Cc 118

La mort frappe autour de moi
La pire peut-être est les vieux amis
Qui ne vous serrent plus la main
La vérité passe aussi par de petits mensonges
Dont je parsème mes poèmes
Je ne tiens pas un journal
La vérité passe parfois par l’erreur
Involontaire ou non
Le temps presse
J’ai encore un corps

Cc 117

Je mens parfois en disant une vérité
Je suis comme une mouche engluée
Dans un océan de miel
Je suis biologique
Il m’est arrivé de penser j’en suis persuadé
Aujourd’hui je suis réduit à l’essentiel
L’essence humaine est un balbutiement
La pensée n’est plus un oripeau
Une décoration de jeunesse
A quatre-vingts ans il est temps d’avoir raison

Cc 116

Là où retentissent les rires
C’est ma maison
Je n’y suis pas hélas Je suis à l »hôpital
Ces rires me doivent quelque chose
Dans un passé déjà lointain
Le tao c’est la voie de la liberté
Liberté poétique
De la personne au cosmos
Oublions les années les distinctions
Vagabondons dans l’illimité

Cc 115

La brise apporte la splendeur printanière
Les saules reverdissent
Mon regard plonge dans l’eau libre
Je ne suis pas effrayé par la neige sur mes tempes
Chaque instant du temps qui passe
Est un moment de grâce
Il n’y a pas de limite
Aux réjouissements du printemps
Sauf mon âge hélas cette horrible fatigue
Qui a commencé par mes jambes

Cc 114

Je musarde momentanément dans notre grenier
Je ne veux pas me rendre compte du temps qui passe
Je bois un peu de vin je chante des chansons à moi-même
Je suis mon seul public
J’écris des poèmes que personne ne lit
La nuit tombe Je suis seul désemparé
Je prends congé de mon petit moi qui résiste
La montagne regorge de fleurs et d’oiseaux
Ils essaient de me retenir
J’éprouve comme une nostalgie

Cc 113

J’examine mon visage Je ne l’aime pas trop
Mes oreilles ont encore l’ouïe fine
Ma vue a un peu baissé
Je reste sur mes gardes
J’aime la prudence C’est compréhensible
Pour moi désormais une journée vaut mille années
Je voulais guérir sans médicament Hélas !
Chevauchant une grue je rentre à mon village
Je suis originellement un immortel
Je le croyais je vais mourir

Cc 112

Quand j’étais jeune je me rajeunissais
Maintenant que je suis vieux je me vieillis
Mon univers est un peu bête
C’est le mien et j’y tiens
Je participe aussi à votre grand univers
Il n’y a pas de conflit j’y veille
Il faut dire que j’improvise
Dans la nuit noire j’ignorais le jour
Je bénéficie d’une amnésie qui vaut amnistie
Je cherche un miroir impatient de me regarder

Cc 111

Par la tête du tigre et la queue du serpent
Je suis un vieillard indigne
Je suis libidineux
C’est d’autant plus ridicule que je suis impuissant
En fait je suis libidinal
Dans la nuit noire j’ignore le jour
Je cherche une lumière et un miroir
J’ai l’ouïe fine Du moins je crois
Je vois des ombres je préfère celles qui me parlent
Je suis à la fois joyeux et craintif
Je vais goûter un potage

Cc 110

Je m’endors face aux fleurs
J’ai les cheveux blancs en bataille
Je suis la fleur de la vieillesse
Les fleurs jaunes m’assaillent de toutes parts
Elles rêvent que je suis leur papillon
Moi-même je volette autour de leur sublime parfum
Je ne veux pas coûter trop cher
Nous les vieux nous sommes modestes
Je souhaite être incinéré
Mon dernier message : ne soyez pas timides

Cc 109

Je n’aime pas me relire surtout mes poèmes
Je n’aime pas revenir sur mon passé
Ce que je souhaiterais c’est qu’il soit présent
C’est comme si je sortais d’un rêve de printemps
J’avais parait-il l’oreille absolue
J’ai du mal à retrouver les airs de musique
Je suis malade depuis quelques années déjà
La maladie se déplace comme si elle fuyait
Elle va et elle vient comme un serpent
Elle joue avec moi selon son caprice