IB 80

Voir le 1 / 10 / 2018

Le vieillard dit quelque chose
Le jeune homme dit : « Encore ! »
L’amour est entraîné par le souvenir
Les livres sont morts

Le pouls de la nuit n’arrête pas de battre
La douleur va te faire la leçon
La vie est un mot et une conquête du monde
L’heure est bleue C’est l’heure bleue

La jeune fille se tait
C’est un miracle qui recommence
Les talents tombent des étoiles
Il faudrait ajouter des anémones

Je saute dans les cerceaux
Je traverse le feu du monde
On m’envoie charitablement l’étoile du soir
La jeune fille se tait toujours

Lao 30

Si le ciel ne s’éclaircit il tombe en poudre
Si la terre ne se calme pas elle s’émiette
Pour exister un esprit doit être puissant
Si les êtres ne se multiplient pas ils s’éteignent

L’humilité est la racine
Les princes selon eux-mêmes sont indigents
Trop souvent l’excès d’honneur est un déshonneur
L’un règne et ne gouverne pas

Le mouvement de la voie se retourne
Comme un ruisseau qui remonte vers sa source
Tout nait de quelque chose
Quelque chose de rien

Faiblesse de la coutume
Toutes choses naissent de ce qui est
Ce qui est nait de ce qui n’est pas
Être et ne pas être n’est pas une question

Lao 29

Perte de la voie est vertu
Perte de la vertu est amour
Perte de l’amour est justice
Rien n’agit ne se calcule

La prescience est ignorance
Mais aussi fleur de la voie
Le sage aime la solidité
Et non la fleur éphémère

Le rite prise le fruit
Et méprise la fleur
La sagesse ne brille pas comme un jade
Ne sonne pas comme un tambour

L’un passant par là éclaircit le ciel
Calme la terre rafraîchit l’esprit
Nourrit et peuple les cours d’eau
Multiplie l’un

Lao 28

La voie n’agit jamais par elle-même
Tout se fait par elle
Tout est activité
Toute chose se meut d’elle-même
Sous le ciel des mortels

La simplicité sans nom maintient
Sans désir sans volonté propre
Elle est tranquillité
Elle se termine en quiétude

La vertu est sans vertu
La vertu n’agit pas
La vertu est amour
La vertu est politesse exquise

Pour la vertu on retrousse ses manches
Même si on ne comprend pas le sens de ces paroles
Le rite est politesse et impolitesse
Le rite est l’écorce du désespoir

Lao 27

Le symbole est une image
Les mots manquent pour en parler
L’éléphante est sage
Pour qui ne la suit pas de près

Les paroles de la voie
Sont sans goût ni saveur
Tu regardes le symbole sans le voir
D’autant plus qu’inépuisable
Il te dépasse de toutes parts

Il faut ouvrir ce qui est fermé
Il faut consolider le fragile
Il faut d’abord favoriser
Ce qu’il faut détruire

Il faut d’abord se dispenser
De ce qui est à saisir d’urgence
Le souple est plus fort que le raide
Le poisson véritable demeure en eau profonde

Lao 26

A l’arrêt plus guère de péril
La voie est comme le fleuve à la mer
Rien ne la surpasse
D’elle descend une douce rosée

Pour connaître les autres il faut se connaître soi-même
Il faut être robuste sans abuser de la puissance
Qui est content est riche
Dans le pire des cas il n’est pas pauvre

Il faut franchir la mort sans périr
Pour connaître la longévité
Ne perdons pas nos repères habituels
La mort n’est que la fin de la vie

La voie se répand Chacun dépend d’elle pour vivre
Elle nourrit et vêt tout le monde
Elle n’asservit personne Dans l’oubli de sa grandeur
Sa grandeur se parachève

Lao 25

Qui veut s’emparer du monde se détruit lui-même
Les uns ouvrent la marche d’autres sont vigoureux
A moins que ce ne soit les mêmes
Le sage évite toutes extravagance

Le bon gouvernement se maintient dans la voie
Il sait que les armes appellent la riposte
Que la ronce pousse là où stationnent les armées
Que la disette couronne les combats

Les humains de bien se défendent sans plus
Ne conquièrent rien par la violence
Ne désirent pas dominer
Qui s’accroît est en déclin

Les armes sont les outils du malheur
Parfois la nécessité les impose
Quand on se réjouit de massacrer des humains
Est-on encore humain ?

La voie est éternelle et sans nom
Petite dans sa simplicité
Les noms sont nés
Il est temps de s’arrêter

Eso 48

Un lion par mégarde se laissa enfermer dans une étable
Quand il voulut sortir on l’enferma
Pour passer le temps il commença par manger un boeuf
On ouvrit la porte

Un jeune homme bien fait mais très pauvre
Et de ce fait mal habillé osa demander la main
D’une belle demoiselle Le père lui prêta
De riches vêtements Il fut ridicule dedans

Un vieux lion malade demanda à son familier le renard
De lui amener le cerf qu’il voulait dévorer
Le renard dit au cerf que le lion voulait le faire roi
Le cerf se présenta le lion le dévora le renard s’empara du coeur
« Seul un animal sans coeur peut faire ce que le cerf a fait »

Un tigre et un ours débusquèrent un faon
Ils se battirent à mort
Un renard qui passait déroba le faon
« Nous nous sommes tant battus pour un renard »

Eso 47

Un lièvre demanda à un renard
D’où venait son surnom de rusé
Le renard répondit : « Viens chez moi
Je t’expliquerai  »

Une mouette avala un trop gros poisson
Un aigle qui passait par là :
« Et pourtant tu es un oiseau de mer
Laisse-moi ton poisson va ! »

Un renard familier se permit
De reprocher à la lionne
D’avoir fait un seul petit
« Un seul, oui, mais un lion »

Un lion devenu roi convoqua la vaste assemblée de ses sujets
Le tigre et le loup, d’autres seigneurs paradaient
Les lièvres et les grenouilles se félicitèrent :
« Au moins aujourd’hui nous paraissons puissants »

Eso 46

Un jeune chien de chasse voyant un lion
Le poursuivit Le lion se retourna et rugit
Le chien tout tremblant rebroussa chemin
« Je n’ai même pas pu supporter son rugissement »

Un moustique défia un lion le piqua sous la moustache
Le lion se déchira de ses propres griffes
Le moustique claironna sa victoire
Fut bientôt pris dans une toile d’araignée

Un moucheron agile se posa sur la corne d’un taureau
Il demanda à la grosse bête si elle désirait qu’il s’en aille
« Je ne te sens pas quand tu es là
Je ne sentirai pas non plus ton départ »

Les lièvres se mirent en tête de combattre les aigles
Ils demandèrent l’aide des renards
Ceux-ci refusèrent à peine aimables
« Nous savons trop qui vous êtes et qui vous combattez »

Des lièvres craintifs se jetèrent à l’eau
Ils effrayèrent ainsi les grenouilles
« Quoi ! Il y a donc plus malheureux
Et plus peureux que nous  »