Pz 57

Dragon par l’échine
Ses sabots sont d’argent
Pour fouler la brume
Il n’a pas de cravache

Sous la neige censée saler
Les rues du ciel
Le faux dragon
Est-il dur ?

Je revois soudain ma rue favorite
Jadis j’y poussai un char
Pardieu celui du phénix
Pour une fois trop bavard

Cet alezan n’est pas un cheval ordinaire
Il est l’essentiel de mon étoile
Ne cinglez pas trop ses os frêles
Les rites lui sont fidèles

En ce désert le sable semble neige
Ce soir la lune est un hameçon
Soignez le Ses os saillent
Donnez moi la longe de chanvre

Pz 56

Les montagnes débordent de chercheurs
Les compagnons affluent pour le chant de l’éveil
Si vous nous regardez depuis vos lointaines cités
Vous ne verrez que des nuages

Si je quitte la villa je ne sais plus partir
J’abandonne à regret le lichen et les pins
Si je puis délaisser les monts bleutés
En sera-t-il de même du vert torrent ?

Dans la montagne vide après la pluie nouvelle
La soirée ressemble à l’automne
Entre les pins la lune éclate de blancheur
Entre les rochers la source est claire
Les lavandières chantent leur retour
Les roseaux ondulent au passage du pêcheur
Le coeur prolonge le printemps
Le coeur prolonge l’essence

C’est au coeur de l’âge que la voie s’ouvre
J’ai choisi une modeste demeure au pied du mont
Je m’y rends seul quand je suis joyeux
Le paysage est de ceux où l’esprit se reconnait

Avancer jusqu’où la source se puise
Contempler la naissance des nuages
Croiser en chemin le semeur de forêts
Rire en sa compagnie jusqu’à l’oubli du temps*

* WW 100

Pz 55

Un roc blanc émerge du torrent
Le ciel froid ramasse les feuilles mortes
Jaunes et rouges éparpillées
La pluie s’est absentée
Mais le bleu du vide humecte nos habits
La fécondité est femme

L’HOMME EST SANS FORME dans la montagne vide
Sa voix seule est écho
Au couchant les ombres s’inversent
Sur la mousse du matin une timide lumière
Ta fécondité est femme

L’homme paresse Quelques fleurs sont tombées
Cette nuit de printemps est calme
La montagne est vide
La lune surgit effrayant l’oiseau
Il crie dans la ravine
La fécondité est femme

A l’extrême rivage au son de la flûte
Je quitte mon ami pour le couchant
Un instant sur le lac je me retourne
Les nuages blancs s’enroulent au bleu du mont
Ta fécondité est femme

Pz 54

La nature est pureté
Pourquoi le triomphe de l’esprit de méchanceté ?
Il n’y a de délivrance que dans l’esprit de mouvement
S’il suit le mouvement l’esprit est immobile
Les humains pratiquent l’esprit d’erreur
Pour eux pas de délivrance
Pour saisir la substance qui est insaisissable
Il faudrait se métamorphoser en connaissance
En concentré de connaissance
Ignorons l’inquiétude tout en nous livrant à de multiples activités

Pz 53

Aux pics de nuées blanches
Dans la montagne je ne désire
Que vivre
Le vivre que je ne saurais vous dire *

*T’ Hk 229

Le dernier rayon est pur
Le torrent s’amuse avec des îlots de vagues
J’aime l’eau profonde et claire
Un vieux à tête chenue pêche au hameçon
Fardée de frais vêtue de mauve
Une jeune fille lave la soie
Elle est vierge
Je les dévisage tous les deux sans les reconnaître
je n’ose leur parler Mon coeur bat trop*

* M Hj 230

Pz 52

Il est un chant à hurler
Le vent réduirait les cimes pour emporter l’océan
Un vieux et sa chamane nourrissent quelques morts
Qui étais-je avant que le sang ne pétrifie l’esprit ?
Je répands sur la terre le vin du monde
Les cheveux morts abandonnent le peigne
Je sais à présent ce que signifie d’avoir vingt ans
Etre jeune au milieu d’un millénaire*

* LH 129

Pz 51

Je chevauche un tigre jusqu’au bord du monde
L’éclat de mon épée illumine le vide
Et bleuit le ciel
Je ne veux pas fouetter le soleil
La cendre d’hier retrouve aujourd’hui
Saisi d’ivresse le dragon oublie la perle de nectar
Entonne le chant d’une atroce beauté
Les sirènes sont pur parfum
On dit qu’il est une déesse de beauté
Ses larmes agrandissent les yeux ivres

Pz 50

Un montagnard m’offre à boire
Nous sommes suivis par la lune des montagnes
Je me retourne J’aperçois le sentier
Le vent ride le lac
Les cheveux des nymphes aussi ont blanchi
L’ivresse fait glisser le ciel dans le lac
La barque de mes rêves sillonne le fleuve des étoiles *

* T’ Wh 126

Pz 49

Un ruisseau où jeter ma ligne
Pour jouir d’un empire
Ma canne à la main je cherche l’ermite
Par un chemin en travers du temps
La grotte est dans la paroi
Comment y accéder ?
La montagne résonne à sa flute
Les nuages se heurtent
Le promontoire est ombrageux
Le paysage est pure musique
A quoi sert le chant des hommes
Si les arbrisseaux savent pleurer ?
Tu te vêts d’orchidées et de chrysanthèmes
Mon pas hésite *

* TS 25

Pz 48

A mi-flanc du vert abrupt
L’homme de silence séjourne secrètement
La cour en haut est vide d’eau et de rochers
Le ravin en bas ne conduit à rien
Les lunes vieillissent
Ma canne se retourne Je rentre à la cabane

Un aboi de chiens le tumulte de l’eau
Les fleurs de pêcher rougeoient après la pluie
La cloche se tait au milieu du torrent
Les bambous sauvages déchirent la brume
La cascade de jade est à son sommet
Nul ne sait où l’ermite est parti
Seuls les pins partagent ma mélancolie *

* M Hj 33