WS 27

Fatigué de mon labeur je me hâte vers mon lit,
Le cher repos de membres que la route a fatigués ;
Alors commence dans ma tête un voyage
Destiné à travailler mon mental quand le travail du corps a cessé ;
Puis mes pensées, du lointain où j’habite,
Intentent un pèlerinage zélé vers toi,
Et gardent mes paupières pesantes large ouvertes,
Scrutant l’obscurité que les aveugles voient :
Sauf que la vision imaginaire de mon âme
Présente ton ombre à ma vue sans regard,
Qui telle un joyau pendait dans la nuit fantomatique
Rendant belle la nuit noire et nouvelle sa vieille face.
Ainsi mes membres le jour, mon esprit la nuit
Ne trouvent de répit ni pour toi ni pour moi

WS 26

Seigneur de mon amour, à qui en vassalité
Ton mérite a fortement noué mon devoir,
Je t’envoie cette ambassade écrite
En témoignage de mon devoir et non de mon esprit ;
Devoir si grand qu’un esprit aussi pauvre que le mien
Peut paraître dépourvu en cherchant les mots pour le dévoiler
Mais j’espère que quelque bonne pensée à toi
Dans ton âme toute nue viendra le consolider
Jusqu’à ce que n’importe quelle étoile qui guide mon mouvement
Me désigne gracieusement d’un bel aspect
Et pose un appareil sur ma façon d’aimer en guenilles
Pour me montrer digne de ton doux respect.
Ensuite j’ose me vanter de combien je t’aime ;
Jusqu’à ne pas montrer ma tête où tu peux m’éprouver

WS 25

Que ceux qui, à la faveur de leurs astres,
Se vantent des honneurs publics et de titres flatteurs,
Tandis que moi, qui suis exclu d’un triomphe pareil,
Je retrouve une joie inattendue que j’honore extrêmement;
Les favoris des grands princes répandent leurs belles feuilles
Comme le souci au regard du soleil
Et leur fierté est enterrée en eux-mêmes
Car, sur un froncement de sourcil, ils meurent en pleine gloire.
Le guerrier douloureux, fameux pour sa puissance,
Après un millier de victoires a connu la défaite,
Il est vite radié du livre d’honneur
Et tantôt sont oubliés ses travaux
Je suis donc bienheureux d’aimer et d’être aimé
Là où je ne peux bouger ni être bougé

WS 24

Mon oeil a joué au peintre et forgé
Le forme de ta beauté au tableau de mon coeur.
Mon corps est le cadre qui le retient
Et la perspective est le meilleur de l’art du peintre ;
A travers le peintre tu dois voir son talent
Pour trouver où repose ton image véritable
Qui est suspendue dans la boutique de mon sein
Dont les fenêtres sont éblouies par tes yeux.
Vois le bon tour que des yeux pour des yeux ont joué :
Mes yeux ont dessiné ta silhouette et les tiens pour moi
Sont les fenêtres de ma poitrine par lesquelles le soleil
Trouve délicieux de jeter un coup d’oeil, de contempler.
Cependant les yeux rusés cherchent à rendre plus gracieux leur art ;
Ils ne dessinent que ce qu’ils voient, ils ignorent le coeur

WS 23

Comme un acteur imparfait sur la scène
Que son tract pousse en dehors de son rôle,
Comme quelque chose de féroce redoublé d’un surplus de rage
Dont l’abondance de force affaiblit son propre coeur,
Ainsi moi, par peur de la confiance, j’oublie de dire
La parfaite cérémonie du rite amoureux,
Quand la force de mon amour semble décliner,
Surchargée du fardeau de mon propre amour.
Que mes livres soient l’éloquence
Et soient les messagers muets de ma poitrine parlante,
Qui plaide pour l’amour et attend une récompense
Plus que cette langue qui de plus a plus exprimé.
O apprend à lire ce que l’amour silencieux a écrit ;
Entendre avec les yeux appartient au fin esprit de l’amour

