Pz 233

Le sage des sages n’enseigne rien à personne
Les lacs multiplient les reflets de la lune
Mille miroirs pour la même lune
Autant mettre le feu au réel
La réalité s’efface et s’évade
L’impensable allume des brasiers
Du sommeil de printemps ne nait que l’aube
Il ne t’arrive rien qui ne soit de ton fait
Les trilles des oiseaux entourent ta sieste
Combien de pétales sont emportés ?

Pz 232

Clair miroir de l’esprit multiplicateur de reflets
Qui chantera la beauté de la lumière du vide ?
Les agrégats sont des nuages flottants
Qui dans le vide naissent et claquent
Il ne se passe pas grand chose dans rien du tout
L’ignorance et l’amour se marient pour enfanter la haine
Les poissons rugissent une parole sans peur
La création fracasse les crânes
Evitons au maximum la honte panique
Seuls les sages savourent le silence

Pz 231

Du vent murmure du paysage
Nait une fraîcheur à laver la forêt
Par la porte du ravin galope la brume
Elle va libre et sans traces
Comme le mouvement de la vie
Pourtant elle n’est pas vivante
La chute du soleil est paix du paysage
La voix des arbres se réveille
Une perle irradie dans l’oubli de l’espace
Rien ne vaut la lumière du vide dans un grain d’univers

Pz 230

Promenade au mont de la paix suprême
Le ciel s’écartèle le soleil se déchire
Les arbres ont le vertige
L’éclat du printemps meurt dans l’ombre des ravins
La neige d’été se réfugie sur la cime des pics
Je n’habite nulle part Je dors dans l’absolu
Le plus souvent je fais sans faire
La fortune et la renommée sont des bulles d’illusion
Nos esprits ne peuvent se rencontrer
je grimpe je grimpe Où vais-je m’arrêter ?

Pz 229

Ma ceinture est trop lâche pour tenir mon pantalon
Il est toujours plus vain d’aligner des mots creux
Seule la musique répond à mon secret
Je ne peux que vivre ce qu’il y a dans la montagne
Je ne sais pas grand chose de ce qui se passe dans la vie
Le déclin de la lumière est un rayon pur
Souvent le coeur battant je n’ose leur parler
J’aurais voulu être le voyageur de tous les lieux
L’îlot est coiffé d’un nuage blanc
Le parfum de l’herbe pousse la porte paresseuse

Pz 228

Le soudain de la vie dure en mélancolie
Les moments s’évanouissent sans attirer l’attention
Les tambours se renvoient l’écho
Les érables rougissent au givre du matin
Je reviens à moi – l’ennui s’épaissit
L’oiselle captive languit de l’oiseau
Les pans de brume sont prisonniers
Au désir s’égare le vivant
L’oiseau perdu songe au bois ancien
L’oiseau protégé nie la protection

Pz 227

Une pluie de lune inonde le lac
Le rameur et l’oiseau de l’eau font le même rêve
Les poissons virevoltent comme s’ils étaient surpris
Les êtres s’ignorent au profond de la nuit
Je joue avec mon ombre
La lune s’accroche comme une araignée
Deux plus deux sont quatre
La plus petite vie offre de purs instants
Au son du coq au son de gong
On se réunit on se disperse

Pz 226

Es-tu heureux de ce que tu deviens ?
En octobre les champs sont en friche
La luciole est engourdie
Tout scintille comme fleurs de pin
Il est des mouvements poétiques et mystiques
Tu zétêtes ? Certains chants sont des larmes
Les mystiques, les poètes , les héros voient quelque chose
ils se taisent, ils chantent, ils errent, ils reviennent …
Le vent se promène dans un doux murmure
Je traverse les joncs

Pz 225

Chaque poème vibre
La nature ultime est la nature ultime
Il n »y a pas entre elles la plus subtile différence
L’éveil est un duel
Le clair de lune est sauvage dans le jardin
Etincelles de lucioles dans le noir
Le monde est en guerre Notre monde
La campagne est lumière en automne
La rosée pleure un peu froide
Sur le visage d’une dame en larmes

Pz 224

Tu as honte en ton miroir
La bouche pleine d’eau tu arques tes sourcils
Et, penchée sur le balcon, tu asperges ton frangin
Je hante les sentiers tordus
Les oiseaux chantent les langueurs de la dame
Le printemps ravive le feu
Trois étoiles s’allument Elles rient des folies de la chambre vide
Je redoute leur corne pour les rhinocéros
Ta guitare prédit fortune et infortune
L’oiseau bleu est mon talisman