Pz 213

Bondiras-tu par dessus les monts bleutés ?
Bouderas-tu tout l’été ?
A quoi bon connaître les marques du sublime
Si l’on n’est pas libre de trottiner rue de Lévis ?
Tes habits sont croisés en queue d’hirondelle
Ton épée est incrustée d’or
Tu voudrais un coursier infatigable
Guette d’abord l’éclair dans ses yeux !
Pourquoi grimpes-tu dans la tour bariolée ?
Qui t’as banni, Gustave ?

Pz 212

Sur la route du sud je rencontre le printemps
Nous nous saluons Nous engageons la conversation
Il semblerait que les dragons renaissent
Si on ne le chasse pas le tigre s’échappera
Un beau matin il jaillira du ravin
Heureusement il est sympathique
Tiens un tigre vole dans les nuages
C’est ça aussi le printemps !
Les sabres décapitaient bien dans le temps
L’acier blanc massacre les épis

Pz 211

De quelle maison cet élégant a l’anneau ?
Les os des gens de bien sentent bon
A ce qu’on dit
Il a troqué des os contre un bon tas d’or
Des dragons enroulent à ces os
Leurs écailles
Un beau matin le tigre jaillira du ravin
Vous nous voyez voler dans les nuages
Les sabres décapitent malgré les tourbillons
Elle a du sang-froid cette fille

Pz 210

La mère d’occident n’a bientôt plus de vin
Son mari a fini le festin
Nul ne peut chevaucher un lièvre
Les poneys ne lui obéissent pas
L’art de dresser les dragons s’est perdu
La bise fend les os de l’étalon
Où trouver un héros ?
Le destrier perdu par les dunes de sel
Combat fourbu la poussière et le vent
Ta robe est fleur de pêcher

Pz 209

La faim l’a couché
Ses os saillent
Sous sa robe folle
Dont le crin est roussi
Le rouge se détache
En gouttes sanglantes
La mère le nourrit
Le nettoie le bichonne
Il se relève fiérot
Il trottine

Pz 208

Tout se mêle Rien ne s’oublie
Tout est là au même moment
Certains moments sont évidents
Tout est nuances
Certaines nuances sont en couleurs
Telle est la nuance de l’étoile
Pousse ses os frêles
ils sonnent comme l’airain
Au désert le sable semble neige
Le galop de la lune résonne bien

Pz 207

Dragon par l’échine
Tes sabots d’argent
Paraissent blancs
Pour fouler la brume
Les racines sucrées
Sous les rues du ciel
Font la bouche dure ou tendre
Je revois soudain le mont de mon enfance
Le bruyant équipage quitte le parc
Je m’éprends déjà de toi

Pz 206

Lumière des lumières
Saison des saisons
Les phases se relaient indéfiniment
De vos promesses de jade
La cendre ne s’envole pas
L’année qui s’étire
Empiète sur celle qui vient
Le couchant est une goule
Qui avale les bien-vivants
Salut les cochers d’azur !

Pz 205

La queue du rayon pâle
Ecarlate s’écartèle
Les ongles durs du givre
Ne griffent plus
Paisible l’embellie
Repousse le vif hiver
Les nuits brèves
Saluent la longueur des jours
Sources chaudes puits de feu
M’inspirez-vous ?

Pz 204

La lumière froide
Assiège les remparts
Le ciel blanc décomposé
S’abîme en un parfum de pierres
Notre gong scande
Les jours et les nuits
De notre ivresse incandescente
Dans mon corps à corps avec le givre
Les fontaines se figent
En anneaux de soie claire