Pz 243

Le réel n’est pas insondable
Tout entre en résonance
Au profond sans fin de l’ombre bleue
Je ne peux que vivre Je ne peux vous le dire
Profonde et claire j’aime les choses de l’eau
Je te dévisage sans te reconnaître
Les excès tuent avant l’aube ou tuent à petit feu
Es-tu le voyageur de tous les lieux ?
Tu dis que tu as vu toutes les mousses
La fleur de l’eau est un signe d’éveil

Pz 242

Sous le vent qui fait rage
Les averses d’automne
Chaos de vagues et d’éclaboussements
Le cormoran réagit avec flegme
J’écris dans une arrière-cour
Le soleil naissant éclaire la forêt
L’esprit est vide aux reflets de l’étang
De lui-même le monde est sonore
Et le vide à jamais silence
Au coeur du calme tout se dissout

Pz 241

Il plonge entre les lotus rouges
Il survole la berge touffue
Seul et droit poisson au bec
Sur un vieux tronc flottant
Le cormoran miroite fièrement
De toutes ses plumes
Les brumes du soir ne peuvent s’abriter
Les nuées à leur faite lovées
Vont répandre la pluie parmi les hommes
Maintenant le vent fait rage

Pz 240

Assis seul dans le secret des bambous
Je siffle je sifflote à mon chant propre
Au bois profond nul ne me connait
Je refuse la lune qui vient m’illuminer
Au soir de la vie je ne goûte que la paix
Le monde s’absente de mon esprit
Rendu à moi-même, l’avenir ne m’est rien
L’ultime vérité ? Le chant d’un pêcheur
Qui s’éloigne dans les roseaux
Le cormoran se tient droit poisson au bec

Pz 239

Le sage ne sait que dire
Il fait ses adieux muets à la montagne
Il referme sa porte sur le couchant
Le bleu du vide n’a pas de réponse
Quand reviens-tu coeur noble ?
L’esprit joue aux brumes, aux torrents, aux bambous
Je n’ai pas retrouvé ton parfum égaré dans la brume
Dans la forêt ancienne la voie est sans traces
A la lumière du soleil l’étang parait vide
Nous apprivoisons le réveil des dragons

Pz 238

Les singes de la nuit se lèvent en un seul cri
Une voile solitaire sort du soleil
Je quitte la ville aux nuées de couleur
Le brûle-parfum divin exhale ses nuées mauves
Comme un fleuve suspendu la cascade
Devient le vol de ses flots version voie lactée
Le haut vol des oiseaux apparemment a pris fin
Seul un nuage lambine
Nous nous contemplons sans être différents
Pour moi il n’y a que les montagnes

Pz 237

Je raccompagne un pote et une poétesse
Avril cette année est aux fleurs de brume
Je ne porte rien qui augmente ma carrure
Il n’est plus que le fleuve à l’infini du ciel
L’ombre de la voile s’évanouit dans le bleu
Avec la nuit je veille au clair torrent
Mon amie est bleue dans les rochers bleus
Sur la natte je ressens l’écho du vent l’écho de l’eau
Tout est politesse ou impolitesse
Il est impoli de mourir

Pz 236

Il n’y a que le corps Il m’intéresse peu
Le dualisme des éléments me tord les boyaux
Cultiver un jardin n’est pas cultiver le creux
Eléphants et dragons sont toujours bien accueillis
J’aime le loisir de l’usine verte
Je ne déteste pas les femmes qui ont un panier sur la tête
je me repose paisible sour les arbres en fleurs
Je suis bien loin des oeuvres poussiéreuses
Mais quel vide pèse sur ma tête ?
Où suis-je ? Au mont de l’éveil ?

Pz 235

Le silence nait du bruit Le bruit nait-il du silence ?
Les silencieux sont sans prestige Que dire des bavards ?
L’immensité du ciel n’est pas celle de l’océan
Des formes fantastiques habitent dehors
Elles surgissent dès mon portail
Un maître médite là Il ne croit pas que quelque chose naisse
Il ne parcourt de chemin qu’en taillant des bambous
Avec le bûcheron ils ne parlent que du vide
Il prétend initier au réel les esprits de la montagne
Quand il prend congé le soleil se couche

Pz 234

En quel lieu goûter l’éveil ?
J’ai choisi un refuge auprès du mont désert
Les volets sont ouverts Je regarde le sommet
Le sommet est pur Les vallées ne sont pas infinies
La pluie se multiplie elle-même
Un beau bleu de vide ombre la cour
L’esprit n’est pas transparent
Notre bateau s’arrête avant l’ilot de brume
Par le couchant qui ravive les mélancolies
Sur la pureté du fleuve la lune rejoint l’humain