CC 18

Pauvre vieux
Dans la montagne au bord du fleuve
Je suis bien installé
J’en oublierais de me laver
Un visiteur arrive
Je pose ma cithare
Je décroche du mur la corbeille de fruits
Régine se propose de cuire un poisson
C’est alors que j’entends qu’on attache une barque
Quelqu’un d’autre nous rend visite dans notre chaumière

CC 17

Le sentier est moussu
J’aime les fleurs en pleine terre
Je suis octogénaire
Je reviens chez moi
Le printemps fleurit à nouveau
J’appuie sur ma canne
Les rochers sont solitaires dans la lumière
Dans le vent les mouettes sont paisibles
Les hirondelles légères
La vie trouve ses limites quand elle est à l’aise

CC 16

Un vent violent balaie le village
Notre cour si tranquille
Est détrempée par une pluie passagère
Le soleil crépusculaire
Réchauffe les jeunes pousses
La couleur de la rivière joue
Sur le store ajouré
Mes livres sont en désordre
j’ai entendu trop de propos futiles
Vieillard je me cache ici chez moi

CC 15

En errance dans l’errance qui suis-je ?
A quoi ressemblé-je ?
Le ciel guette une mouette sur le sable
Une profusion de fleurs couvre les berges
Mon pas est mal assuré
Je redoute vraiment le printemps
Mais dans mes pouvoirs
J’ai les poèmes et le vin
Inutile de s’inquiéter
Pour l’homme à la tête blanche

CC 14

Sur mes vieux jours je n’apprécie
Que mon repos
Dix milles choses ne m’encombrent plus le coeur
Je me retrouve sans projet à long terme
Je sais simplement que je retourne
Dans mon ancienne forêt
Le vent souffle dans les pins
J’enlève mon chapeau
La réussite ? L’échec ?
Le chant du pêcheur s’éloigne

CC 13

Je suis seul assis à me lamenter
Sur ma vieillesse aux tempes blanches
Les fruits de la montagne
Tombent avec la pluie
Quelques insectes des herbes
Grésillent sous la lampe
Apprendre la non-naissance
Pour éliminer le vieillissement ?
En un bref instant les cheveux blancs
Ont remplacé ma coiffure d’enfant

CC 12

Les tourterelles roucoulent sur le toit de la maison
A la lisière du village les abricotiers
Sont tout en fleurs blanches
On coupe les branches gourmandes avec une serpe
On guette les sources souterraines
Les hirondelles de retour reconnaissent leur nid
Le vieillard consulte le calendrier
Il m’est devenu impossible de boire
Le vin versé par moi dans mon verre
Je songe attristé à l’ami qui est au loin

CC 11

La pluie ne s’arrête jamais dans la forêt déserte
La fumée du foyer est hésitante
Nous cuisons des légumes pour les emporter
Les hérons blancs volent
Au dessus des rizières inondées
Les oiseaux chantent dans l’ombrage des arbres
Dans la montagne je cultive la quiétude
Sous les pins je cueille des mauves imprégnées de rosée
Le vieux ne se bat plus pour un cul de jeune fille
Mouettes vous vous méfiez encore

CC 10

Inutile de parler de ma jeunesse
Je n’ai compris le tao qu’à un âge avancé
A quoi bon regretter les choses du passé ?
Je m’en nourris le reste de mon existence
Je me passe d’alcool de sexe et de tabac
Je ne m’empêtre plus dans les filets du monde
La renommée est flottante Elle tient à peu de choses
La nature tient au vide Pour elle je n’ai pas de licol
Mon corps sera bientôt comme un nuage
Je désire l’unité de ma nature profonde

CC 9

Je suis ivre à la ferme
Je me promène en chantant
Dans la campagne sauvage
Au milieu des herbes folles
J’aperçois la tête blanche
D’un vieillard comme moi
Comme dans un miroir clair
L’humble plante rit de moi
La boule de pissenlit
Au milieu des herbes sauvages