Cc 78

Je séjourne dans la villa Pierre Précieuse
La villa de mon enfance
J’aime la France et la Chine aussi
Par le pont en planches
Je reviens sur mes traces
Nous avions un vieux chien et un chaton
Mes souvenirs sont flous
Cet érable m’a vu rire il m’a vu pleurer
Il faudrait peut-être consigner cet événement
Je compose ce poème

Cc 77

J’aime de plus en plus les histoires de fantômes
Bientôt j’en serai un
Si je dépasse les limites, quelle importance ?
Un rire fend la bouche
A la surprise des poissons et des oiseaux
Regardez tous le vieillard à tête blanche
Il a prétendu qu’il ne reviendrait plus
Aujourd’hui le voilà de retour
Je dirais même qu’il parade
Ce n’est tout de même pas un événement

Cc 76

Les plaisirs sont variés
Chacun a son moment
Ma vie a traversé beaucoup de passions
Elles se sont estompées
Il n’y a plus que deux ou trois choses
Un cocktail de lune et de soleil
De torrent et d’étang
De bambous et de pins
De quelques fleurs
Je m’appuie à ma canne

Cc 75

Entendant l’eau le vent je ris jusqu’à la maison
Deux invités voudraient me questionner
On leur distribue des poèmes
On épargne au vieillard fatigué
De donner des explications confuses
Je décris ce que je vois
Vieux on chérit chaque minute
Une journée devient une année
Il importe de varier les plaisirs
S’ils se présentent

Cc 74

Je suis moi et je suis l’univers
Je connais mieux mon petit moi
Que le grand univers
Tout l’univers est nécessaire pour que j’existe
Contempler le vide me libère de tout souci
Mon pas est mal assuré
J’accumule les mérites
Le courage de l’homme de la montagne
Mérite d’être vanté
j’ai voyagé jusqu’au bout du ciel

Cc 73

Au milieu de quelques fleurs fleurs de prunier narcisses
Le vieillard fredonne Sa tête dodeline
Il se souvient Il déambulait par les nuits claires
Il se demandait : comment peut-on vieillir ?
Aujourd’hui je serais effrayé par moi-même
Mais j’ai pratiqué la quiétude pendant une trentaine d’années
Aujourd’hui on me dissuade de voyager
La vie d’un homme est comme une bulle d’air
A la surface de l’eau
Je suis vieux mais robuste je suis surtout vieux

Cc 72

Dans l’allée aux roses-trémières
Je me retire dans mon jardin
J’abandonne toute pensée du monde de poussière
La grue blanche à ma place accueille les rares visiteurs
Le vent tourne les pages du livre de ma vie
Notre savoir esthétique devient poétique
La tête blanche comment ne pas pleurer !
Un type me cause : « Vous avez beaucoup vieilli  »
Il persiste : « Comment peut-on vieillir autant ? »
Mon coeur ressent déjà une douleur sournoise

Cc 71

Qui est ce vieil homme aux pieds nus ?
Il nous fait rire Il rit aussi
Il ne supporte pas la chaleur
Assis sur un tabouret il contemple les poissons
Les poissons ont peur de lui
La rivière est limpide la pluie est cinglante
Le son clair de chaque goutte me pénètre jusqu’à l’os
Toute ma vie j’ai écouté la pluie
Et maintenant ma tête est blanche
Je n’entends rien au bruit de la pluie

Cc 70

Le nouveau printemps est précoce
Déjà les fleurs de prunier tombent comme la neige
Le vieil homme ne croit pas que le printemps précoce
Hâte son vieillissement
A la fenêtre il fait déjà jour
Les fleurs m’attirent
On va me porter un bouquet de saison
Mais j’ai ma canne
Avec elle j’admire la rivière
Elle n’est pas si lointaine

Cc 69

La neige couvre mon crâne
Ma vue est brouillée
je vis dans le vague
Qu’est-ce qui m’empêche de marcher ?
A me voir sagement assis dans la maison
On pense que je médite
Mon éventail tombe je ne peux pas le ramasser
J’hésite à marcher avec ma canne jusqu’à la fenêtre
On envie les immortels parce qu’ils volent
Les immortels selon moi marchent