Hc 30

Si on regarde bien tout chose est attrayante
Au moins par un aspect
Tout peut être considérable
En apportant de la joie
il est vain de ne viser
Que les choses extraordinaires
Elaborées ornées et ornementées
On peut s’enivrer joyeusement
Avec une piquette voire la lie
L’appétit peut se satisfaire
De légumes de noix de baies
Il n’y a nul endroit au monde
Où l’on ne puisse être heureux *

* La cuisine

Hc 29

Pauvre vieux rien à faire sans affaire
je me suis installé au bord de la rivière
Je suis fruste Je vis sans visite
je ne le fais pas exprès J’oublie
De me laver de me coiffer
Un visiteur s’annonce
Je pose ma cithare et mes livres
Je décroche du mur le panier de fruits
Je m’apprête à cuire un poisson
J’entends qu’on attache une barque
Quelqu’un d’autre vient me voir dans ma chaumière *

* La cabane

Hc 28

Sur la balustrade au dessus de l’eau
Mon coeur est léger Pourtant ?
La véranda est spacieuse loin de la ville
Je regarde au loin pas même un village
La rivière limpide est presque en haut de la berge
Les fleurs des arbres luxuriants sont exubérantes
Sous la pluie fine je devine les poissons frétillants
Dans la brise les hirondelles volent à l’oblique
En ville ils sont des milliers
Ici deux maisons

Hc 27

Les bambous resplendissent
Les nouveaux bourgeons de thé jaillissent
Pour ton visiteur tu te lèves tu secoues ton vêtement
Puis tu longes les théiers odorants
Pour cueillir les petits bourgeons
Qu’on appelle serres d’aigle
Ils ressemblent à des poings serrés
Etuvés leur parfum remplit la cour
Evoquant vaguement des magnolias sous la rosée
Tu verses l’eau pure de la source au sable d’or
Elle est toute proche du perron
La bouilloire à trépied résonne
Comme une averse sous les pins
Un nuage blanc occupe la tasse de fleurs flottantes
Le parfum exaltant disperse l’ivresse ancienne
Pénètre les os chassant les soucis
Le goût divin s’accorde à la quiétude
Le thé issu d’un sol moussu
Abrité par des bambous est incomparable

Hc 26

Les chrysanthèmes sont beaux
Dans leurs habits d’automne
Je cueille leurs fleurs imprégnées de rosée
Je m’abandonne à ce qui chasse les soucis
Je perds la sensation d’avoir quitté le monde
Je bois seul
Les coupes se vident le pichet s’épuise
Le soleil se couche toute agitation cesse
Les oiseaux sont dans la forêt
Je siffle du vin je siffle une chanson
Dans la véranda de l’est
Heureux de jouir du plaisir de la vie

Hc 25

Je vis retiré mes plaisirs sont rares
Les nuits sont devenues longues
J’ai du bon vin Chaque soir je bois
Je vois soudain mon ombre solitaire
Vider sa coupe Me voilà ivre !
Je compose des vers pour me distraire
Les feuilles écrites se sont accumulées
Sans suivre un ordre particulier
Un ami les collationne et les recopie
Afin de nous divertir

Hc 24 La campagne en automne

La campagne en automne
Se flétrit de jour en jour
Sur les bords de la rivière froide
Emeraude liquide
J’amarre ma jonque près d’un bourg barbare
je choisis une maison dans le village
Les villageois gaulent les jujubes mûrs
Les tournesols sont secs
Je partage mon assiette de vieillard
Avec les poissons de la rivière

Hc 23

Le troisième jour
La pluie cesse sur les saules
A l’embarcadère de l’est
Le troisième jour
Du troisième mois
Vogue ma barque légère
La maison de mon vieil ami est là
Où quelques pêchers poussent sur la berge
En suivant le courant
On arrive devant le portail

Hc 22

Au sommet de la montagne dans l’ermitage
La robe de moine est accrochée
La salle de méditation est vide
Personne non plus dehors
Au dessus du torrent
Les jeunes oiseaux volettent
Au crépuscule à mi-chemin
En redescendant le sentier de montagne
Le son de cloche à l’ermitage
Se mêle à la montagne émeraude

Hc 21

Le moine arrive de l’ouest
il joue de sa cithare
Son instrument précieux
D’un seul geste il m’évoque
Les pins de cent ravins
Le coeur du voyageur
Est lavé par un torrent
Les cloches du givre
Résonnent de leur écho
Je ne m’en rends pas compte
Le crépuscule se dépose sur les monts émeraude
Les nuages d’automne se sont accumulés
Voilant une rangée de montagnes