chaos a envahi son âme obscure
On entend parfois son délire
Dans la prison et au-delà
BLL86
Ma voix plaintive
Evoque mes pleurs sur le vide
Elle se fait entendre
Mais nulle forme n’est sienne
Elle est couchée au bord du gouffre
La non-entité triomphe sans allégresse
L’abîme est vaste
Je marche sans pleurer sur les rocs
De l’esseulement
Je n’ai pas de main à toucher
Je n’entends aucun pas
Où est la joie matinale
Du réveil auprès de l’aimée ?