Le tao n’est ni bête ni humain
Ou plutôt il est tout à la fois
Enfant j’étais plutôt commun
Mais j’étais aimé des miens
j’avais pour les animaux
Un amour spontané
Piégé par la poussière du monde
Je restais longtemps à l’université
Les oiseaux captifs se languissent
Je ne rêve pas d’une hutte dans la montagne
Pz 112
Je souris en silence parmi les livres
La naissance de la source est la source
J’aime la naissance des nuages
Bien sûr point trop n’en faut
De naissance en naissance où allons-nous ?
Elle est seule sur la cime
Se croit-elle seule au monde ?
Il est des lieux inexprimables
Qui mange à votre table ?
Les lettres forment un idéogramme
Pz 111
Le vol des oiseaux a pris fin
Nos pas se sont effacé des sentiers
La petite barque est vide
Le fleuve enneigé donne froid
L’amour se paye avec de l’amour
Le petit enfant suit sa grand-mère
Avoir dans le ventre une sympathie universelle
Ne pas être un cadavre exquis
J’habite sur le bord de mer
Les oiseaux se reposent
Pz 110
Jeux de mousse sur les pierres au printemps
L’ombre du pin glisse dans le puits froid
Avant de puiser l’eau l’homme de silence
Goûte un dernier rayon de soleil
Le puits est en pierre durable
Esseulé de la nuit l’homme puise
A la source froide
Dans la forêt vide nul feu ne l’éclaire
il ne redescend jamais
A son vieux monastère
Pz 109
Il me fallait un gîte pour la nuit
Le bûcheron n’est pas joignable
Par-delà le torrent
Le sentier des simples est par endroits
Rouge de mousse ou vert de fougères
A la fenêtre du mont
L’ermite rêve en vain
A la visite de son ancien copain
il envie le vin parmi les fleurs
Les papillons que le rêve déploie
Pz 108
Nous ne sommes pas proches du ciel
Mais du céleste
Nous arborons le pendentif des cimes
Jusqu’à la mer
Nous sommes pédestres
Nous nous retournons
Les nuages blancs s’unissent
Je crains les nuages gris
Surprises les brumes disparaissent
Les vallées redécoupent la lumière
Pz 107
Nos adieux nous mènent au sublime
Vieil ami ne te rends pas invisible
Le fleuve impatient poursuit son cours
Des bambous irréels s’y reflètent
Bleues et vertes des ombres
Strient l’eau tremblante
Quant à moi je chemine en secret
A l’insu même du bûcheron
Ce n’est pas une solitude absolue
Elle est remplie des semeurs de forêts
Pz 106
Nos adieux ne nous mènent pas loin
il est inutile de se croire sublime
Fleuve et plaine se noircissent de loin
Certains oiseaux se montrent la nuit
Voyageurs aux départs infinis
Perles dans le filet divin
Des paysans ont du génie
Tout le paysage est génial
Même si l’île est vide
Ton île
Pz 105
Je m’adonne au vin des sages
Je vis dans l’oubli des années
J’écarte les nuées
 la recherche de l’ancien sentier
J’écoute les sources
Je pourrais dormir dans la tiédeur des fleurs
Le fleuve suspend nos paroles
Le soir nous recouvre
Je redescends dans le froid des brumes
Les pins sont bleus
Pz 104
Ânes et lunes vieillissent sous les pins bleutés
Nous calculons la cascade
Eperdus de fleurs nous bravons les princes
L’univers reconnait notre insoumission
A l’âge des joues roses ou des tempes grises
Nous vivons librement
Autant qu’il est possible
Bercés par les pins et les nuées
Sans contempler les sommets
Nous préférons les parfums