Dg 54

Mon corps ne cesse pas d’entrer dans la vieillesse
Je me lamente de voir dépérir parents et amis
Bon nombre d’entre eux sont déjà décédés
Qui voudrait vivre éternellement ?
Je ne connais pas les jeunes
Personne n’a d’égards envers un vieillard décrépit
Le vent frappe à la porte du voisin
Le parfum des légumes sauvages emplit la maison
Respectons-nous les rites anciens ?
La neige tombe tamisée

Dg 53

Les choses précieuses se mélangent à l’ordinaire
Il convient d’accorder une certaine importance
A la bouche et au ventre
Ils asservissent le corps
Les légumes sont dispersés dans le potager
Partout il y a des fleurs
Connaissez-vous le thème du séjour oisif ?
Qui rit comme moi dans le vent d’ouest ?
Les changements du monde sont immenses
En un revers de main

Dg 52

Je mange salle de la tortue Devinez quoi !
Les propos vulgaires m’ont toujours cassé les oreilles
Je connais aujourd’hui la quiétude
Chaque nuit j’entends le vent dans les pins
La neige violette me cache l’essentiel
Décadence prospérité à quoi bon se lamenter !
je préfère que la pluie soit droite
L’aube c’est de la bonne neige
La cuisine céleste est moins bonne que la terrestre
Mon nez se délecte déjà

Dg 51

Tout ce que je note je l’oublie
J’occupe mon loisir avec internet et la télévision
J’ai en tête les livres que j’ai lus enfant
Qui peut comprendre le plaisir du vieux libertaire ?
Je chéris le printemps qui se termine
J’entends qu’on frappe au portail
Je serais ravi de la venue de n’importe qui
J’aime les plaisirs poétiques de fin d’année
Je compte me consacrer à l’étude dix ans encore

Dg 50

Je ne ressens plus guère la gourmandise

Il est des saveurs sublimes

J’aime les ventres apaisés et sereins

Je n’ai plus l’ivresse pour oublier que mon corps est vieux maintenant

Je m’amuse toujours à la lumière des lucioles

Je ne patauge plus dans les flaques d’eau

L’eau entoure nos chaumières

Régine passe l’aspirateur

Dans ma décrépitude j’étudie le tao

J’ai balayé beaucoup d’habitudes invétérées

Dg 49

Je suis d’humeur à composer un poème

Je laisse entrer la mer

Assis je regarde le soleil tourner

Où suis-je ? Je somnole

J’ai les yeux embrumés

Il est cocasse de voir un homme boire comme un oiseau

Un arbuste renferme la pureté de l’univers

Il ne faut pas boire à la légère

Les étoiles la lune la rosée sont encore là

Tristesse et joie n’existent plus

Dg 48

On m’appelle je ne viens pas cela me fait du tort

Dans la vie aussi il y a le chapitre d’après

Une flute joue sur la montagne d’en face

Les montagnes me sautent au visage

Je dérive dans le courant

J’ai du plaisir à mon oisiveté

On ne m’appelle pas l’homme-sauvage et pourtant !!!

Je vis retiré Le portail est fermé

Mieux vaut être couché qu’assis

Il est grâcieux d’aimer les livres

Dg 47

J’ouvre mon sac de poèmes

Les affaires du monde sont insignifiantes

Je suis ivre sous les fleurs

Je tiens une bougie  les invités sont partis

Les fleurs ses moquent de nous

Mon corps a ses limites

Comment se fait-il que j’aie une fleur à la main ?

Les papillons folâtrent par deux

Les poulets traversent la haie en s’envolant

J’aime les dessins que fait la pluie

Dg 46

  • Où est le temps des palanquins ?
  • Qui peut penser que les sources soient le séjour des morts ?
  • Le sentier est comme un fil à flanc de colline
  • Le visiteur est reçu dans le grand vestibule
  • On s’enfonce dans les roseaux en fleurs
  • Je laisse aller mon pinceau
  • Je ne cours pas après la renommée
  • Les caractères volettent comme corbeaux dans le vent
  • Je n’ai pas l’autorité des anciens
  • Maladresse et prétention simple forment un style
  • Je me lève je me coiffe

Dg 45

Tu te promènes jusqu’au torrent visiter l’ermite
As-tu réussi à entendre les pins ?
Je regarde alentour la lumière des montagnes
Un colporteur crie qu’il a ce dont nous avons besoin
Je connais un pêcheur chanteur
Je suis ce vieux-là qui connait des livres sublimes
Et qui multiplie les siestes
Le riz est cuit Bouleversé je bois de l’eau
Je tente de me rendre à la terrasse du sud
Je reste droit dans les fumées du village