Je suis un vieux lettré Je dévore les livres
Toutes sortes de livres rares
J’en oublie de manger j’en oublie de dormir
Je ne cesse d’appliquer la morale classique
Je n’ai jamais aspiré aux palais somptueux
Ni aux mets raffinés
Les plus belles résidences aux murs imposants
Ne sont qu’une auberge pour voyageurs
Je me moque des contemporains
Qui préparent minutieusement leur retraite
Vieux je n’ai besoin que de quelques livres
Hc 89
L’eau vive a besoin d’un feu vif pour bouillir
Je me rends à la source du rocher
Je puise dans l’onde profonde et limpide
Ma grande calebasse emprisonne la lune
Je transvase dans la jarre
Je remplis la bouilloire avec une louche
Le thé frémit formant une écume neigeuse
On entend le vent dans les pins Il faut servir
Je ne souhaite pas aller au bout de l’humidité
J’arrête à la troisième tasse
J’écoute dans la ville déserte les coups
Longs et courts de l’heure
Hc 88
Au crépuscule je redescends de la montagne émeraude
La lune m’accompagne de son ombre légère
Je me retourne pour regarder le chemin que j’ai emprunté
Sombre, très sombre étendue de pics bleus
En compagnie de la lune j’arrive à ta maison
Parmi les bambous verts j’emprunte ton sentier secret
Les lianes m’effleurent
Joyeux nous conversons dans cet endroit reposant
Nous devisons du vin en levant nos coupes
Nous chantons longtemps le vent murmure dans les pins
Notre chant achevé le fleuve céleste est déjà presque effacé
Je suis ivre Toi aussi tu es heureux
Ensemble joyeux nous oublions les intrigues du monde
Hc 87
En tant que vieillard gourmand
Je mérite vraiment qu’on se moque de moi
Je suis nostalgique des mets exquis
Porter à ma bouche une cuillerée d’un plat d’orge
Siroter un potage de fèves sauvages
Auquel on a rajouté une poignée de riz
Sortir d’un panier en bambou de beaux champignons
Je vis dans mon vieil ermitage à l’ouest dans la campagne
Quand franchirai-je à nouveau son portail en branchages ?
Hc 86
La maison de l’homme sauvage
Est faite de poutres et de chaume
Devant la porte chars et chevaux se font rares
Dans le secret de la forêt les oiseaux se rassemblent
Dans la profondeur du torrent les poissons abondent
Je cueille avec mon fils les fruits de la montagne
Je laboure avec ma femme les rizières inondées
Dans la maison j’ai juste un lit encombré de livres
Hc 85
Le sentier pavé de pierres pénètre dans un val
Le portail de branchages de pin
Est bloqué par de la mousse verte
Sur le perron désert des traces d’oiseaux
Dans la salle de méditation personne pour ouvrir
Par la fenêtre je remarque une brosse blanche
Couverte de poussière accrochée au mur
Je soupire Ma visite est vaine
Avant de repartir je musarde un moment
Des nuages parfumés s’élèvent de la montagne
Une pluie de pétales de fleurs tombe du ciel
La musique céleste est joyeuse
Les gibbons poussent leurs cris plaintifs
Je suis allègre Je me sens dégagé des affaires du monde
C’est ici que je suis véritablement à l’aise
Hc 84
J’ai rendu visite à un taoïste sans le rencontrer
Un chien aboie au bruit de l’eau
Les fleurs des pêchers sont ardentes
Imprégnées de rosée
J’entrevois une biche au profond de la forêt
A midi aucune cloche ne retentit au bord du ruisseau
Les bambous sauvages percent la brume bleue
Une cascade est suspendue au pic émeraude
Nul ne sait où le taoïste est parti
Je m’appuie songeur à un pin
Hc 83
Ma cithare est posée sur la table en bois noueux
Assis paresseusement l’envie me vient
D’exprimer mon sentiment
Il n’est pas indispensable d’effleurer l’instrument
Le vent soufflant sur les cordes
Improvise un air
Flûtes et cordes les chants
S’élèvent dans les nuages
Le vieux que je suis ferme les yeux
Dans la volupté de l’ivresse
Je sais que cela n’a rien à voir
Avec ce que j’écoutais naguère
Mais je sais aussi qu’il vaut mieux ça
Que de ne rien entendre du tout
J’écoute des chansons
Hc 82
Je souhaite qu’on me prête
Le pavillon de l’allégresse suprême
La sueur a trempé mon vêtement
Dans la poussière jaune et le soleil ardent
Au milieu des bambous le thé est préparé
Ma joie est à son comble
il vaudrait mieux en rire
Moi qui suis un vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise
J’ai l’idée de génie
D’emprunter ton pavillon sur l’étang
Pour y consulter tes livres
Hc 81
Sur mon vêtement et mon bonnet
Tombent les fleurs des arbres
Au sud comme au nord du village
On entend le bruit des roues filant la soie
Sous le vieux saule quelqu’un vend des citrouilles
Je suis ivre j’aimerais tant dormir
La route est encore longue
Le soleil est très haut
J’ai très envie de thé
Je frappe à une porte en demander
A un villageois