En bonnet d’ermite je laisse aller mon pinceau
Les vieux du village sont contents de me voir
Je pris jadis l’aspect d’un mandarin
Au bord du ruisseau au croisement des voies antiques
Je compte seul les gens qui passent
Ma tête blanche dégarnie pleine de givre et de vent
Me conseille de dormir
Afin de reposer mon corps malade
Pour ne pas déranger mon sommeil printanier
Le gong s’est arrêté
CC 7
Les ronces envahissent le palais du tigre en pierre
Les cerfs se promènent sur les terrasses
Nous avons des demeures de rois
Et même d’empereurs
Depuis les temps antiques
Les portes sont refermées
Sur la poussière jaune
Pourquoi ne boirais-tu pas ?
Où sont-ils aujourd’hui
Les hommes d’autrefois ?
CC 6
Ne repoussez pas le verre a priori
Le vent du printemps est là
Il nous sourit
Pêchers et pruniers que nous aimons tant
Ouvrent toutes leurs fleurs
Des oiseaux chantent dans les arbres émeraude
La lune se mire Elle est faite d’or
Autrefois un visage juvénile
Aujourd’hui des cheveux blancs
Nous subliment de partout
CC 5
Dans les temps antiques
On obtenait facilement l’immortalité
Où est-elle aujourd’hui ?
Où sont cachés les immortels de jadis ?
Notre vie est flottante
Rapide comme l’éclair
Les couleurs se transforment en un clin d’oeil
Nos visages changent
Tout se modifie sans cesse
Nous sommes encore là
Cc 4
Par une journée d’hiver
Dans mon studio
Je m’aperçus enfin que j’ai toujours
Un balai près de moi
Dès que j’ai du temps libre
Je balaie
Je soigne ainsi mon souffle
Ma circulation du sang
En plus c’est très utile
De balayer par terre
CC 3
Il faut savoir regarder simplement les choses
Qui elles-mêmes sont simples
Dans le royaume des hommes
Chacun cultive sa longévité
Chose bizarre et étrange
La longévité est là
Sous nos yeux
Personne ne semble la remarquer
La recette est simple :
il suffit de manger chaque jour
Un peu de riz
CC 2
D’une chute d’eau
Sortait un torrent si rapide
Qu’aucune créature ne pouvait
Y survivre
Pourtant un homme dans la force de l’âge
Se précipita dans la chute
Ressortit par le torrent
Bien plus bas
« Je n’utilise aucune technique particulière
J’abandonne ma volonté au fil de l’eau »
CC 1
Mon balcon sur la mer
A la fin de ma vie
Je me suis épris du tao
Tu habites au pied de la montagne
Seul tu jouis de choses si merveilleuses
Tu marches jusqu’à la source
Tu regardes assis les nuages qui s’élèvent
Tu rencontres par hasard un vieux bûcheron
Vous parlez vous riez
Oubliant le retour
Te 71
Voilà une nouvelle série franco-chinoise qui se termine ! La base a été offerte par le délicieux petit livre rouge édité aux éditions du Chêne en 2011 par Maguy Ly et Nicole Masson sous le titre : « Petit recueil de pensées taoïstes »
L’émotion suscitée en moi par cette poésie chinoise que je trouve étonnamment humaine ne faiblit pas
Je vais peut-être m’attaquer au problème de la vieillesse vue et revue par les poètes chinois, dans l’esprit du Tao.
La référence de base sera « L’art de bien vieillir ( dans l’esprit du Tao ), poèmes chinois traduits et présentés par Hervé Collet et Cheng Wing Fun, publiés chez Albin Michel, en 2011.
Mes poèmes sont des commentaires. Certains ont déjà publiés sous une forme différente dans une anthologie différente.
Te 70
Quel plaisir de travailler sur le Te ou Tö comme dans le Tao tö king !
La totalité est une structure qui subsiste en dépit des conjonctures
Réglé dans le dedans on a une meilleur prise sur le dehors
Le vrai voyageur ne souhaite pas arriver
Le vide est estimé pour la paix qu’on y trouve
Les humains d’un vertu supérieure ne pensent plus à la vertu
Il vaut mieux être dans le milieu qu’aux extrêmes
L’illumination est un accord conscient avec le tao ou le Tao
Dans beaucoup de combats il n’est pas de vainqueur
La liberté d’esprit exige l’absence d’intérêt personnel