WS 74 bis

La valeur de tout est dans ce qu’il contient
Cela est tout et tout reste avec toi
La loi est injuste pour moi
Je m’emporte contre la loi qui m’emporte
Mon intérêt est dans mon mémorial
Tu revois la part de moi
Qui te fut consacrée
La terre est mon dû pas celui de la terre
La meilleure part de moi
N’est plus que lie
Mon corps est mort
Du fait d’un couteau lamentable
Souvenir méprisable
La valeur est dans le contenu
Qu’on s’en souvienne !
Cela, c’est ça

WS 74

Sois content que ce maudit arrêt
Sans caution m’emportera.
Ma vie dans ces vers a quelque intérêt
Qui restera avec toi en mémorial.
Quand tu revois ceci, tu revois
Cette part de moi qui te fut consacrée.
La terre ne peut posséder que la terre qui est son du ;
Mon esprit est tien, la meilleure part de moi.
Tu n’as perdu que la lie,
La proie des vers, mon corps étant mort,
Lâche conquête d’un couteau misérable,
Trop basse par rapport à toi pour qu’on s’en souvienne.
La valeur de ça est ce qu’il contient,
Et ça est cela et cela reste avec toi.

WS 73 ter

Ce temps de l’année
Où les feuilles jaunes
Pendent au dessus des buissons
Choeurs dénudés
En moi tu vois le jour
Qui décline à l’ouest
Et que le second de la mort
Scelle pour ton repos
Tu gis sur les cendres de ta jeunesse
C’est ton lit de mort
Consumé par ce qui te nourrit
Tout te renforce en attendant
Que tu doives nous quitter

WS 73 bis

Tu perçois ce qui renforce ton amour
Que tu dois quitter
Tu peux contempler en moi
La dernière feuille jaune
Dans le froid tu chantais naguère
Après le crépuscule
La nuit noire
Est le second de la mort
Le feu flamboie
Sur les cendres de la jeunesse
Sur ce lit de mort
Où tu dois expirer
Consumé
Ton amour renforcé
Tu dois le quitter

WS 73

Ce temps de l’année que vous pouvez contempler en moi
Quand les feuilles jaunes, ou aucune, ou peu, pendent
Au dessus des buissons qui tremblent dans le froid,
Choeurs nus délabrés où des oiseaux chantaient naguère.
En moi tu vois le crépuscule d’un tel jour
Qui décline à l’ouest après le coucher du jour,
Et que la nuit noire emporte bientôt,
Le second soi-même de la mort, qui scelle tout en repos.
En moi tu vois flamboyer un tel feu
Qui git sur les cendres de sa jeunesse
Comme un lit de mort dans lequel il doit expirer,
Consumé par ce qui l’a nourri.
Tu perçois tout cela qui renforce ton amour,
Pour bien aimer ce qu’avant longtemps tu devras quitter.

WS 72 ***** bis

O de peur que mon mérite n’existe que pour la mort
Quel mérite aurai-je après mon trépas ?
Vous ne trouverez rien de digne en moi
Vous ne pouvez rien de plus pour moi
Que mon propre mérite
Ne m’imputez surtout pas des qualités
Que la plus généreuse des vérités
Ne pourrait accepter
Votre amour est peut-être vrai si faux
Il semble faux ici
Où rien ne réussit
L’amour de moi si vrai
Est là où est mon corps
Avec mon nom s’il vous plait
Cet amour abandonné
Fait honte à moi à vous
Je suis honteux
Vous devriez faire de même

WS 72 *****

Je suis honteux de ce que je suis, de ce que j’apporte
Vous devriez faire de même
N’aimez pas ce qui n’a pas de valeur
Vous vous chargez de réciter
Mon manque de mérite
Oubliez moi oubliez moi entièrement
il n’y a rien de digne en moi
Un mensonge vertueux vaut mieux
Que mon propre mérite
Le mérite de mon pauvre moi décédé
Ma mesquine vérité est que tout me semble faux
Ton amour pour moi si faux
Est faux aussi
Où est mon corps sinon pour me faire honte ?
Mon nom suit mon corps
Pour me faire honte pour vous rendre honteux
J’apporte la honte
Ne m’aimez pas je suis sans valeur

WS 72

O de peur que le monde vous charge de réciter
Quel mérite résidait en moi que vous deviez aimer ;
Après ma mort, cher amour, oubliez moi entièrement ;
Car vous ne pouvez trouver rien de digne en moi –
A moins que vous ne puissiez inventer quelque mensonge vertueux
Pour faire plus pour moi que mon propre mérite,
Et suspendre plus d’éloges à mon moi décédé
Que ce que la mesquine vérité voudrait volontiers impartir.
O de peur que votre amour véritable ne semble faux ici
A bien parler par amour de moi si faux,
Que mon nom soit enterré là où est mon corps,
Et qu’il ne vive plus pour faire honte à moi à vous ;
Car je suis honteux de ce que j’apporte,
Et vous devriez faire de même plutôt que d’aimer des choses sans valeur.

WS 71 ***** bis

Rien ne se perd Tout se transforme
Je suis mort et bien mort
Tout pour moi est ailleurs
Je me suis enfui loin de votre monde
Vil comme de la vermine vile
Ne vous rappelez pas la main
Qui écrit ces vers
Oubliez moi pour ne pas souffrir
Je suis confondu avec l’argile
Ne faites rien
Laissez l’amour décliner
Ne faites rien surtout
Laissez faire l’inexorable
Laissez les morts se mettre à table
L’amour décline avec la vie
Je ne souhaite pas que le monde sage
Comme le monde fou
Se moque de vous et moi

WS 71 *****

Votre plainte indique que je suis parti
Le deuil pour moi qui suis mort
La cloche sourde monotone
J’ai fui ce vieux monde
Ne vous souvenez pas
De la vermine la plus vile
Ni de la main qui a écrit ces vers
Je vous aime tellement
Que je préfère que vous m’oubliiez
Plutôt que de vous voir souffrir
Vous lisez ces vers alors que mon corps
Se confond avec l’argile
Inutile de répéter mon pauvre nom
Que votre amour décline avec ma vie !
Le sage monde n’a que faire de votre plainte
Il se moque de vous maintenant que je suis parti.