Pz 92

L’insecte noue la soie
La lune crache un rayon
L’arbre penche une ombre
La brise dessine ma langueur
Cousant des nénuphars
A la surface de l’eau

Mon palais liquide
Disperse les lucioles
Jaunissent les bambous
Meurent les lotus
Un rayon fil de lune
Palpite dans le jardin frileux
Le vide épure la blancheur

L’homme-coq se lève
Quand surgit l’éclair de l’aube
Au rire des vasques fleuries
Gèlent le clair et l’obscur
Dans un fracas de givre
Le rideau de perles préfère
La veille insomniaque
Le jaspe s’oppose à la lune

Pz 91

Le ciel blanc lumière froide est pulvérisé
En parfums de pierres
Je travaille à la longévité de l’ivresse
Les fontaines se figent
En rubans de soie claire
Où sont les sources chaudes ?

Le rayon pâle s’écartèle écarlate
Le givre perd ses griffes
Face à l’embellie paisible
Les mandarins du ciel abandonnent
L’année qui s’étire envahit l’an qui vient
La goule du couchant fuit
Les cochers de l’azur

Twr 113

Voir le 3 / 4 / 2017

Je campe au paradis
Marion fouille
Marion farfouille
Je suis un champion
Trop de femmes sont désespérées
Quelle pourrait être l’idée de départ ?
Le palais a fait son boulevard
je préfère avoir des racines pour la belle vie
J’aimerais être bon aux fourneaux
Plutôt que d’être seul au milieu des ours
Qui ne sont pas des oursons
Sans ami véritable
Avec échecs et dérapages
Image qui me marque :
Marion est ailleurs

Pz 90

Penchée au balcon tu montres
Opales ovales tes petits seins
Tout en admirant les crinières noires
De quelques-uns de tes chevaux de rêve
Je suis un dignitaire digne de l’être
L’hiver fatigue mes beaux airs princiers
Cinq chevaux se rencontrent
Chemin des reines chemin d’airain
L’eau de fer apaise mes palpitations
Ta guitare propose la fortune et l’infortune
Je ne suis pas digne d’être dignitaire
L’oiseau bleu a emporté mon talisman
Tu t’éveilleras au clair des lunes
Tu riras de ta chambre de vide

Lt 23

L’immortalité n’existe qu’en rêve
L’histoire ne progresse que par son mauvais côté, l’histoire passée si jamais elle a progressé
On aime se souvenir des bienfaits quand les bienfaiteurs sont morts
Certains de ces bienfaiteurs sont mal vus y compris après leur mort
Il vaut mieux ne pas trop contrarier ses penchants naturels à la bonne chère, au sexe chéri, sinon l’envie et la haine progressent à n’en plus finir
Suis tes désirs avec modération, tu n’en mourras que plus aisément
La mort ne m’intéresse pas, je n’en parle pas
Quand je serai mort, on pourra me faire ce qu’on voudra. On pourra me brûler, m’ensevelir, me laisser exposé aux intempéries… Je ne parle que de mon corps mort
Eventuellement je le confie aux médecins amateurs d’autopsies

Pz 89

Une étoile pend au saule
Les corbeaux crient
La rosée goutte à goutte nous apaise
Les lourds brocarts de brume
Conduisent le deuil
Est-il vrai que le lotus de jade engendre un poisson ?
Un homme la bouche ouverte
Dans son cercueil de pierre
Envahi par l’eau
Que fait-il là ?

Lt 22

Les petites choses les vétilles ne sont pas les grandes les exploits
Il est beaucoup plus facile de conduire un troupeau qu’un mouton
Le prince lui-même rencontre beaucoup de difficultés avec trois femmes, sa mère, son épouse, sa fille
On est ce qu’on est dans les petites choses, on est ce qu’on veut être dans les grandes

Il est des hommes dont on se souvient comme des saints et qui ont vécu une vie de tristesse et de souffrance Il en est d’autres qui s’amusent des nuits entières leur vie durant et qui sont honnis méprisés rejetés

Les égoïstes cohérents préfèrent cultiver leur propre champ
Les altruistes cohérents aident chacun à cultiver son champ
Avec les égoïstes tout est en ordre
Avec les altruistes on cherche un ordre meilleur

Ce n’est pas en chérissant sa petite vie qu’on la prolonge
Quel amer fardeau qu’une vie prolongée abusivement !
Quand on y pense il n’a pas grand chose qui vaille la peine qui mérite considération Qu’importe que la vie soit brève ou longue !

Pz 88

Ta voix est la rosée ta bouche est une griotte
Le progrès ne l’emporte pas toujours
Ton ciel épuise la nuit
L’étang est constellé d’algues nouvelles
N’ouvre pas ta cage
Les fleurs piétinées poussent les traces de renarde
Jusqu’aux murets
Le soir ta flute pleure dans les tentures
Le vin parfume nos gosiers
Tu offres du grain à ta mélancolie
Calligraphe à jamais captive de la cour
Tu vis de la couleur des arbres

Lt 21

La gloire est un leurre
L’antiquité est bien vieille
Elle s’est estompée dissimulée
Couverte de voiles divers
Même les années sont difficiles à compter
Qu’en est-il des temps présents ?
Tout meurt tout disparait
Sages et fous bons et méchants
Ne cessent de mourir
Sans laisser de souvenir
Ou à peine
Pourquoi chercher à rester
Dans la mémoire ?

Bg

Chapitre XXVIII : en guise de conclusion

L’action est renoncement
Heureux celui qui est détaché
Des sens et de l’action, de leurs objets
Qui voit avec un égal détachement
La boue la pierre la pépite d’or
Qui reste impartial vis à vis de ceux
Qui l’aiment ou qui le haïssent

Il faut que l’homme de yoga
S’exerce à la concentration
Maître de son corps et de son esprit
Libre de désir et d’attachement *

* Fin ( provisoire ? ) de cette translation