WS 22

Mon miroir ne me persuadera pas que je suis vieux
Aussi longtemps que le jeunesse et toi , vous serez partenaires
Mais quand je contemplerai sur toi les sillons du temps
Alors j’expierai mes jours grâce à la mort.
Toute cette beauté qui te recouvre
N’est rien que l’apparente livrée de mon coeur
Qui vit dans ta poitrine comme le tien en moi ;
Comment puis-je être plus âgé que toi ?
Donc, amour, sois attentif à toi
Comme moi je le serai, non pour moi, mais pour toi,
Portant ton coeur que je soignerai avec autant de soin
Que la tendre nourrice son bébé.
Ne présume pas de ton coeur quand le mien est atteint :
Tu m’as donné le tien, ce n’est pas pour le reprendre

WS 21

Il n’en va point de moi comme de cette muse
Agitée par une beauté peinte pour ces vers
Qui utilise le ciel lui-même comme ornement,
Et chaque beauté avec la sienne répète,
Accomplissant des accouplements fiers
Le soleil et la lune, la terre et les gemmes de la mer,
Les premières fleurs d’avril, et toutes les choses rares
Que l’air du ciel enlace dans sa gigantesque rondeur.
Que je sois sincère en amour et que j’écrive vrai
Et qu’ensuite vous jugiez que mon amour est aussi beau
Qu’un enfant à sa maman, quoique pas aussi brillant
Que ces chandelles d’or fixées dans l’air du ciel.
Laissons surenchérir ceux qui aiment les on-dit
Je ne complimenterai pas ce but de ne pas vendre

WS 20

Tu as une face de femme peinte de la propre main de la nature,
Maître-maîtresse de ma passion ;
Un gentil coeur de femme, mais non habitué
Aux changements rapides, fausse mode féminine ;
Un oeil plus brillant que le leur, moins faux dans une oeillade,
Embellissant tout objet sur lequel ton regard s’attarde ;
Un homme en nuance, contrôlant toutes les nuances,
Qui vole les yeux des hommes et étonne l’âme des femmes
Et c’est femme que tu fus d’abord créé
Jusqu’à ce que la nature s’éprenne de toi en te faisant
Et de plus me défasses de toi
En ajoutant un rien à mon objectif vide.
Mais puisqu’elle t’a choisi pour le plaisir des femmes
Fais mien ton amour et de l’usage de ton amour leur trésor

WS 19

Temps dévorant, émousse les griffes du lion
Et fais que la terre dévore sa douce progéniture
Enlève les dents acérées de la gueule du tigre
Et brûle le phénix à longue vie dans son sang.
Fais des saisons contentes ou tristes comme tu flottes
Et fais tout ce que tu veux, temps aux pieds légers,
Au vaste monde et à ses charmes qui se fanent
Mais je t’interdis un crime très haineux :
Ne grave pas avec tes heures le doux front de mon amour
Ni ne dessine ici des vers de ta plume antique.
Permets que dans ton cours intact
Se dessine le modèle de beauté pour des générations d’hommes.
Adonne-toi au pire, vieux temps En dépit de tes méfaits
Mon amour dans mes vers vivra toujours jeune

WS 18

Puis-je te comparer à un jour d’été ?
Tu es plus aimable et plus tempéré.
Des vents rugueux secouent les bourgeons chéris de Mai,
Et la location de l’été dure trop peu de temps.
Parfois l’oeil du ciel brille trop chaudement
Et souvent sa complexion d’or est ternie
Et chaque beauté déclines un jour de sa beauté
Dépouillée par hasard ou par le cours changeant de la nature
Mais ton éternel été ne se fanera point
Ni ne perdra la possession de la beauté que tu as
Ni ne t’emmènera te promener dans l’ombre de la mort
Quand tu grandis au temps dans des vers immortels.
Aussi longtemps que les hommes peuvent respirer ou que leurs yeux peuvent voir
Aussi longtemps cette poésie vit et elle te donne la vie