Vieillard assis tout seul
Perché sur le piton vert
Oisif dans sa petite grotte
il considère que les animaux
Sont plus sages que les hommes
Mais il reste humain
Il laisse ses cheveux blanchir
Il se laisse aller à penser
Un peu point trop n’en faut
L’absence de pensée est aussi un fleuve
Pz 132
Je rencontre un sentier sablonneux
Il s’enfonce oblique dans le bois
Où ne flane aucun promeneur
Planent les souvenirs anciens !
Je rencontre un crapaud sage et disponible
Il croit se cacher derrière une herbe mince
Tiens ! Un train de nuages puis la lune fraiche
Claire et blanche Les oiseaux la saluent
Ils sont volubiles quand ils veulent
Je marche je ne vois pas le bout du chemin
Pz 131
Mon pas solitaire a des cailloux dans ses semelles
Je chante ma douleur en m’agrippant aux lierres
Ma petite vie n’est qu’un long désœuvrement
Les oiseaux délibèrent sans parler de moi
Les maîtres montrent le chemin du retour
A la lumière de la lanterne ronde
Les morts se fondent dans le brouillard
Ils s’enchevêtrent aves les nuées
Qui dissimulent le bleu du ciel
Tout se cache-t-il à un moment ?
Pz 130
Les eaux des torrents de ténèbres chantent sans fin
Le vent murmure dans les pins
Le mangeur de brumes est assis au bord du quai
Il reste là tout le long du jour
Dans l’oubli des malheurs de son siècle de vie
Il calcule par siècles L’essentiel est ailleurs
Un long désoeuvrement un tenace chagrin
Les petits singes crient pour moi la joie
D’avoir continué dans la voie ma voie la vôtre
Un tigre rugit sa joie d’avoir quitté les hommes
Pz 129
Mille herbes différentes poussent différemment
Seul le pin reste lui-même indifférent
Je flane librement dans le clair azur
Dans ce jour de lumière dans ce jour serein
Chantent les serins volent les grues blanches
Les nuages aussi sont sereins
Je ne suis pas le mangeur de brumes
Dont le seuil est tabou Nul ne le franchit !
Quelle désinvolture quand même entre êtres qui s’aiment !
Sommes-nous en été ou en automne ?
Pz 128
C’est un drôle de chemin celui de ta baraque
On ne dirait pas que tu as un char
La moindre pluie multiplie les torrents
Qui se divisent et se poursuivent
Pour se noyer dans la verdure
Plus loin ton chemin se poursuit lui-même
Entre les rochers entassés pêle-mêle
Prendre ton chemin c’est perdre sa route
Le corps demande à l’ombre : « Que suis-tu ? »
Un médecin vite !
Pz 127
Le vent souffle je ne le comprends pas
Les vrais chemins n’ont pas de fin
Même profonds les ravins du coin
Se remplissent d’éboulis
Les torrents se noient sous la verdure
Les mousses sont glissantes surtout par temps de bruine
Les pins n’attendent pas le vent pour murmurer
Même mes chemins ont une fin
Qui pourrait échapper à mes soucis
Et s’asseoir avec moi sur un petit nuage blanc ?
Pz 126
L’herbe féconde dévale le ravin
Le vieux sapin pose la tête
Vous pouvez me voir ici que rien ne préoccupe
Que rien n’importune même pas vous
Nous paressons sans souci
A mi-flanc de côteau
Aux richards allez dire que je ne fais rien
Mon coeur est lune en automne
Transparence de gouffre
Je ne le compare à rien
Pz 125
j’ai vu maintes fois l’hiver se fondre en printemps
On ne prend pas garde et soudain tout est là
Les nuées vertes embrassent les jardins
Le soleil prétend que tout va bien
Rien n’est pire qu’un nom vide sinon un mot creux
Fais attention à ton langage
J’ai un perchoir solitaire face à la forêt
Je suis tout près des oisillons
Qui ne s’intéressent pas du tout à moi
Ensemble pourtant nous chantons sauvages
Pz 124
Tu as élu domicile auprès de la plage
Le torrent bleu où je me vois est tout proche
Sur la voie des oiseaux il n’y a plus de trace humaine
Devant mon jardin de vagues rochers s’embrassent
Le géant souhaite boire mon silence
Debout face au sommet du rocher plat
je prétends qu’un nom vide est inutile
Pourquoi es-tu géant brusquement ?
Une sirène a besoin de sa queue
Pour être belle pour être superbe