JM 4

Nous nous retournons sur les belles fleurs
Respire avec le monde
Retrouve ton amour de l’enfance
Souvent tu ne prêtes pas attention

Les fleurs ne se plaignent jamais
Les fleurs se fanent en silence
Des fleurs apprenons l’humilité
Et la beauté du silence

La beauté ne parle pas
J’ai peur d’être blessé à nouveau
J’ai peur d’être déçu
Je suis figé

Je vois la souffrance universelle
Anxiété déception malheur
Cocons qui se transforment peu à peu
En papillons radieux

j’ai la haine en moi
J’ai un puits à haine
Je ne la laisse pas sortir
Elle me dévorerait

JM 3

La gratitude est une pratique
Tout esprit doit être un sanctuaire
Les fous dansent avec la rage
L’idée du moi est falotte

Bellot Bellotte !
J’apprécie le cours du monde
J’ai des os dans le crâne
Je projette des images sur l’écran de ton esprit

Tes idées sont ton seul monde
Ne fais pas de ton esprit un tigre
Rêve ami ta vie est déjà un rêve
Le futur est avide

Je répète : brisons les murs
Nous sommes nés Nous attendons le jour de l’éveil
Les funérailles sont un jour heureux pour qui reste
Si nous le désirons, nous avons de nombreuses raisons d’exister

Au point du jour nous sommes réveillés mais pas éveillés
Toi + Moi = Un
Toi Un + Moi Un = Deux
La vie est comme une onde

Tu respires comme le monde
Le monde dispose de plusieurs ponts pour chacun
Même la mort peut être ravissante
J’attends, j’attends toujours

Les chapitres défilent
Connais-tu le sommaire de ton livre ?
Ton livre de vie
La vie est un livre

JM 2

J’aurais aimé avoir les fleurs pour maître
La paix intérieure, le calme extérieur
Pourquoi mon coeur est-il immature ?
Je n’ai jamais rencontré quelqu’un

Oui à la richesse intérieure
Où est l’essentiel du monde ?
La paix est-elle dans une tasse de thé ?
Le vieillissement change la voix

L’argent fait le bonheur de quelques-uns
Le coeur bouge toujours
La lumière déteste l’ombre
Ton coeur s’ouvre pour bouger

Les divinités restent d’étranges étrangères
Une peau épaisse protège des flèches
Ton monde est idée
Les vagues avancent puis se retirent

JM 1*

Le bonheur est une fleur
La paix commence par soi-même
Certains mots sont comme des parfums de fleurs
Un seul mot est comme un bol de riz chaud

L’amour de l’enfance est l’enfance de l’amour
La nature a des rythmes divers
Le coeur est un miracle
Aucune pensée n’est essentielle à elle seule

Le coeur a ses murs
il y a bien des noms que nous voudrions appeler à nouveau
Il y a des mots que nous devrions dire
Gardons nos secrets

Les choses ne se passent pas comme on le voudrait
La tortue va tranquillement son train
Elle est présente à l’heure dite
Les sens se réveillent quand on aime *

* Tiré de : Jung-Mok, « L’escargot est lent mais il n’est jamais en retard », Essai traduit du coréen, Decrescenzo éditeurs , 2O13 coréen, 2016 traduction

CST 2

Tu as toujours mal joué
Même ta mort tu l’as mal jouée
Désunion indifférence haine
Les uns font la paix les autres la guerre

L’or ne se mange pas
Un serpent est lové dans une jarre de miel Que faire ?
Bats-toi pour la lumière plutôt que pour des pierres
La laideur du corps ne gène pas la beauté de l’âme

La question la plus oiseuse a de l’intérêt
Ne t’écarte pas du chemin sinon l’herbe ne poussera plus
Un raccourci peut être plus long qu’un détour
Une citerne donne l’eau qu’elle a reçue

Une douce source ne se tarit pas
A chacun son héritage
Ne laisse pas trop de devises que personne ne pourrait citer
Fais de ta maison un lieu pour la sagesse

L’eau use la pierre
Ton cerveau est-il de pierre ?
Ton cerveau est un grenier
Un homme de bien ne quitte guère son épouse

CST 1*

Aime le travail
Laisse-toi couvrir de neige pour continuer à écouter
Si je ne suis pas moi pour moi
Si je ne suis pas moi pour toi
Qui suis-je ?

