Ts 58

Une personne accomplie
Est un bon archer
Lorsqu’elle ne fait pas mouche
Elle pivote sur elle-même
Et cherche la raison de son échec

Affranchis-toi de l’ambition
Réjouis-toi de mener une petite vie ordinaire
Coule comme le Tao une existence
Sans entrave invisible anonyme
Sans projet sans attente
Sois comme un enfant comme un fou
Sache qu’il n’y a rien à savoir
Tu es sur le droit chemin vers la liberté

Ts 57 Instructions

Instructions pour l’entrainement d’un coq de combat

1) Un coq débutant est arrogant
2) Dix jours plus tard il s’émeut toujours quand un rival apparait
3) Dix jours de plus, il a toujours de la colère au fond de l’oeil
4) Encore dix jours il est presque prêt. Il ne grouille pas plus qu’une souche de bois. Il est concentré sur lui-même.
Dans quelques heures les autres coqs lui jetteront un coup d’oeil et s’enfuiront.

Ts 56

Abandonne l’a-priori
Laisse tomber tous tes a-priori
Le monde fera sens
Quand tu bouges sois fluide comme l’eau
Au repos sois clair comme un miroir
Quand tu réponds sois simple comme l’écho
Garde la sérénité de l’esprit
Telle la surface immobile du lac
Sois perspicace imperturbable
Traverse la vie comme si tu n’existais pas
Quand il n’y a plus de quoi se quereller
Qu’il n’y a rien à quoi s’opposer
Tu te retrouves en paix
En harmonie avec toutes choses

Ts 55

Il n’est pas vrai que tu puisses parler
De l’océan avec une grenouille
Surtout si elle vit dans un puits
Elle est limitée par son espace habitable

Tu ne peux pas parler de la glace
Avec une sauterelle née en juin
Elle est limitée par son expérience
D’une seule saison

Tu ne peux pas parler du Tao
Avec une personne qui pense
Qu’elle sait quelque chose
Elle est limitée par sa propre croyance

Le Tao est vaste et insondable
Tu ne peux comprendre
Qu’en allant au-celà de toi-même

Ts 54

Ce que je préfère dans mon métier
C’est de me promener dans la forêt
Et à un moment de choisir un arbre
Un bel arbre au tronc épais
Si je peux voir dans cet arbre
Ce que je peux tirer de lui
Le vrai travail est fini
Après bien sûr des jours de concentration
Trois de méditation
Pour éviter les pensées de louange ou de blâme
Cinq celles de succès ou d’échec
Sept je ne m’identifie plus avec un corps
Vous l’avez deviné je suis ébéniste
Le denier meuble que j’ai imaginé
C’est une commode

Ts 53

Toute chose si on pouvait la voir en elle-même
Serait à la fois bonne et mauvaise
Vraie et fausse utile et inutile
Appropriée et inappropriée
Possible et impossible
Au delà de toute possibilité

Un bélier peut abattre un mur
Il ne peut pas combler un trou
Des chevaux peuvent galoper à grande vitesse
Ils ne peuvent pas attraper une souris
Comme le peut une belette
La nuit le hibou voit tout ou presque tout
Il voit une puce et pas le ciron
Le jour il n’aperçoit pas une montagne

Si tu veux avoir du vrai sans faux
De l’ordre sans désordre
Tu ne comprends pas le Tao
Tu ne peux pas tendre vers le positif
Et ne pas créer du négatif
Par ton action même
Ton effort

Le Sage se tient au delà des opposés
Il ne s’en approche pas
Ni ne s’en écarte
Il voit les choses telles qu’elles sont
Pour certains : « exactement telles qu’elles sont »

Ts 52

L’ivraie qui s’envole de la vanneuse
Masque ta vision
Le geignement d’un moustique
Te garde éveillé toute le nuit
Si tu t’efforces d’être bienveillant
Tu obtiens un esprit embrouillé et confus
Si tu désires que le monde reste simple
Sois simple toi-même
Et meus-toi avec la liberté du vent
Pourquoi cherches-tu désespérément
A démêler le bien du mal ?
On dirait que tu bats un tambour
A la recherche d’un enfant perdu
L’oie des neiges n’a pas besoin d’un bon bain
Pour garder sa blancheur
Le corbeau ne se plonge pas dans l’encrier
Pour rester noir
Quand les sources tarissent
Et que les poissons gisent sur la berge
Ils s’avouent leur préférence
Pour s’oublier les uns les autres
Et partir en nageant
Ce qu’il savent si bien faire !
Dans la liberté immense du lac !

Ts 51

Cesse de vouloir être important
Cesse de faire l’important
Préfère ne laisser aucune trace
Même pas celle de tes pas
Voyage seul tel le Tao
Au pays du grand silence

Un homme fier de sa barque
Et de sa façon de la conduire
Heurta une autre embarcation
Mais vide sans conducteur
Notre homme a le sang chaud
Pourtant il ne se sent pas offensé
Il n’est même pas courroucé
Mais si la barque est dirigée par quelqu’un
Il se peut qu’il s’échauffe
Qu’il hurle et qu’il jure
Parce qu’il y a un rameur
Dans la barque d’en face

Prends conscience de tout
Du maximum possible
Lorsque tu traverses la rivière du monde
Toutes les barques sont vides
Rien ne pourra t’offenser
Toutes les barques sont vides
Sauf la tienne ?

Ts 50 Les mots et le silence

Au commencement il n’y avait rien
S’il y eut bien commencement
C’est-à-dire début ?
Rien c’est-à-dire Rien ?
Du rien je dis bien du rien
Emergea l’un Je veux dire l’Un
Toutes choses y retournent
Puisque c’est sans forme
Rien n’y retourne puisque c’est sans forme
Il n’y a aucune façon de le nommer
Puisque cela n’existe pas
La non-existence n’existe pas non plus
Par définition si j’ose dire
Quand nous l’appelons le Tao
Nous définissons un rien
Comme un quelque chose
Cette histoire est compliquée
Mais je pense qu’il y a du vrai
Mais où exactement ?
Ce texte est terriblement éloigné de l’original
Mais peut-être est-ce ainsi qu’il s’en rapproche

Le Tao est au-delà des mots
Plus tu en parles plus tu t’en éloignes
Seul lorsque tu es vraiment seul
Libre des mots et du silence
Tu peux peut-être exprimer la vérité
Ou du moins une vérité *

* Mon apport a grandi Malheureusement je ne suis pas au service direct du Tao Peut-on être direct ?

Ts 49

Te fais-tu du souci pour le monde ?
Penses-tu qu’il a besoin de nos conseils ?
Les cieux ne tournent-ils pas d’eux-mêmes ?
La lune et le soleil ne se trouvent-ils pas à leur place ?
Quelle intelligence est derrière tout cela ?
Comment sont créées toutes ces connexions ?
Qu’est-ce qui sans le moindre effort
Fait que tout se passe le moment venu ?
Y-a-t-il un mécanisme caché
Qui fait de la vie ce qu’elle est ?
Qui fait que les choses se passent et se produisent
Comme elles se passent et se produisent ?
Les nuages fabriquent-ils la pluie ?
Est-ce la pluie qui fait les nuages ?
Quelle force les gonfle et les crève ?
Les vents se lèvent soufflent
Aux quatre points cardinaux
Voguent gentiment ou furieusement
Qu’est-ce qui sans le moindre effort
Engendre cette absence de tort ?
Qu’on appelle parfois insondable joie ?