Ma sénilité persiste à s’accentuer
Je laisse les vilains s’écrouler de rire
les vilains et les vilaines
Les jeunes vilains et c’est heureux
Ne s’intéressent pas du tout à moi
Quelle est la meilleure chose à faire
Quand on est malade ?
Tu n’es pas malade connard tu es vieux
Connard et demi ça se ressemble fort
J’aime bien le chant des oiseaux
Cc 107
Je compose des poèmes que je garde précieusement
Je plante des fleurs après la pluie
Je fauche l’herbe dans le vent
Je me lève le monde me tombe dessus
Je me couche Tout le mondain cesse
Allongé j’ai mille images
Je tourne comme un écureuil la roue de la réincarnation
Sans joie sans colère
La chose la plus importante pour moi est mon corps
Je le préserve comme un trésor
Cc 106
Vieilli l’esprit sombre la nuit je ne dors plus
Je compte les heures jusqu’à l’aube
Il n’y a pas une fée pour emmener au pays du sommeil ?
J’échangerais une année de plus à vivre
Contre un rêve
Ne pouvant dormir j’écris ce poème
Rien de tel qu’une laide pour ignorer sa laideur
Je veux ignorer ma vieillesse
Je n’y réussis pas tellement
Je me réincarne en pappy la pudeur
Cc 105
Je vous avertis : être malade ne signifie pas mourir
La décrépitude signifie aussi qu’on s’affole facilement
On dérange facilement plusieurs professions
Dont éventuellement un guérisseur
Je voudrais bien qu’on me veille
Le vieil arbre résiste au vent et au givre
Le nuage blanc est oisif de façon allègre
Nous avons chez nous un charmant insecte
Que nous appelons cigale du froid
Son chant retentit de toute éternité
Cc 104
Le vieillard a l’habitude de se lever tôt
Seul je vaque à mes occupations
Je regarde alentour aucune fumée aucune lumière
Les portes sont toutes fermées
Les habitants dorment profondément
J’aurais de quoi me fâcher
Soudain me reviennent des souvenirs de jeunesse
Je tonnais même en ronflant
J’en ai marre d’être vieux et de vieillir encore
Dans la journée je préfère mon lever
Cc 103
Mon rêve est de congédier d’un signe de la main
Le voyageur ne voyage plus
Je sais que c’est un très mauvais présage
Mon vieux corps aspire au repos
Je travaille méticuleusement les mots
Pour ne pas écrire
Je ne supporte pas un mot mort
On ne peut pas ne pas voir les feuilles mortes
Qui recouvrent la surface de l’étang
Le vieillard décrépit doit assumer sa décrépitude
Cc 102
Quand je fais quelques pas pour admirer les fleurs
Souvent je crains le vent
J’adore ma fidèle canne
Je ressemble de plus en plus
A un vieillard de quatre-vingts ans que je suis en plus
Quand un homme va quitter le monde des hommes
Le buveur cesse de boire le baiseur cesse de baiser
Adieu les habitudes vaines ou pas vaines
J’adorais avoir des invités
Leurs premiers mots me font mal aux oreilles
Cc 101
Tombé malade je réalise
A quel point je suis vieux
On m’a trouvé quelque chose au coeur
Les génies ne le sont pas en photographie
En plus je ne suis pas un génie
Même si une femme me trouve encore génial
Je suis maigre désormais
Je cherche d’abord ma canne
Je crains même la brise
Tout le monde me trouve vieux trop vieux
Cc 100
A quatre-vingts ans j’ai dit adieu à mon frère ainé
Nous n’avons pas prévu de nouvelle rencontre
A l’âge crépusculaire j’ai encore souvent
Un livre dans la main C’est pour faire semblant
Il n’y a plus rien pour me réjouir les yeux
La profusion des fleurs de prunier
Annonce enfin une belle journée
Mes vieux yeux brouillés retrouvent un peu de clarté
La lune revient avec tendresse
J’aime plus que jamais le soleil
Cc 99
Je profite de chaque instant de ma vieillesse
J’ai saisi la quiétude et je pratique la vertu
Parce que je suis souffrant
Je fredonne de plus en plus mal
J’ai la mémoire qui flanche
Sous la pluie la fumée ne sort pas de la cheminée
Sous la lampe je suis assis au milieu des nuages blancs
La montagne bleue aussi a changé de couleur
N’accolez pas « pauvre » à vieillard
Je ne suis pas rassasié de la vie