Ts 8

Tout peut être vu d’une façon
Ou d’une autre
Tout est ceci
Mais c’est aussi cela

L’un ne va pas sans l’autre
Si je pense à ceci
je pense à cela

L’autre est la suite de l’un
Les deux sont inséparables
On ne peut avoir de mal sans bien
De mort sans vie de faux sans vrai
Et vice-versa

Ceci c’est aussi cela
La vie devient mort
La mort devient vie
Dans le sein du bien
Réside un germe du mal
Dans le sein du mal
Réside un germe du bien

Ts 7

Je ne sais pas ce qu’est le tao
Voilà ce qu’est le tao
Justement mais le Tao ?

Parmi les maîtres anciens
Vinrent ceux qui voyaient enfin
Les choses séparées
Et les jugeaient bonnes ou mauvaises

Ainsi la compréhension se fragmenta
Les préférences s’enracinèrent
Fragmentation aux dépens de l’intégralité ?
De l’intégrité ?
Le maître ancien comprend
Qu’il n’y a rien à comprendre

Ts 6

Un ancien maître s’est persuadé
Que rien n’existe atteignant ainsi
La compréhension parfaite trop parfaite

Un de ses successeurs a jugé
Que tout existe mais que seule compte
L’existence du tout

Dans le tout véritable
Il n’y a pas de séparation
Entre ce qui existe

Ts 5

Etre nu sous la douche
Déplait fort au singe
Il préfère être habillé

Commencer avec trois
Ou quatre châtaignes ?
Les singes préfèrent quatre

Le tao du singe lui interdit
De marcher sur deux chemins à la fois
Il n’ignore pas l’unité du réel

Ts 4

Le tao ne peut être nommé clairement
Le grand Tao ne peut être nommé du tout
Indicible ineffable le Tao

Le grand discernement n’est pas discernable
Sa bienveillance n’est pas douce
Sa modestie n’est pas timide
Son courage n’est pas agressif

Enracine-toi dans le non-savoir
Il n’est jamais plein
Il n’est jamais vide
Inépuisable trésor

Ts 3

Avant la tristesse, la colère
l’envie ou la peur
Tu es le centre du centre

Si ces émotions apparaissent
Mais que tu sais les voir au travail
Tu es en harmonie

Cette harmonie est le centre de ton univers
Donc pour toi de l’univers
Elle est le Tao qui tend vers toutes choses

Ts 2

Il est possible que l’accomplissement
De la condition humaine
Soit appelé le Tao
Mais tu peux t’en écarter

Le maître observe ce qui se passe
Au plus profond de son être
Il n’est donc qu’un disciple *

* Le tao me séduit sans que je sois taoïste. Le tao, c’est le quotidien, la petite histoire dont il est l’une des illustrations. Au niveau de la grande Histoire, je suis toujours « marxien », pas « marxiste ».

Ts 1

Il est vain de parler de nature humaine
Nous ne constatons qu’une condition humaine
Radicalement historique
Quand cette condition si aléatoire
S’approche d’une certaine sagesse
On peut l’appeler tao

On peut s’écarter du tao
A ses risques et périls
Pourtant le tao est la réalité
Telle qu’elle est
Dans sa profondeur ultime

Rien n’est plus manifeste que le caché
Rien n’est plus évident que l’invisible
Le tao se révèle en se cachant
Le tao se révèle en restant caché
Le tao est dissident gentiment *

* je donne ma version relativiste, historiciste, pragmatique… La version classique est essentialiste : « Ce qui nous est accordé à la naissance est appelé « nature humaine » » On peut se référer à « l’éternelle sagesse du Tao », textes choisis et commentés par Stephen Mitchell, Synchronique éditions, 2015, page 20

Dg 56 Conclure ?

55 articles Dg ont tenté d’extirper la substantifique moelle de 167 articles Hc, anthologie complète de poèmes chinois d’orientation taoïste, proposée par Hervé Collet et Cheng Wing Fun.
En quelque sorte les poésies Hc sont chinoises même si je les ai adaptées. Les poèmes Dg sont franco-chinois.
Les Hc sont une introduction au tao, à la complexité concrète de celui-ci. Les Dg sont une autre introduction, plus complexe encore.
Combien de lecteurs devineront-ils la présence du tao qui pour moi est pertinente sans aucune métaphysique ? En quelque sorte je suis favorable au tao, à son universalité, sans être taoïste le moins du monde.
L’un des intérêts du Tao est que chacun ait le sien, sa voie et sa vertu.

Dg 55

Le riz rouge parfumé cuit La saveur des fruits est riche
Saumurés ou confits dans le miel
La pluie d’automne a un son plus serré
Je saisis un pinceau Impossible d’écrire
L’homme libre méprise titres et richesses
J’aime les frites mon pays ancestral
Des pousses de bambou pourpre
Et de gingembre écarlate
Accompagnent la carpe en train de cuire
Chaque goutte de rosée est son instant d’éternité