Cc 98

J’aurais préféré être riche quand j’étais jeune
Manquant de force physique je demande parfois
A être soutenu
J’occupe souvent la place d’honneur
Je sors de moins en moins
Mon avenir est limité
Je n’économise plus l’argent
Les gens savent que je suis vieux
Ils sont experts pour me donner mon âge
Je donne tout à ma femme et nos enfants

Cc 97

Je veux faire quelque chose
J’ai déjà oublié quoi
Je monte l’escalier
On dirait que j’horrifie le monde
C’est rigolo j’enviais les autres
C’est bien fini je suis très sage
Très replié sur moi-même et mes petits ennuis
Mes vêtements ne me vont plus
La nourriture la plus simple me convient
J’aime bien les bananes Elles ne me sont pas conseillées

Cc 96

Je vais dans une direction
Je m’en demande la raison
Je rencontre rarement quelqu’un
Je lui demande ses motifs
Quoique je fasse l’on s’apitoie autour de moi
Le regard des autres rend le vieillissement insupportable
Quand j’étais jeune j’étais pauvre
Pourtant d’instinct j’aimais plutôt le luxe
J’aimais la beauté chez les autres
Je ne me trouvais pas laid

Cc 95

On compose des poèmes
Pour les fleurs qui éclosent
On écrit et on met une petite musique
Si trop de fleurs éclosent
Elle sont chétives
Mon inspiration et mon imagination sont taries
Je ne suis pas un vers à soie
Qui travaille jusqu’à son dernier souffle
J’affronte la dernière énigme
Il reste en moi quelque chose de juvénile

Cc 94

Pour mon anniversaire je n’arrive pas
A écrire de poème
J’aime entendre des chansons
Je choisis l’eau
J’aimais affronter le vent et les vagues
Un poète de quatre-vingts ans c’est rare
Si je demandais à quelqu’un d’écrire pour moi ?
J’ai les mains qui tremblent
Je suis comme un corbeau
Qui cherche son envol

Cc 93

Je vis sur un bout de la montagne bleue
Chaque colline a sa propre courbe
Les bambous s’élancent vers le ciel
Les miroirs multiplient le monde
Les étoiles sont tombées dans l’étang
Autrefois peut-être un peintre aurait peint ma chaumière
Parce qu’elle n’a pas d’intérêt
Je ne peux plus lacer mes chaussures
Je ne suis pas superstitieux
Je n’ai ni interdit ni tabou

Cc 92

A quatre-vingts ans le vieillard se fait vieux
Je ne prévois pas de nouvelle visite
Je ne suis pas le maître du temps
Je ne reviendrai plus
J’essaie de ne plus prononcer de paroles hasardeuses
Les voisins aussi ont vieilli
Ils ont tous des cheveux blancs
Même les femmes qui se teignent
Il faudrait pouvoir tout expliquer
Mes joues sont rouges de confusion
Et de perplexité

Cc 91

Sur le neige des oies sauvages
Ont laissé leur empreinte
Mes deux vieux yeux deviennent rouges
La trace disparait
Je ne réussis pas à exprimer mon sentiment
Je ne reçois plus de visite
Je ne visite plus personne
Je compose un poème sur le thème du séjour oisif
Ma nouvelle vie
Les hérons me regardent de haut

Cc 90

Je ne suis pas autant en forme qu’avant
Je ne rencontre plus de visiteurs de ma génération
Que dire des jeunes ?
La partie d’échecs n’est pas terminée
Les pièces ne sont pas rangées
Je me libère Je ne cesse de me libérer
Je me libère mal
J’étais submergé par les obligations sociales
Je suis submergé par leur absence
Je préfère le silence

Cc 89

Je soupirais face aux livres
De ne pouvoir tous les lire
J’en ai lu plein mais qu’ai-je compris ?
Qu’ai-je retenu ?
Mes pieds s’arrêtaient seuls devant la vitrine d’une librairie
Je n’avais pas d’argent
Mes enfants n’aiment pas les livres
Les écrivains ne fondent pas de dynastie
En fait je ne suis pas un écrivain
J’ai peu écrit personne ne m’a publié