Cc 48

Le retour de l’éclaircie
Je dédaigne de plus en plus les affaires du monde
Les arbres rouges et les montagnes bleues
Sont comme jadis dans ma mémoire
On ne peut plus me limoger
Quand on s’éloigne l’un de l’autre
On risque la séparation
Je remets de vieilles lettres
Dans le coffre en bambou
Mieux vaut laisser le passé au passé

Cc 47

Depuis l’article Cc 30 mon texte est de plus en plus fantaisiste. Il faut parfois plusieurs articles primitifs pour que j’en écrive un :

Je me lève à minuit pour donner à manger au buffle
Je ne sens pas trop mes douleurs
La Grande Ourse est suspendue
Au dessus de la campagne immense
Le torrent et les montagnes resplendissent
Comme lors de la création du monde
Il y a deux univers : l’universel et le mien
Qui touche à l’universel
Le vieillard n’a rien à faire
Il se repose en attendant

Cc 46

Au nord au sud j’ai déambulé
Aujourd’hui vieilli décrépit
J’écoute le bruit de l’eau
L’année est prospère
Je mène ma petite barque
Je cueille des glycines
Je traverse le lac
Je suis joyeux comme un enfant
je ris en trouvant des fruits sauvages
Je retourne à l’école

Cc 45

Le chagrin est mémoire
La joie a des cheveux bleus parait-il
Ma mémoire diminue
Surtout celle du temps présent
Je n’avale pas l’élixir de peur de devenir immortel
Dans ma poitrine l’immensité sans souci
Comment ne pas s’apitoyer sur la confusion ?
La pluie traverse le villlage enténébré
Oisif je comprends les éternités du soleil et de la lune
Je suis un vieil excentrique

Cc 44

Dans l’ivresse j’oublie que mon corps est vieux
Il ne l’a pas toujours été
Je rentre en piétinant les flaques d’eau
Je me réveille en sursaut
Mon rêve était trop mélancolique
Je suis maintenant satisfait
Le sourire tranquille
Si je ne meurs pas tout de suite
Si je suis épargné par la décrépitude
Je me consacre à l’étude les dix prochaines années

Cc 43

A partir de prémisses fausses
On peut avoir des conclusions vraies
Il faut parfois se forcer à être joyeux
Je suis sous la lune
Immaculée dans la cour déserte
L’ombre des arbres est clairsemée
Les pies qui désiraient se reposer
Volent inquiètes autour des branches
Le vieillard imite les enfants candides
J’essaie de séduire les lucioles

CC 42

Ma mémoire a de plus en plus de trous
Surtout sur le présent
Dans l’oisiveté les choses poétiques abondent
Je reste à l’aise avec la pluie et le vent
Le clair de lune plein la cour je chante
Je doute un peu de ma voix
Je me lamente de voir parents et amis dépérir
Je n’ai plus ni père ni mère
Entre la réussite et l’échec il n’y a qu’un revers de main
Qui pourrait vivre éternellement ?
Qui voudrait vivre éternellement ?

Cc 41

Les enfants me suivent en riant
C’est la saison des chrysanthèmes
Bientôt le givre de l’hiver
Les voisins ne refusent pas de boire avec moi
J’ai arrêté de lire des livres
Le froid est pénétrant
Je prends soin de ne pas fouler les ombres
Je suis trop paresseux pour me lever
Dans la vieillesse les liens avec le monde ordinaire
Sont devenus vulgaires

Cc 40

La maison est humble la famille est unie
Je suis un vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise
Suis-je un sage ou un péquenot ?
Le vieux de la montagne a appris à jardiner
Il ne ressemble en rien au vieil islamiste *
Qui nous envoyait ses fanatiques
Son carré de terre ressemble à un échiquier
Il n’y a plus ni ronce ni pierre
Nous mangeons ses courgettes ses laitues
L’affaire est bien engagée

* Voir le Proche-Orient au XIII°siècle, le « Vieux de la montagne »

Cc 39

Entendre une mauvaise chanson
C’est mieux que de ne rien entendre
On ne peut me reconnaître
Je porte un chapeau bas
J’écris pour me distraire
J’adopte la voie du vide
Au bord de l’eau nous chantions toute la journée
Y-avait-il là un excès ?
A quatre-vingt ans
Je ne renonce pas au printemps