Cc 68

Emu ma poitrine m’attriste
Hier j’étais alité
Je regrettais le monde et surtout le jardin
La forêt de pins se fait mélancolique
Mes os malades ne lui résistent pas
Je musarde au soleil
Légèrement fatigué je m’assois
Les deux vieux pruniers sont en fleurs
Les bambous se balancent dans le vent
Pourrai-je venir demain ?

Cc 67

Que je chante en marchant cela tient du miracle
Je flâne dans le jardin
Je musarde à travers les fleurs et les bambous
De retour chez nous je crains de mourir
Faisant le fier devant ma femme je n’ose
Lui demander de l’aide
J’apprécie de plus en plus ma canne
Je marche encore
J’ai traversé l’océan en chevauchant une baleine
Mon lit est plein de rêves

Cc 66

Je me suis retiré ou l’on m’a retiré
J’habite un pied-à-terre au pied de la montagne
Vieillard malade je me vois
Volontiers en graine ailée
Pourquoi pas une grue solitaire ?
Ou une oie sauvage ?
Je regarde les feuilles d’érable tomber
Combien de fois depuis que j’ai les cheveux blancs ?
Purée de patates ou lentilles d’eau ?
Mes liens à l’extérieur sont ténus maintenant

Cc 65

Je me moque de moi
Je reste amical
Au village de la rivière
La neige volette
Je me retourne sur l’oreiller
Mon rêve est interrompu
L’art du médecin n’est pas miraculeux
J’ai oublié la mort et cette vie flottante
Je choisis un livre
Je suis trop paresseux pour lire

Cc 64 La vieillesse encore

Je range mes livres J’essuie la table
C’est le moment de me distraire
J’applaudis mon arrière-petit fils
Qui joue au cheval sur une canne de bambou
Il parait que cela m’enlève de la fatigue
Une dent vient encore de tomber
J’ai eu droit à un massage
J’en ris encore
De ce corps illusoire
Je n’oublie pas d’en prendre soin

Cc 63 La vieillesse toujours

A bientôt quatre-vingts ans
Le vieillard décrépit a le coeur d’un enfant
Même tenant ma canne je ne grimpe plus sur la montagne
Près de la taverne des badauds s’ébaudissent
A me voir chancelant
J’appelle mon logis ermitage
Si l’on y pense ma vie est exquise
Je n’aurai pas vécu en vain ce rêve
Parmi les hommes
Je me promène au bas de la montagne

Cc 62

La neige fondue gonfle l’eau du puits
j’installe le réchaud pour préparer le thé
Rien ne m’occupe le coeur
Pas trace d’une affaire
Je n’aurai pas habité en vain
Ce monde durant près de cent ans
Suis-je libéré du monde flottant ?
Je ne m’attache plus qu’à composer des poèmes
Devant le petit réchaud je transmets à un petit garçon
L’art de préparer le thé

Cc 61

Enfant j’aimais les livres
J’en négligeais le reste
J’ai eu tort toute ma vie
On m’appelait je ne venais pas
Je n’ai donc pas compris
Vieux je soupire N’est-ce pas navrant ?
Partout les lampes sont encore allumées
Les champs sont labourés
J’ai honte de n’avoir rien à faire
Près de l’âtre je suis bien assis

Cc 60 La vieillesse

L’art de vieillir ?

La manigance est incompatible avec la robustesse
Je me retrouve encore dans un relais délabré
Je traverse le ruisseau pieds nus
On dirait que j’attire les maringouins
Convalescent sans souffle ni force
Je tiens ma canne
Je me réchauffe au soleil du matin
Je suis confus Où est mon mérite ?
Je n’accueille plus je ne raccompagne plus les visiteurs
Heureusement ils sont de moins en moins nombreux

Cc 59

Le vieillard ces dernières années est de plus en plus pauvre
Dans ma poitrine se cachait un printemps ensoleillé
La quiétude me fait oublier la solitude
Le vieux balai esquinté qu’on devait jeter
M’est très précieux
Les chants des oiseaux entrent dans mon rêve confus
Il ne me déplait pas d’être pauvre
Je réfléchis sur le style En vain
Plutôt que de remuer les idées
Il vaut mieux se simplifier la vie