Accueillant le printemps
je retourne à la primeur du temps
Les saules s’habillent de jaune
La brume est ténue de pâleur
Le vent est silencieux
L’aube est ensoleillée
Ton visage de rosée refuse
L’aveuglement des matins
Je n’oserais porter une écharpe couleur de saule
Ma peau frissonne
Tu t’enroules déjà ton chignon de roseaux
Pz 192
En fait j’essaie de lancer un genre, la poésie franco-chinoise. Chez moi cela consiste à partir d’un poème court écrit en chinois si possible il y a longtemps. Il a été traduit en français par des spécialistes éminents. J’en fais une libre adaptation en amateur que j’espère éclairé, mais qui n’est ni sinisant, ni sinologue.
Il y a pour moi un sortilège chinois. La poésie chinoise est la seule à susciter chez moi un enthousiasme aussi intense et aussi particulier.
La raison profonde en est peut-être que, très ancienne pour ne pas dire antique, cette poésie évoque une culture paysanne et traditionnelle, admirable à bien des égards.
Le concept sous-jacent, rarement invoqué, est celui de tao ou Tao, la substance, l’étoffe de l’univers, indicible, ineffable, intraduisible, qui ne supporte aucun dogmatisme métaphysique à l’occidentale, y compris l’islam et l’ Inde. J’ajouterai que le tao me passionne, mais que le taoïsme est pour moi une autre histoire.*
* Il faudrait peut-être parler de poésie « sino-française » car c’est la Chine la base.
Pz 191
Le rire enflammé ne se rit pas des flammes
La fille disparait derrière les nuages
La brise de printemps descend de la montagne
La fille rentre seule par un chemin de parfums
Le vent est pur sur le fleuve
La fille ne viendra pas me chercher
Sur une barque d’orchidées
La fille s’est fabriqué une robe d’éternité
L’éternité n’est pas faite pour les jeunes filles
Elles rougissent tendrement
Pz 190
Les cordes magiques ont une chanson
Que je ne connais pas
Lorsque les lutins se mangent entre eux tout tremble
Un cheval piétine les nuages Je le vois
Il est fait en nuages
Après avoir pris un bain ma jolie
Tu montres les volants de ta robe brodée
Un arbuste réputé essaime au vent
Un dragon est peint sur le mur sa queue incrustée d’or
Tout tourbillonne autour de moi
Pz 189
L’encens craque sur les charbons ardents
J’ai du mérite, personne ne m’encense
A vrai dire, je n’encense personne
Le phénix d’or danse Il n’est pas fait d’or
Droits de la mer et esprit des morts
La déesse est-elle là ou pas ?
Ce n’est pas une déesse, c’est une prêtresse
Qui grimace en plus
Qu’elle s’irrite ou se réjouisse
Le soleil se noie
Pz 188
Les rides silencieuses du fin ruisseau
Dessinent un sourire
La moiteur est verte
Le dragon aux mille anneaux
Est une cohorte de cimes et d’abrupts
Les montagnes d’émeraude sont un plaisir d’immortel
Froissement d’ailes : un immortel se pare
Des plumes du paon
L’immortel est un oiseau aussi
Un cerf boit au fond d’un ravin froid
Pz 187
Océan de jade monts de saphir
Bibliothèque magique pour immortels
Paroles et rires fusent dans l’espace libre
Montés sur une baleine nous agressons la houle
Je calligraphie ton nom sur de la soie
Dédiée à la mère d’occident Viendra-t-elle ?
Avec son chignon de brouillards ?
Le renard blanc demande quelque chose à la lune
Nous avons tous quelque chose à demander
La mère d’occident n’en a pas fini avec ses amants
Pz 186
Je brise une branche pour balayer les rayons du soleil
Pris pour un nuage je vole
Le givre gèle mon visage Je suis pris pour du givre
Je pénètre l’infini tournoyant Je ne suis pas infini
D’une goutte de nectar surgissent mes souvenirs
Pourquoi retourner au pays ?
je suis le libre tourbillon au delà du ciel
Impossible ? Incroyable !
je ne suis pas le ciel je ne suis pas son au-delà
Moi aussi je plaisante
Pz 185
La route n’est pas large
Le sens poétique diffuse sur plusieurs dimensions
il ne vaut pas la peine de considérer
Le tao des gens du dehors ?
Surtout on ne sait pas s’y prendre
Les monts se rallument
Mille courbes mille creux
Ma rame maintes fois pirouette
Confusément je sens l’antique aux traces cachées
Ma pensée n’en finit pas
Pz 184
Deux en un c’est mystère c’est merveille
Un homme ne se nourrit pas uniquement de brumes roses
Sa parole dit le silence de l’immortel
Parfois se déchirent les ailes du phénix
Nul ne peut dompter l’esprit du dragon
Rame à la proue j’entre dans le bois fleuri
L’eau retient l’étreinte des parois grotesques
Mes associations d’idées oublient des dimensions
A quelle profondeur vivent les immortels ?
Plein de pureté mon coeur sort de la poussière