Hc 102

Les grains de riz fraichement émondés
Sont lisses comme des perles
Le pâté de soja tout juste pressé
Est plus moelleux qu’une crème
On a coupé les fines herbes
Et trié les légumes sauvages
Il n’est pas besoin en montagne
D’aller bien loin pour se procurer
Les ingrédients de base

Hc 101

Dans une foule de pics émeraude
Qui frôlent le ciel
Tu vis libre oublieux des années
J’écarte les nuages sur ce sentier antique
Je m’appuie aux arbres j’écoute les sources
Des buffles noirs sont couchés
Dans la tiédeur des fleurs
Des grues blanches dorment
A la cime des pins
Les couleurs du crépuscule se déposent
Sur le fleuve tandis que nous parlons
Seul je redescends dans la brume froide *

* Visite à un maître

Hc 100

J’attends chanter les vers d’un poète
Mort prématurément

Toujours vivant
Tu as cessé d’écrire de nouveaux poèmes
Ton renom s’est dissipé
Tes vieux recueils couverts de poussière
Sont enfermés dans une caisse en bambou
De temps à autre j’entends des chansons
Et parfois l’un de tes poèmes
J’ai le coeur brisé avant même d’écouter *

* La musique

Hc 99

Par une nuit froide je lis un livre
A la fenêtre au nord
La chaleur du feu rougeoie
Dans le poêle bourré
Au milieu de la nuit
Le vent soulève des vagues
Dans les arbres antiques
Vieux je persiste à aimer les livres
Jamais mon coeur ne s’en lasse
Je crains de figurer dans une vie prochaine
Parmi les poissons d’argent

Hc 98

Haut au milieu des pins un théier
Pins et théier sont malingres
Même les ronces s’acclimatent mal
Sous le couvert sombre les branches s’enchevêtrent
A cent ans le théier est chétif
Ses bourgeons pourpres ne sont pas longs
Mais ses racines éparses
Sont pleines de vie
je le transplante sur le mont de la Grue blanche
La terre est ramollie après la pluie printanière
Il grandit déjà Ses premiers bourgeons sont en becs d’oiseau
Rien ne peut être comparé à une gorgée de ce thé
Son goût est issu de mon jardin *

* Le thé

Hc 97 Je me promène au bord de la rivière

Je me promène au bord de la rivière profonde
Seul et je contemple les fleurs

Au milieu des bambous sereins
Auprès de trois maisons aguichantes
Fleurs rouges et fleurs blanches se répondent

Je remercie le printemps
Avec le savoir-faire du bon vin
Qui m’accorde au cours des choses *

* Le vin et l’ivresse

Hc 96

Je m’amuse parfois assez souvent à vrai dire
A faire l’éloge des produits de mon pays natal
Ce petit paradis
Par étages les montagnes bleues
Encerclent pavillons et terrasses
Paysages et gens jouissent d’un grand renom
Les produits du terroir sont prodigieux
Les bourgeons moulus de thé surpassent le thé impérial
Les plats rehaussés de jeunes pousses de lys
Surpassent ceux de la terrasse du ciel
Les châtaignes d’eau perles étincelantes
Sont transportées par barges
Les arbouses flamboyantes pierres précieuses
Sont acheminées par porteurs
Les lys d’eau sont tendres et succulents
Les coeurs de palmiers cuisent à l’étouffée
Arrosés de vinaigre et de sauce de soja
Les pousses de gingembre
Sont mélangées au moût de vin
Les taros de la montagne encore humides
Sont rôtis dans la braise
J’en passe et des meilleurs
Le pinceau du vieux gourmet est faiblard
Pour une chose notée dix sont oubliées
J’arrête là Je ne parle plus de ces choses là
Je subsiste dans une allée à l’écart *

* La cuisine

Hc 95

Le petit kiosque de pêche
Me convient comme abri tranquille
Au milieu de milliers de bambous luxuriants
Comment imaginer qu’on puisse éprouver
Avec un étang la même émotion qu’avec les Cinq lacs ?
L’hameçon est presque droit pour faire rire les poissons
Quand le corps est oisif la joie est profonde
La soirée est printanière Je suis ivre
Je laisse dériver l’appât parfumé *

* La cabane

Hc 92

Un sage pur et intègre
Grâce à la divination
S’est installé au torrent de l’est
Il s’y attarde depuis des années
Sa demeure est proche de la montagne verte
Les branches des saules émeraude pendillent devant le portail
De beaux oiseaux chantent dans la cour
Ils accueillent le printemps
Les pétales de fleurs dansent et volent sous l’auvent
Quand l’invité arrive il comprend aussitôt
Qu’il sera retenu jusqu’à l’ivresse
Dans le plat rien que de la fleur de sel
Tel du cristal qui clarifie l’esprit

Hc 91

Le banquet vient de se terminer
Le petit banquet en quête de fraîcheur
Sous la lune je marche sur le pont horizontal
Dans le pavillon orgues à bouche et chansons se sont arrêtés
On descend les torches du belvédère
La chaleur se termine les cigales semblent pressées d’en finir
L’automne nouveau ramène les oies sauvages
Il s’agit d’accueillir le sommeil naissant
Avant de me coucher je bois une dernière coupe