Autrefois nous aurions vidé le reste de vin
Je n’ai nul besoin d’un serviteur je voudrais un ami
Je ne confonds pas le son de la pluie et le bruit du vent
Je serai dans la véranda du pavillon de lumière
Je ne pense à rien J’absorbe la bonté de la nature
J’aime les gros crabes et le gingembre charnu
Suis-je triste de voir les herbes folles foisonner ?
Je me sens léger rien qu’à monter au ciel
Homme digne et âgé je vis reclus
Avec mon épouse qui elle ne l’est pas
Dg 43
La pluie des pétales de fleurs tombe du ciel
je ne souhaite ni l’humidité ni la sécheresse
Le thé s’anime formant une écume neigeuse
Vieux je crois n’avoir besoin de rien Voire !
La fleur de sel suffit à ceux qui s’aiment
Je survis Je subsiste Je me sustente
Pousses de bambous Lys d’eau Coeurs de palmiers
Fleurs rouges et fleurs blanches se répondent
Mieux vaut ce qui vient de mon jardin
Les grains de riz sont lisses comme des perles
Dg 42
J’entendais les rouets filant la soie
Qui me prêterait un peu d’allégresse ?
Dans la poussière jaune et le soleil fervent
Je suis un vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise
J’attends en vain une idée de génie
Il est heureux que le vent ouvre les portes
Et fasse vibrer les cordes de nos cithares
Je préfère cette musique au silence
J’écoute et je regarde des chansons
Je n’ai jamais rencontré de taoïste
Dg 41
Qu’y-a-t-il de plus sain qu’un sein ?
Surtout qu’un saint ne pourra rivaliser
Pourquoi nous cacher les pointes ?
Ma vie se réfléchit sur les mamelons
Les monts bleus de la gitane réduits
A une bouffée séduisaient les anciens
Nécromanciens et nécromanciennes
Ne peuvent rien par ces temps de veille
Restons vigilants La lune voit le soleil
Le soleil ne voit pas la lune
Dg 40
Le vide est sans limites
Assis je vois au loin les autos sur le col du sud
Le cri d’une grue millénaire me parvient
L’hôte nous prépare du poisson et du riz
Ne comparez pas mon poisson et ma soupe
Au pied de la montagne toutes les saisons
Sont un printemps
A quoi bon se fatiguer ? Tout est un rêve
La création prodigue pauvreté et prospérité
Où est mon corps ? Je suis joyeux
Dg 39
J’essaie de décrire mon bonheur
Ma maison est un esquif
Au milieu de la brume et des vagues
Le tao se savoure il est savoureux
Innombrables sont les humains recouverts de poussière
Je lis un rouleau de poèmes badins
Les insectes stridulent dans les herbes desséchées
Seul devant le portail je contemple la montagne
Franchir ou ne pas franchir une porte ?
Mon potage est velouté
Dg 38
La forêt disperse les rayons de lune
Les ermites insouciants sont frugaux
Le vent d’ouest me souffle une idée
Des nuages de beau temps
Coiffent les sommets d’un bonnet de coton
L’herbe pousse sur le chaume des maisons
Ma fenêtre est remplie de soleil
Il y a un monastère pour la compréhension
L’éternité originelle de la nature
J’imagine une chambre aux fenêtres en papier
Dg 37
Je regarde de loin les nuages sur la montagne vide
Tu as déménagé comme une sauvage
Tu as planté des chrysanthèmes
Pas d’argent mais des poèmes
On quémande tout autant
Le temple des nuages appartient au tao
Les flocons de neige fondent dans le vin
Je ne sens plus le froid de la nuit
Les oiseaux tiennent un concile
Le bruissement d’un arbre celui de la saison
Dg 36
Tu me rejoins suivant le cours de l’eau
La forêt est vide et silencieuse
Les oiseaux chantent dans les arbres émeraude
Le grand âge se referme sur de la poussière jaune
Je remercie qui m’envoie de l’eau de source
Je rince mon verre malheureusement ébréché
Dans le petit jardin les herbes lèvent une armée
Je m’allonge dans les nuages j’ai froid
J’entends la cloche de l’aube
Elle m’inspire une profonde compréhension
Dg 35
Le poète est à bord de sa jonque
J’aime les chants que l’on piétine
Pour mieux les entonner
Le tao subsiste jusqu’au bout
D’autant plus qu’il n’y a pas de bout
Les dragons crient dans l’eau
J’aime bien le nom de la montagne
De la marmite renversée
Rien n’est illusoire tout est illusion
Que sait-on du désordre des hommes ?