J’ignore où se trouve le monastère du parfum accumulé
A peine quelques milliers de pas et déjà
Je pénètre dans les nuages au milieu des pics
Sur le sentier bordé d’arbres antiques
Je ne croise personne dans la montagne profonde
Une cloche sonne on ne sait où
La source susurre entre les grands rochers
La lumière du soleil se refroidit à travers les pins verts
Le lac est désert au crépuscule
Le dragon venimeux se laisse apprivoiser
Dans la quiétude contemplative
Hc 69
Le tao se savoure
Je claque des dents en me levant le matin
Dans la cour silencieuse à l’automne
Le soir je brûle de l’encens
Je suis assis méditant face la fenêtre sombre
Je me remémore les histoires d’immortels
Un rouleau qui m’enseigne le coeur du Bouddha
j’ai bien compris que les phénomènes sont illusoires
Qu’innombrables sont les humains recouverts de poussière
Je regrette les mauvaises habitudes qui traînent encore
J’aime réciter des poèmes badins
J’adore écouter de la cithare
Hc 68
Je décris mon bonheur J’essaie
J’ai de quoi manger dans le pot en grès
La fumée ne s’interrompt jamais
Dans la cuisine du montagnard
Je vais nettement mieux
Depuis que j’ai congédié le médecin
Sans recettes on jouit naturellement d’une longue vie
Ma maison est un esquif au milieu de la brume et des vagues
jE SUIS PAREIL À UN IMMORTEL le corps oisif
Le meilleur endroit est à la fenêtre de l’est
Toute la journée je lis
Hc 67
Le deuxième mois en montagne
Tombe la pluie des semailles
Sur une moitié du coteau de thé
Resplendit la couleur des arbustes odorants
Imprégnés de rosée
Un jour de printemps je suis patraque au réveil de l’ivresse
Pour chasser la soif je cueille avec soin
Les nouveaux bourgeons de thé
Et les prépare aussitôt
Hc 66
Le vent souffle les chatons des saules
Leur parfum emplit la taverne
Une belle presse le vin et nous presse de le goûter
Amis qui êtes venus me dire adieu
Celui qui part
Ceux qui restent
Que chacun vide sa coupe !
Demandez au fleuve qui coule vers l’est
Lequel est le plus long
Le sentiment de séparation ou lui ?
Hc 65
Le goût des légumes renferme la graisse de la terre
Leur odeur est imprégnée de vent et de rosée
L’automne arrive Le givre et la rosée imprègnent le jardin à l’est
Les navets sont bien charnus La moutarde est montée en graine
Je suis aussi rassasié que le plus réputé des gastronomes
Pourquoi vouloir à tout prix manger du porc ou du poulet ?
Hc 64
Cinq écartements de piliers trois pièces
Le perron est en pierre La clôture en bambou tressé
Le toit au sud reçoit le soleil Les journées d’hiver seront douces
La porte au nord accueille le vent Les mois d’été seront frais
Le perron reçoit les gouttes d’eau de la cascade
Les fenêtres sont caressées par les bambous obliques et dispersés
Le printemps prochain j’aménage une aile à l’est de la maison
Une chambre aux fenêtres en papier
Un store en roseau
Pour accueillir ma bien aimée
Hc 63
Je rends visite au monastère de la Compréhension
Le sentier commence dans les terres basses au milieu des bambous
La cité magique émerge du pic du Lotus
De la fenêtre j’embrasse trois pays
Au delà de la forêt neuf affluents se joignent dans le long fleuve
Je m’assieds jambes croisées dans les herbes tendres
Une psalmodie résonne sous les hauts pins
Résidant dans le vide au delà des nuages de la doctrine
A contempler ce monde on atteint la non-naissance
L’éternité de la nature originelle
L’éternité originelle de la nature *
* Visite à un maître
Hc 62
J’adore écouter la cithare
Ma nature aime la cithare
Dès que je l’entends mes ennuis s’estompent
Une note arrive à mes oreilles mille tracas me quittent
L’instrument limpide et gracieux guérit les maladies
Tranquille et doux il nourrit l’ermite
Il console le vieillard à tête blanche *
* La musique
Hc 61
L’éclaircie est nouvelle
J’ai raccroché ma coiffe officielle
J’accomplis sur le lac mon voeu initial
Insouciant je me caresse le ventre
je suis à l’aise
Naturellement savoureux m’est le potage aux légumes sauvages
L’herbe pousse sur le chaume de la maison
Ma maison est vraiment tranquille
Je suis un familier des tavernes
On me fait crédit pour le vin
Les voisins sont sympathiques
En plus ils me prêtent leur âne
La nouvelle embellie est réjouissante
Ma fenêtre est remplie de soleil
Sur toute une étagère
J’étiquette et je range les livres *
* Les livres