Pot18

Cet homme revient au pays
Après des années de longues années d’absence
Il ne reconnait personne
Personne ne le reconnait
Même les rues même la montagne
Ne lui disent rien
Ne lui parlent plus
A un coin de rue il croit rencontrer
La tante Marcelle
Bien sûr ce n’est pas elle
Le bistro des matelots a disparu
Il a une adresse
Celle du cousin Marcel
Il y va Il sonne à la porte désuète
Une vieille femme qui ressemble à sa mère
Lui ouvre en souriant
Il s’excuse et s’enfuit

Pot17

A notre époque tous les hommes
Se croient intelligents
Ils se jugent mal récompensés
Ils n’arrêtent pas de penser
Ils se promènent en regardant par terre
Des fois qu’y pousserait
La fleur de leur pensée
Ils se traînent à grand-peine
Dans la boue des regrets
Dépourvus de remords
Ils chantent à tue-tête
Leur peur des squelettes
Ils n’enlèveraient pour rien au monde
La peur et la mort de leur tête
Parce que pour eux c’est une fête
La fête de la pensée

Pot16

Ils voient l’ombre
Ils ignorent leur nombre
Ils sont désemparés
Comme le chien de Goya
Ils regardent l’ombre
La brume
Ils ne savent que faire
Il y’a tant de mystère
Dans cette ombre
Qui est eux-mêmes

Pot15

Ah ! les jardins perdus de la mémoire
Comment s’en souvenir ?
On se promène là où quelque chose
S’est probablement passé
Ah ! Voici le banc où nous avons échangé
Nos premis baisers et nos premiers serments
Il est tel que dans mon imagination
Il est banal
On dirait un piège
Soudain le miracle se produit
Je suis jeune et toi aussi

Pot14

Les sacs de dames
Sont des mystères
Aussi profonds que la Terre
La différence est toutefois
Que leur magma
Est fait de n’importe quoi
Une minaudière
Un grand miroir
Deux bâtons de rouge à lèvres
Dont un rose
Un bel ensemble de mouchoirs en papier
Décorés avec des couleurs vives
Un portable
Un préservatif usagé
Une table pliante et quatre chaises
Une chatte de rechange
J’en passe et des meilleurs
Une pince à épiler
Un arrosoir
Un allume-cigare
Une gare de banlieue
Et surtout un épais matelas
De lettres d’amour
Ecrites par six amants différents

Pot13

J’ai bien baisé Sylvette
Elle est blette comme je les aime
je m’enfuis en catimini
Pour rejoindre Liselotte
Elle est rigolote
Quoiqu’un peu sotte
Aujourd’hui c’est le tour
D’Amour
Elle est parfaite
Ainsi se passent les jours
D’une jeune séducteur
Sur le retour

Pot12

Un professeur se désespère
Il ne réussit pas à enseigner
La différence entre le lapin et le lièvre
Un professeur ne se décourage pas
Il refait ses lettres ses calculs
Un lièvre n’est pas un lapin
Grâce à la preuve par l’oeuf
Le professeur est comme neuf
Il va à l’armoire à glace
Pour se prendre un costume
Et des mouchoirs
La glace a fondu
Comme chaque année en été
Le professeur saute en l’air
Il va se baigner

Pot11

Cet amour si fragile
Pousse comme le jour
Cet amour dérisoire
Revient le soir
Pour la chaleur de la nuit
Il s’éteindra à l’aube
Cet amour qui fait peur
Est peut-être
Notre seule joie

Pot10

La terre est endimanchée
Pourtant on n’est pas dimanche
La musique est militaire
Pourtant c’est de la musique
La fleur est mémorable
Elle est pourtant déjà fanée
Il arrive que dans les champs
Fleurissent les coquelicots
Et les bleuets du malheur
Que nous prenons pour le bonheur
Fleurs des amours fleurs des amis
Fleurs des arts de la philosophie

Pot9

Vers la fin des années quatre-vingt
J’ai décidé que je n’avais plus
D’amis à gauche
Et que je ne pouvais pas
En avoir à droite
Trente ans plus tard
Rien n’a changé tellement
Et pourtant tout est métamorphosé
Je ne suis pas sûr de m’y retrouver
La Droite est toujours la Droite
Mais la Gauche ?