WS 71

Ne porte pas plus longtemps le deuil pour moi qui suis mort
Plus que ne résonnera la cloche sourde monotone,
Avertis le monde que j’ai fui
Ce monde vil qui abrite la vermine la plus vile.
Si vous lisez ce vers, ne vous rappelez pas
La main qui l’a écrit ; car je vous aime tellement
Que je souhaiterais que dans vos doux pensers je sois oublié
Si penser à moi devait vous faire souffrir.
O si, disais-je, vous regardez ce vers
Quand je suis peut-être confondu aves l’argile,
Ne faites pas tant que de répéter mon pauvre nom,
Mais laissez votre amour décliner avec ma vie,
Car le sage monde pourrait inspecter votre plainte
Et se moquer de vous avec moi après que je sois parti.

WS 70 ***** bis

Tu seras blâmé
Tu seras blâme
Dessous la marque de la calomnie
L’ornement de la beauté est un corbeau
Sois bon par pitié
Que ta valeur devienne la plus grande !
Devant le chancre vicieux
Ton âme n’est pas atteinte
Par les tentations du jeune âge
Tu n’es plus attaqué
Ta louange ne nie pas l’envie
Que tu assailles
Sous les soupçons du mal
Tu râles seul

WS 70 *****

Ton apparence est masquée
Au royaume du coeur
Ton défaut n’est pas d’être plagié
Ta beauté est suspecte
Le corbeau souligne la bonté de l’air
La calomnie ne peut qu’approuver
Courtisée par le temps
Les bourgeons les plus doux
Sont aimés par le chancre
Ta prime n’est pas tachée
Loin des embuches du jeune âge
Victorieux tu l’es de la louange
L’envie certes s’élargit
Elle ne masque pas ton apparence
Tu possèdes seul le royaume des coeurs

WS 70

Que tu sois blâmé ne sera pas ton défaut
Car la marque de la calomnie est sur les beaux.
L’ornement de la beauté est suspect,
Un corbeau qui vole dans l’air le plus doux du ciel.
Sois bon, ce que la calomnie ne peut qu’approuver,
Que ta valeur soit la plus grande, courtisée par le temps ;
Le vice du chancre aime les bourgeons les plus doux,
Et tu présentes une pure prime qui n’est pas tachée.
Tu as traversé les embuches du jeune âge
Soit non assailli, soit accusé d’être victorieux ;
Cependant ta louange ne peut pas être à ta louange
Au point de lier l’envie toujours plus élargie.
Si quelque soupçon de mal ne masquait pas ton apparence,
Tu devrais posséder seul les royaumes des coeurs.

Ws 69 *****

L’oeil du monde perçoit la pensée du coeur
Ton parfum ne vaut pas ton apparence
Ton sol exige une croissance commune
La pensée des coeurs peut réparer
La voix des âmes te donne ce qui t’est du
Les adversaires commandent
La louange au dehors te donne ce qui est à toi
Cette louange te confond
L’oeil a montré la beauté de ton esprit
Les actions des goujats-plus que leurs pensées-
Ajoutent de mauvaises odeurs
Il ne faut pas vivre pour penser
Il faut penser à vivre
Pourquoi ton parfum ne vaut-il pas ton apparence ?

WS 69

Ces parts de toi que l’oeil du monde perçoit,
Ne veut que ce que la pensée des coeurs peut réparer.
Toutes les langues, la voix des âmes, te donnent ce qui t’est du,
Avouant la vérité nue comme le commandent les adversaires,
Ce dehors est couronné avec par la louange au dehors,
Mais ces mêmes langues qui te donnent ce qui est à toi
Avec d’autres accents confondent cette louange
En voyant plus loin que ce que l’oeil a montré.
Elles regardent dans la beauté de ton esprit,
Et ça en devinant qu’elles mesurent aux actions.
Alors les pensées des goujats- bien que leurs regards fussent amicaux-
A ta jolie fleur ajoutent la mauvaise odeur des mauvaises herbes.
Pourquoi ton parfum ne vaut-il pas ton apparence,
Le sol est ainsi : tu pratiques une croissance commune.

WS 68

Sa joue est la carte des jours dépassés
Quand la beauté vivait et mourait comme les fleurs aujourd’hui,
Avant que ces signes batards de justesse soient nés
Ou aient eu l’audace d’habiter sur ce front vivant ;
Avant que les tresses dorées des morts,
Le droit du sépulcre, leur soient coupées
Pour vivre une seconde vie sur une seconde tête ;
Avant que la toison morte de la beauté fasse un heureux.
Sur lui ces heures saintes et antiques sont vues
Sans ornement, en lui-même et vrai,
Ne créant pas d’été sur la verdure d’un autre,
Ne dérobant rien de vieux pour habiller de neuf sa beauté ;
Et lui, comme une carte conserve la nature,
Pour montrer le faux art que la beauté était jadis. *

* L’amour est-ce penser et ressentir à la place de l’autre comme s’il était soi ?

WS 66-67 *****

Fatigué de tout je devrais m’en séparer
Je ne veux pas laisser mourir mon amour
Elle montre son ancienne richesse
Les heureux jours tournent à la détresse
Fatigué de tout j’attends en pleurant une mort reposante
Je regarde le mérite mendier
Je vis avec une infection qui gracie l’impiété
Mendier n’est pas un luxe Trahison malheureuse
La virginité est prostituée La vérité est erronée elle parle à tort
L’autorité contrôle le talent Le mal est simple
Je me sépare de tout laissant seul l’amour
Infection de l’impiété L’avantage n’est pas à la société
Fausse peinture Roses d’ombre
La banqueroute de la nature peine à rougir les veines vivantes
Il faut vivre de ses biens Quelle richesse avant la détresse ! *

* On prend les deux dernières lignes d’un poème, puis les deux premières, ensuite les derniers mots de chaque ligne, enfin on peut combiner deux poèmes. C’est une manière de critique systématique.

WS 67

Ah ! Où devrait-il vivre avec l’infection
Et par sa présence gracier l’impiété ?
Par lui le péché obtiendrait-il l’avantage
Pour s’enlacer à sa société ?
Pourquoi la fausse peinture imite-t-elle sa joue,
Et vole l’apparence morte de son teint vivant ?
Pourquoi la pauvre beauté cherche-t-elle indirectement
Les roses d’ombre puisque son rose est vrai ?
Pourquoi devrait-il vivre alors que la nature est en banqueroute,
Mendier son sang, impuissant à rougir les veines vivantes,
Et n’ayant plus de fonds que les siens,
Et, ayant mainte raison d’orgueil, vivre de ses gains ?
Elle le conserve pour montrer quelle richesse elle eut
Dans des jours d’autrefois avant qu’ils ne tournent à la détresse.

WS 66

Fatigué de tout ça, je pleure pour une mort reposante :
Je contemple le mérite né pour mendier
Et qu’un rien nécessiteux s’orne de luxe,
Et qu’une foi des plus pure est trahie,
Et qu’un honneur d’or est malheureusement mal placé,
Et que la vertu d’une vierge est prostituée,
Et que la juste perfection est diffamée de façon erronée,
Et que la force est désarticulée à tort,
Et que l’art a la langue liée par l’autorité,
Et que la folie à la façon d’un médecin contrôle le talent,
Et que la simple vérité est mal appelée simplicité,
Et que le bien captif sert le capitaine mal.
Fatigué de tout ça, de tout ça je devrais me séparer,
Sauf que mourir signifierait laisser seul mon amour.