Hc 20

La glace fond la neige disparait
Le vent se fait suave le paysage s’adoucit
La terre dans la cour est humide
Des fleurs sauvages poussent au pied des murs
Cette résidence officielle est silencieuse
Je n’ai plus d’affaire à régler
Le soleil décline On ferme le portail
Si je n’ouvrais mes livres taoïstes
Avec qui converserais-je ?

Hc 19

Nous oublions les mots sous les bambous
Nous partageons le thé rouge
Le thé supérieur aux nuées
Dont se régalent les immortels ailés
Le coeur lavé de la poussière
Le plaisir est loin d’être épuisé
Remplies du chant des cigales
Les ombres des arbres s’allongent

Hc 18

Notre cher invité
Sur la barque légère
De loin traverse le lac
Ensemble sur la terrasse
Autour des coupes de vin
Les lotus et les paroles éclosent

Le lac s’ouvre au fleuve
Les oies sauvages emportent ma tristesse
La mâchoire des montagnes
Rejette la lune
Les nuages nous frôlent
Dans le vent froid qui se lève
Nous dansons ivres
Son souffle fait tournoyer nos manches

Hc 17

Le garçon rentre du verger
Les pêches et les poires sont à peine des émeraudes
Les prunes et les abricots sont colorés d’or
Les pommes sauvages sont mûres
Parfumées au vent de la montagne
La rosée rafraîchit leur goût
Je suis l’hôte du fleuve adossé à mon oreiller
Je dois dire que la lune et le soleil éternels
Me sont bienveillants

Hc 16 Je me suis épris du tao

Je suis arrivé au milieu de ma vie
Epris du tao
Sur mes vieux jours
J’habite au pied du mont du sud
Quand l’envie m’en prend
Je m’y rends solitaire
je suis le seul à jouir de ces merveilles
Je marche jusqu’à la source
Je m’assieds Je regarde les nuages monter
Je rencontre par hasard le vieux bûcheron
Nous parlons nous rions
J’en oublie le retour

Hc 15 La série HC

La série Hc est tirée de : « L’art de vivre du tao », poèmes chinois traduits et présentés par Hervé Collet et Cheng Wing Fun, éditions Albin michel, collection Spiritualités vivantes, Paris, 2011
La série de poèmes est présentée suivant sept thèmes successifs et récurrents :
I / La cabane
2 / La cuisine
3 / Le vin et l’ivresse
4 / Le thé
5 / Les livres
6 / La musique
7 / Visite à un maître

Hc 14

Mon étude du tao était confuse
Je m’essayais au bord des torrents
L’immédiate clarté ne peut être pourchassée
Le non-esprit multiplie l’illusion
Mon maître m’a révélé ma situation
Illuminant l’époque avant même la naissance de mes parents
Mais maintenant qu’ai-je atteint ?
Cette nuit mes oiseaux ont volé librement dans la neige *

* Visite à un maître

Hc 13

Nous traversons vers la rive lointaine
Je joue de la flûte
je te raccompagne ami au soleil couchant
On se retourne un instant
Sur le lac

je suis seul assis dans les bambous denses
Je siffle longuement
Nul ne le sait dans la forêt profonde
Sauf la lune brillante qui nous éclaire *

* La musique

Hc 12

J’étudie un classique au début de l’été
Les oiseaux ont trouvé l’ombrage
J’ai labouré et semé Je peux lire
Je bois un peu du vin léger qui me convient
Je cueille aussi des légumes
Une pluie légère un bon vent
Je feuillette des mémoires royaux
Je promène mon regard sur la montagne
Je parcours l’univers
Je me réjouis !

Sur la mousse verte qui recouvre ma terre
L’embellie commence sous les arbres verdoyants
Je me réveille de la sieste sans déranger personne
Mon ancienne connaissance le vent du sud
Ouvre la porte et feuillette un livre *

* Les livres

Hc 11

Le soleil est déjà haut le sommeil encore profond
Le colis contient du thé d’avant-printemps
Issu des bourgeons jaunes d’or
Qu’on cueille et qu’on étuve
Quel bonheur ! Il arrive dans la maison
Du vieillard de la montagne
Le portail en branchages est fermé
On sirote Le thé ça se sirote
Nuage émeraude écume blanche
La lumière est concentrée sur le dessus
La première tasse humecte lèvres et gosier
La deuxième chasse la mélancolie
La troisième fouille les entrailles desséchées
Et les rouleaux d’écrits classiques
La quatrième donne la sueur légère
Des contrariétés d’une vie
La cinquième purifie la chair et les os
La sixième fait communier avec les immortels
Il vaut mieux ne pas boire la septième *

* Le thé