Pz 143

L’homme paresse aux fleurs de saison tombées
Le haricot pousse des cris d’oiseau
Seul le bruit vient en écho
Un chien ne craint pas le surgissement de la lune
Ni l’écho de son cri au coucher des ravines
Un instant sur le lac je me retourne
Les nuages blancs s’enroulent au bleu du mont
je ne suis pas indifférent
Je ne vois pas les temps qui passent
Je ne suis guère conscient du temps

Pz 142

Nous multiplions les signes de la main
Les chevaux de la plage s’impatientent
Raffiné érudit méditant tel je me voulais
A qui appartient la robe blanche du torrent ?
Pour moi le torrent est une image du tao
Je n’arrive pas à savoir ce qu’est le tao
Le vide est bleu qui mouille nos habits
L’homme est sans forme dans la montagne vide
Ma voix seule vient en écho
L’homme paresse dans le vide de sa vie

Pz 141

Je caresse les étoiles de la main
Je n’ose élever la voix
Les habitants du ciel ont l’ouïe fine
Nu sur le cul tu me laisses tomber
Une montagne bleue traverse le bourg
Heureusement je ne suis pas sourd
C’est ici que nous nous quittons
Mes pensées errantes filent comme des nuages
Le soleil couchant est un vieil ami
je ne suis plus un fils prodigue

Pz 140

Je n’arrive pas à éviter la haine de l’autre pour l’autre
Heureusement je suis là et bien là
Ma vie est faite des présences impétueuses
J’agite un éventail aux nuances de l’azur
Il fait beau et chaud Pour certains il fait chaud et beau
Ton joli corps est nu dans la fournaise solaire
Le vent des pins roule sur mon crâne
Ma main s’accroche aux cordes du nouveau pont
Mon esprit se lave toujours à l’eau des rivières
L’ultime écho me revient dans la gueule

Pz 139

Pourquoi ne pas habiter une émeraude ?
Je suis un esprit libre
Je souris en silence
Des fleurs glissent au mystère de l’eau
il est parait-il des univers au delà des mondes
J’aimerais bien t’embrasser
Bâtir un nid juste pour nous deux
Je le vois en ville en haut d’un bel immeuble
Je ne connais pas le vrai visage des paysages
Je sais seulement que j’y suis

Pz 138

Le ciel a rarement la beauté d’une fille
L’herbe est plus verte ailleurs je crois
Ton père ne sait pas à qui te vendre
Ta bouche est rose bien qu’elle vaille de l’or
Il te manque peut-être un souffle héroïque
Au soleil qui s’achève ton voyage prend fin
Descends enfin de cette automobile
Le sentier de ton ancienne maison serpente
Tu ne reviens pas pour un pèlerinage
Mais pour préparer la prochaine saison

Pz 137

Toile pendue toile tendue
Nous faisons voile au sud-ouest
Montagnes bleutées !
Le pays d’eau s’étire
Poupes et proues se battent dans l’estuaire
Je me demande où je me rends
Je n’arrive pas à dire ce que j’ai envie de dire
J’aurais mieux fait d’être peintre
Le rocher est un pont le ciel est une terrasse
Je regarde les nuées se colorer de soir

Pz 136

Les illuminations viennent de partout
Moi je viens de nulle part
On me dit que c’est impossible
Depuis que je suis ici
Les affaires ont cessé
Vous m’entendez toute affaire cessante
Seriez-vous durs d’oreille ?
Plus de pensées tordues
Ouf je griffonne sur les rochers ces quelques vers
Le destin fait de moi une barque sans amarre

Pz 135

Nul ne se hasarde dans les hautes montagnes
Que les nuées blanches et grises
Embrument sans fin et sans cause
Mon matelas est d’herbe sèche
Mon édredon est de ciel clair
Les murs sont de roseaux
Le plafond est de ciel clair
En attendant la pluie
Je suis joyeux la tête sur une pierre
La terre et le ciel se chargent des mutations

Pz 134

Je n’ai pas de véhicule cosmique et je m’en fiche
Les traces des anciens s’étalent sur les parois millénaires
Par petites touches au point du vide
Au clair de lune toute blancheur est immaculée
Ne cherchez pas en vain de tous côtés
Ne vous agitez pas J’ai horreur de ça
Depuis que je suis vivant
Dans la forêt dix mille ans ont passé plusieurs fois
C’est dans les bois que je me laisse vivre
Solitaire je suis mon seul maître