Notre vraie nature, c’est l’intégrité
Parvenir à l’intégrité, c’est le travail d’une vie
La personne qui est dans l’intégrité
Fait ce qui est juste sans coup d’essai
Elle comprend la vérité sans y penser
Elle incarne naturellement le Tao
L’intégrité n’est pas seulement
L’accomplissement de notre être
C’est aussi la qualité
Par laquelle les êtres s’accomplissent
Lorsque nous accomplissons notre être propre
Nous devenons vraiment humains
Lorsque nous accomplissons tous les êtres
Nous arrivons à la véritable compréhension
Humanité et compréhension
Sont inhérentes à notre nature
Par elles nous unissons
L’intériorité et l’extériorité
Aussi quand nous agissons avec intégrité
Tout ce que nous faisons est juste
Ts 67
Un livre classique nous apprend :
« Lorsque le poisson
Se cache au fond de l’eau claire
On l’aperçoit »
Le Sage scrute les profondeurs de son être
Remarque le moindre signe de discorde
Le corrige avant qu’il ne fasse aucun mal
Quand ton esprit est différent
S’il est transparent jusque dans ses profondeurs
Que tes mots et tes actions ne font qu’un
C’est le monde entier
Qui devient transparent
Ts 66
Si l’on suit le Tao
Personne ne prête attention au talent
Au beau au vertueux au sage
Tout cela est tellement normal
Rien n’est surfait
Ceux qui gouvernent passent inaperçus
Tellement ils ont peu à faire
iIs sont comme les plus hautes branches d’un arbre
Les gens vaquent en liberté
Comme des cerfs dans une forêt
Ils sont honnêtes sans y penser
Ils font naturellement ce qui est juste
Ils sont bienveillants sans a priori sans idée
On peut leur faire confiance
Sans qu’ils en comprennent la signification
Ils ne tiennent pas un registre
De leurs bonnes actions
Elles sont tellement ordinaires
Voilà pourquoi toutes ces actions ont disparu
Sans laisser de trace
Ts 65
Quand la femme de Tchoung-tseu mourut
Le maître pleura comme n’importe qui aurait fait
Puis il regarda les transformations
Depuis le tréfonds du mystère
Insondable et changeant
Soudain sortie de nulle part
Elle avait une âme
Soudain elle avait un corps
Soudain elle était née
Le même processus
Qui lui a donné la vie en son temps
Lui a donné la mort
Aussi naturellement que l’automne
Devient l’hiver
Désormais elle repose en paix
« J’ai compris que si je gémissais encore
Cela montrerait simplement
Que je n’ai rien compris » *
* L’âme précède-t-elle le corps ?
Ts 64
Simplifie ton esprit
Tu verras comme la vie est simple
Lorsque tu apprends la sainte ignorance
Les joies du non-savoir
Ton coeur trouve seul le chemin
De son chez-soi, de son foyer
Heureux comme un enfant au sein
Ignorant comme un veau nouveau-né
Tu ne t’épuises plus à chercher
Des réponses impossibles
A des questions qui ne se posent pas
Tu n’erres plus à la recherche
Du pourquoi des choses
Tu te reposes dans le Tao
Bienheureux de ce que la vie apporte
Rien n’est plus parfait que le Tao
Le Tao ne cherche pas la perfection
Quand tu comprends la perfection
Tu comprends qu’il n’y a rien à comprendre
Rien à rechercher
A gagner ou à perdre
A protéger ou à rejeter
Tu retournes à toi-même
Tu y trouves l’inépuisable
Ts 63
Un grand oiseau de mer
Se posa majestueux aux portes du palais
Le marquis le fit escorter à son temple ancestral
Lui fit jouer de la musique de cérémonie
Etala devant l’oiseau du vin et de la viande
Le grand oiseau prit un air hébété se languit
Refusa toutes nourriture
En trois jours il mourut
On ne traite pas un oiseau comme un marquis
On le traite comme un oiseau
Qui mérite notre attention
Le marquis aurait du le laisser nicher
Au coeur d’une forêt profonde
Nager dans les rivières et les lacs
Jouer parmi les iles verdoyantes
Se nourrir de vairons et d’anguilles
Voler avec les autres oiseaux
En fait vivre comme bon lui semblait
Ts 62
Rien n’était plus ordinaire
Qu’un maître de l’ancien temps
Mais leur sagesse était profonde
Rien ne les écartait de la vérité
Les rusés échouaient à les convaincre
Les belles filles à les séduire
Les riches à les convaincre
Les vieux maîtres jugeaient
Que la vie et la mort sont choses insignifiantes
ils ne craignaient ni le soleil ni la gadoue
Leur esprit s’envolait sans entraves
Jusqu’aux confins de l’inconnu
Au delà du temps et de l’espace
il plongeait plus loin
Que le début et la fin
Les vieux maîtres pouvait servir
Aux postes les plus subalternes
Et y prendre du plaisir
Leur vertu remplissait le Ciel et la Terre
Plus ils se donnaient à eux-mêmes
Plus ls donnaient aux autres
Plus ils donnaient aux autres
Plus ils se donnaient à eux-mêmes
Ts 61
La mort est la compagne de la vie
Sa bonne amie
La mort est aussi le début de la vie
Qui comprend la liaison
Innocente et coupable
Entre les deux ?
Si vie et mort sont liées
Il est vain de s’en faire
Toutes choses sont reliées à la même racine
Nous venons de l’inconnu
Et retournons d’où nous venons
Les gens préfèrent dans la vie
Le miracle de la beauté
Ils redoutent dans la mort
La déchéance et la perte
Mais perdre n’est pas perdre
La déchéance redevient beauté
La beauté retourne à la déchéance
La respiration du monde
Nous inspire nous expire
Il te faut comprendre le souffle unique
Qui compose le monde
Le Sage est conscient du mystère
Qui subsiste au coeur de toutes choses
Ts 60 Ode au Tao
Un sage faisait une petite promenade
Dans un jardin abandonné
Il faillit marcher sur un vieux crâne
Il le ramassa dans les mauvaises herbes
Il le contempla sérieusement
Puis finit par dire :
« Seuls toi et moi savons qu’il n’existe
Rein de tel que la mort
Rien de tel que la vie »
Un beau livre classique dit :
« Le faucon s’élève au firmament
Le poisson plane dans les profondeurs »
Ces vers signifient qu’il n’y a nul lieu
Où le Tao ne pénètre
Pour une personne heureusement adulte
Le Tao commence par la relation
Entre l’homme et la femme
Et se termine dans l’immensité de l’univers
Ts 59
Courtes sont les pattes du canard
On ne peut les allonger
Sans le faire souffrir
Longue sont les pattes de la grue
On ne peut les raccourcir
Sans la faire souffrir
Ce qui est long ne doit pas être amputé
Ce qui est court ne doit pas être étiré
Si tu prends conscience de tout cela
Tu peux laisser le monde aller son train
Penses-tu connaître ce qui est le meilleur ?
Penses-tu sérieusement que le monde entier
Devrait se plier à ta façon de penser ?
Comme les personnes bienveillantes
Se font du souci !
Qui veut le bien se fait du mal !
Depuis les temps les plus anciens
Les remue-ménage les branle bas de combat
Sont les trophées des bienfaiteurs
De l’humanité