Criblé par la mitraille
Un cheval de bataille
Pensait mourir dans le fossé :
« Adieu gloire stérile !
Adieu lauriers sanglants ! »
Mais tout d’un coup une fanfare
Retentit au loin
Le coursier se lève
Et galope vers son destin
Le fabuliste inconnu ( 205 )
La mère demanda à l’enfant
De secourir un vieillard
L’enfant courut
Puis revint aussi vite :
« Maman le vieux monsieur
Ne pleure pas
Donc il n’est pas malheureux »
Le fabuliste inconnu ( 204 )
« O papillon d’azur
D’où tires-tu la sublime couleur
Dont ton aile est peinte ? »
« Des fleurs qui m’ont offert
Leur coupe de saphir »
Sachons comme le beau papillon
Choisir avec goût nos fleurs
Le fabuliste inconnu ( 203 )
Une tourterelle pleurait
Quand devant elle le mal était fait
Sa maitresse voulut s’en débarrasser
Sa cousine accepta de s’en charger
Mais son mari le lui interdit :
« je ne souffrirai pas
Qu’une tourterelle pleure devant moi »
Le fabuliste inconnu ( 202 )
La charité un jour sauva un nouveau né
Partout elle fut bien accueillie
L’enfançon trouva vite un foyer
Mais pour un de sauvé
Combien furent abandonnés !
Quand la justice manque
La charité n’est qu’un palliatif
Le fabuliste inconnu ( 201 )
Un paysan acheta un champ dévoré par les ronces
Et les chardons
Il décida de le nettoyer dans les plus brefs délais
Une ronce récalcitrante déclara
A haute et intelligible voix :
« Depuis toujours nous sommes les maitres ici
Le droit est pour nous
Qu’il soit de conquête ou de propriété »
Le paysan répondit :
« Peu importe votre droit
J’ai le mien pour moi »
Le fabuliste inconnu ( 200 )
Le fabuliste inconnu a lu chez un confrère persan ce conte :
Dans un coin perdu du Turkestan
Existe une fleur rare aux effets merveilleux
A la vertu bizarre
Par exemple qui la mange
A les dents teintes en or
On la nomme l’herbe au suc d’or
Si le mouton en mange trop
Il mourra de faim
Car il n’acceptera plus rien
On raconte également en Perse uniquement
Que certains avares se laissent mourir de faim
Sur leur tas d’or
Le fabuliste inconnu ( 199 )
Le vent du désert effaçait tout devant lui
La dune se laissait faire
Pour se reformer autrement
Un bédouin dit alors :
« Je préfère la terre à l’air
Le fondateur au conquérant »
Le fabuliste inconnu ( 198 )
Un papillon et une guêpe
Volaient au dessus des fleurs
Le papillon insouciant
Goûtait le nectar de sa trompe
La guêpe le menaça :
« Méfie-toi j’ai un dard »
« N’y-a t-il pas assez pour tous deux ? »
« Ton plaisir me déplait »
Son rival parti la guêpe
N’obtint pas une goutte de nectar de plus
Le fabuliste inconnu ( 197 )
Un cormoran remontait le cours d’un petit fleuve
Pour attraper au moins un poisson
Au clair de lune l’onde
Brillait de mille feux capricieux
L’oiseau crut y voir des poissons d’or
Il plongea vingt fois et n’attrapa rien
Puis la lune se couvrit
Peu à peu des poissons remontèrent
Sous les flots transparents
Fatigué et déçu le cormoran se reposait