A quoi sert ta vie, Gustave ?
Je suis un marmouset
Je n’ai pas d’explication à vous donner
Les canetons sommeillent
Comme les gamines d’honneur
Elles portent toutes au moins une tresse
La pluie tombe comme une plume
Ton parfum éloigne tes amants
Une racine engendre un poisson
Je suis le roi, le roi Gustave
Pz 222
Arrives tu à vivre de la couleur des arbres ?
Ton vin parfume nos érables
Une étoile pend au saule
Les lumières clignotent sur la mer
Les corbeaux crient dès potron-minet
Maîtresse jaune tu te lèves la première
Je me trimbale ta traîne
Une larme de cire pend
Je vais puiser le vin
Mon ressentiment rase les cimes
Pz 221
La sente est aux lièvres
Les traces de la renarde vont jusqu’au muret
Le paravent se replie
Le matin ta flûte pleure
Le soir le vin te parfume
La ruelle déborde d’asphodèles
Les hortensias s’imposent à la terrasse
A quoi sert ta carapace de tortue ?
Ta plume de cygne fouille l’encre
Tu calligraphies tu es calligraphe
Pz 220
Tes seins sont serrés comme bambous en fagot
Ton ventre est tendu comme un arc
Les papillons s’égarent dans les arbres du soir
L’arc-en -ciel disparait pour rejoindre ton amant disparu
Je sape le vide lui-même
Ta robe est en gaze nouée d’agrafes
Ton coeur s’ébat comme une grue dansante
Tu ne veux pas vivre toutes les vies
Vis pleinement la tienne
Les fleurs piétinées sont un legs de renarde
Pz 219
Tes perles effraient les hirondelles
Ton hydromel attire les guêpes
Tes rubans hallucinés tendent leur filet
Avec toi le monde va bien
En dépit de menus incidents
Le monde va bien pour toi
Un vol oblique d’oies sauvages
T’évoque un visage lisse
Tu promènes ta lumière
En rêvant des ours de la famille
Pz 218
Ta voix perle à l’herbe de printemps
Amusante une pie volète au dos de ton miroir
Le fleuve est un écran
Tu aimes les rubans sinueux
Le khôl de tes sourcils éclate
Tes fossettes sont des fleurs coites
Tu utilises des mots interdits
Pourquoi céder au vent ?
N’ouvre pas la cage en plumes de l’oiseau minuscule
Ne verrouillons pas les coffres ! Ne verrouillons rien si possible !
Pz 217
Dans une langue bien faite il n’y a pas de synonymes
La mélancolie brise en vain
La tendre fille poudrée de rouge naïf
Expédie le passé
Les arbres voilent ta porte
L’aurore peint des signes
Tes sourcils sont épais
Ton ciel épuise les encensoirs de la nuit
Tes peignes ne peuvent rien contre les algues rouges
Ta lourde chevelure tourne en brouillard
Pz 216
La passion du présent la seule présentable
Sac vide : le poing se serre
il est des poètes du chaos : je ne les connais pas
As-tu un sac à poèmes ?
Tout était indistinct
Lendemain douloureux, l’arbitraire s’embrase
Pour le désordre il n’y a pas de langue humaine
La vie ressemble à un poème en vers pas réguliers
Ton ex-sommelier t’aurait-il oublié ?
L’histoire et la bêtise piétinent le rêve
Pz 215
Le dépit aussi a des rimes
Le tao est un effort pour ne rien négliger
Ni bêtise ni intelligence
On a connu des empereurs
Qui songeaient à l’immortalité
Leur or partit en fumée mauve
Dans le bol à gauche mets un oeuf
Méfie-toi des tabous
Tu en as marre tu bous
Sérénité acceptation
Pz 214
Quel est l’avenir des jeunes créatures ?
Quand les chevaux galopent sur le mer
Certains ne voient que des mules
Les grelots tintant à tout vat
Les coursiers ne suent jamais le sang
Les rennes de jade approuvent en souriant
Ne rapporte pas trop de marques historiques
Les rennes de jadis s’enfuient en riant
L’immortel attache son chien jaune
Pour quelle raison ?