Dans ma pelisse crépue j’ai fait du chemin
Haro sur les étoiles !
Trois jours d’escalade et de descente
Pour apercevoir un saint sur un bourdon géant
Il a quitté l’être pour entrer dans le rien
Moi je me sentis l’âme oisive et le corps rasséréné
Je repoussais les soucis du monde
Je chantais haut et clair les torrents mystérieux
Forme et vide se dissolvent et se mêlent
Les noms restent
Pz 182
Je vis un bruissant vol de paons
J’assistai au concert des phénix
Un bain dans le torrent que nous pensons magique
Chassa les pensées torturantes de mon pauvre esprit
Je mis mes pas dans les pas des vieillards
La forêt est faite de palais ciselés
Ce matin devant ma fenêtre
Un lacis de brumes rouges c’est rare
Huit arbres forment-ils une forêt ?
je vois des pins hauts de huit mille pieds
Pz 181
Je courus, je gravis, je franchis
Je me perdis, je m’agrippai, je me cramponnai
Un seul bond dans le vide
Pour vivre ma vie longue à jamais
Pour rejoindre la plaine
Chercher le mystère avec sincérité
Sur le sentier flou mon progrès s’épure
Mon coeur et mes yeux brillent de la lumière du vide
je ralentis le pas et j’erre sans trop de souci
je me fais un coussin d’herbe menue
Pz 180
Les petits esprits se lissent pour s’envoler
Ils s’agrippent à leurs préjugés
Le principe est transparent il n’est pas évident
Le tumulus est planté de fanions
La cascade plane sur les flots qui se fendent
J’en oublie la cité suspendue
Délivré de l’amour banal de nos contrées
J’accède au sublime de l’esprit
Je gravis d’inaccessibles parois
Je deviens juste inaccessible
Pz 179
L’espace sans bornes porte en lui
La transparence du vide infini
L’être de merveille anime la nature
De sa fonte naquirent torrents et fleuves
il se solidifia créant les montagnes
Il rendit possible le tout de l’esprit clair
Ses absolus sommets
Les solitudes sont étranges féériques enfouies
Interdites aux esprits étroits
Insectes ridicules de l’été qui doutent de la glace
Pz 178
Un martin-pêcheur taquine une orchidée
Un homme silencieux et paisible
Dépasse en esprit les nuages
Mâchonnant la tige d’une fleur
Il boit à la cascade
Il vole au dessus des pins rouges
Chevauche un aigle dans les brumes mauves
Dans sa main gauche il tient un mont
Dans sa main droite il tient un précipice
Les éphémères le connaîtront-ils un jour ?
Pz 177
Le ravin bleu est profond
Un homme de la Voie y habite seul
Son toit est proche des nuages
Ses fenêtres et ses portes accueillent le vent
Ils rident la rivière et la couvrent d’écailles
Une femme le regarde en souriant :
« Il est inutile de t’entrainer en boitant
L’essentiel est que tu connaisses ta voie »
Le sourire de la femme est souvent moqueur
L’essentiel est d’y trouver sa voie
Pz 176
Mon esprit vagabond du silence
Ne regrette rien
Selon moi un ruisseau est un royaume
Un poème suffit à mon bonheur
Errer au loin est un trésor
Conquis par la Voie que je parcours seul
Vers la fin du moi et du savoir
Je suis tranquille et sans souci
Pourquoi chercherais-je autrui ?
Je nourris mon esprit je réjouis ma pensée
Pz 175
La rosée pure gèle en givre
L’herbe peut être fleurie elle sèche en broussaille
N’est pas sage qui n’accepte pas cette simple vérité
A cheval sur les nuées respirons l’éternité
Le mont des immortels émerge
Les dragons tirent le char des souffles
On ne défie pas les lois du ciel
La chambre des orchidées est pure harmonie
Elle inspire le givre expire la rosée
Les hommes-montagnes se baignent nus
Pz 174
Le vent d’est nuit à la pauvre végétation
Il n’y a guère ici que du vieillissement
Chez nous il est un temps pour mûrir
Un temps pour se faner
La vie n’est pas minérale
Aucun savoir ne peut la prolonger outre mesure
Le vivant change d’être à tout instant
Ma notoriété n’est pas un renommée
Etre bien connu de ton vivant te permettra peut-être
De passer à la postérité