Si je ne suis moi que pour moi
Où allons-nous ?
Ta modeste vie est légendaire
Je sais que tu est colérique, mais ne te mets pas en colère

La mariée est toujours belle et gracieuse
Tu t’éloignes du mensonge
Sois calme et patient plutôt que tatillon et impérieux
Ce qui est vrai à l’envers l’est aussi à l’endroit

Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse
Tu n’es pas censé comprendre tout tout de suite
La paix soit sur toi
La paix s’enfuit, poursuis la *

* Voir : « Contes des sages du Talmud », Jean-Jacques Fdida, Seuil, 2018

TZSC 3

Nous sommes davantage des copies que des originaux
Un véritable ami est passé maître dans l’art de se taire
L’avidité est principale dans la perturbation du message
Le début est ordonné, le lointain est chaotique

Les actions extrêmes sont vanité extrême
Il ne dépend que de toi que l’ensemble de ta vie soit utile
La maladie est un loisir
Par avoir la vie facile, il faut se confondre avec le troupeau

Quand on parle juste, il peut arriver que tout le monde se récrie
Un écrivain est un malfaiteur
Grâce à l’art, l’arc demeure ( de la pensée en acte )
Notre dernier souffle, une ovation à la connaissance

La vanité est la peau de l’âne, mais aussi de l’âme
Les sorciers font du monde un rien
Le sérieux se réfugie actuellement dans les dernières nouvelles
Sortie de son fourreau, la dague de la pitié est vanité

TZSC 2

La politique n’existe que grâce au politique
Le politique n’existe que par insupportabilité d’autrui
L’histoire des historiens est au service du passé
Son arbre dépérit par la tête

Il n’y a pas d’économie de la bonté
L’image de l’humain tombe dans une rigidité mécanique
Ce qui nous tient à coeur n’est pas l’essence des choses
Une étoffe râpée suffit à l’art

La vie humaine sans art est pire que rien
Un grand écrivain est l’esprit de tous
On ne fait pas le bien parce qu’on ignore comment faire le meilleur
Les meilleurs écrivains sont superficiels

On critique les mots par les mots
Il vaudrait mieux écrire avec son corps
Nous participons trop souvent au martyre des autres
La liberté humaine comporte sa part de haine

TZSC 1*

Des milliers d’années ne suffisent pas à dévorer un bon aphorisme
Voir le beau dans le nécessaire des choses
Il faut croire en soi, même si c’est toujours de l’outrecuidance
Je ne fais pas la guerre au laid, je lutte pour le beau

Dire « OUI », C’EST DIRE « OUI » à tout
Elever les autres pour qu’ils deviennent grands
Nous portons le chaos en nous
Deviens CE QUE TU ES

On écrit des livres pour se dissimuler
Même lourd un esprit se doit d’être léger
Nous sommes au monde pour une unique fois
Les humains sont plus paresseux que timorés

Nous ne sommes pas tout ce que nous faisons
La victoire ne confère aucune sérénité
Le ciel et l’enfer n’existent que pour les sots
L’humain est expert en faux témoignages *

* Frédéric NIETZSCHE,  » IL FAUT VIVRE DANGEREUSEMENT « , « UNE PENSÉE PAR JOUR », anthologie conçue et réalisée par Jean-Yves Clément, Le Passeur éditeur, 2018

Rom 77*

Nous témoignons notre dédain
A ceux qui nous dédaignent
Le jardin languit sous l’hiver
Renonce aux discours désuets

Ne montre pas ton ivresse
Ne cherche pas avec nous
Si tu n’es pas ménestrel
Tu chanteras avec nous

Tu cultives le jardin de la prospérité
L’eau est vitale
L’eau de ta vie est divine
La vie est divine

Enivrons les buveurs
Les livres sont ivres
Le soleil déchire les voiles
Bois davantage de cet élixir *

* La base de ces poèmes de série Rom est un grand Persan du XIII° siècle :
Rûmî ( Mawlânâ djalâl-od-Dîn Rûmî ), « Odes mystiques », Points-sagesses, éditions du Seuil-UNESCO, 1973