Pz 37

Il existe un monastère du Vide resplendissant
Escorté par son ermitage
Eléphants et dragons y sont les bienvenus
Dans la montagne de rocaille un col y mène
A mi-hauteur au joint des parois bleues
On peut aimer le loisir
Je l’apprécie malgré tout
Rien n’est plus pur que le vol d’un oiseau
Le repos est paisible ailleurs
Sous les arbres en fleurs
Entre les îles de bambous les propos sont élevés
Loin des livres en poussière il n’y a plus que le vide
Le vide qui ne resplendit pas
Je suis bien d’ici *

* M Hj 243

Pz 36

Chez moi les formes fantastiques sont à l’ouest
Elles font foison d’un rien
Elles surgissent dès la porte ouverte
A midi elles chatoieront
J’ai remarqué que nous voyons plus distinctement le soleil de fin d’après-midi
C’est ici que je vis

Assis pour méditer un maître
Constate que rien ne naît
Il rejoint les grottes enfouies
Naguère ll taillait les bambous
Ramassait et liait le bois
Il s’est entretenu du vide avec un bûcheron
Maintenant il initie au réel les esprits de la montagne
Que lui seul reconnait
Il prend congé quand le soleil se couche

Pz 35

Un sommeil de printemps
Ne connait pas le lever
Le dormeur de l’aube
N’entend pas les trilles des oiseaux
Ni le vent ni la pluie
Combien de pétales emportés ?

En quel lieu goûté-je l’éveil ?
Je me retrouve auprès d’un bois désert
Les volets sont ouverts sur un unique sommet
Sur l’infini des vallées

A pas comptés la pluie rejoint le couchant
Un vide bleu ombre la cour
L’esprit n’est pas transparent

Notre bateau s’arrime à l’ilôt de brume
Le couchant ravive la mélancolie
Le ciel nous verse son immensité
Sur le fleuve pur la lune nous rejoint

Pz 34

De parfum en parfum
Mon ivresse est orgie
Endormi contre un arbre
Sous le soleil penché
Je me réveille au fond de la nuit
Mes amis sont partis
Je n’ai pas de bougie
Pour rallumer un charme ultime
Je demeure ivre sous les fleurs *

* L Cy 130

Pz 33

Le fleuve est enneigé
Le vol des oiseaux est suspendu
Nos pas sont effacés
Vêtu de paille un vieux
Sur sa petite barque
Pêche seul sur le fleuve
Qui a froid
Ce vieux c’est moi

Le vieux pêcheur traverse la nuit
Au large des rochers
A l’aube il puise une eau limpide
Allume un bon feu de bambous
Le soleil dissipe les brumes
Rien n’apparaît
Montagnes et eaux reverdissent
Je me lève je scrute l’horizon
Je rejoins le coeur du courant
Les nuages à la queue leu leu s’en vont *

* L Ty 51

Pz 32

L’ultime vérité comme le chant d’un pêcheur
Qui s’éloigne dans les roseaux
L’esprit se lave à l’eau des rivières
Tout écho est ultime
Cela vous semble impossible ?
Pour un esprit détaché tous les lieux sont lointains
Unis dans l’ivresse oublions les principes
Les fleurs couvrent ta robe
Je poursuis la lune dans l’eau
J’erre au loin
Je suis la fin du savoir et du moi
Le sens de ce poème est dans les bambous
L’esprit nait sous les pins
La poésie est un éveil
Je m’accroche à un clocher
Le vent baigne ma tête nue
Tonnerre et foudre je guéris
Sous le flux des étoiles *

* PZ 17

Pz 31

La mer au matin m’enivre
Je porte ce soir un habit rouge
Je brise une branche
J’en fais un bâton
Je balaie le couchant

Si le givre me griffe le visage
Je pénètre l’infini qui tournoie
Je traverse l’ultime blancheur
Pourquoi retournerais-je au pays ? *

* LP 179

Pz 30

Les dessins des anciens sont bizarres
Sur les parois millénaires
Au delà de la blancheur immaculée
Il est vain de chercher

Depuis que je vis ici
Mille ans ont passé bien des fois
Dans les bois je me laisse vivre
Solitaire je suis mon seul maître
Nul ne vient dans les nuées
Je dors la tête sur une pierre
Je laisse à la terre et au ciel le soin de changer de muer
Depuis que je suis ici
Je griffonne sur les falaises
La barque de ma vie dérive dans le courant *

* Hc 83

Pz 29

Je rendis au hasard visite à un ami
Dans le brouillard les nuages par milliers se confondaient
Un paysan m’indiqua le chemin du retour
Sous la lanterne ronde de la lune

Nues et monts s’enchevêtrent
Sous le bleu du ciel
Seul un chemin oblique s’enfonce dans le bois
Aucun promeneur ne flane cette nuit
Un crapaud se montre dans la clarté blanche
Des oiseaux restent volubiles

Vieillard tout seul assis devant sa petite grotte
Juste en dessous du piton vert
Je laisse mes cheveux blanchir
L’absence de pensée ressemble à un fleuve coulant vers le désert

Pz 28

L’essentiel est ici
Un long désoeuvrement parmi les nuées blanches
Les singes crient ma joie
Le tigre rugit Oui j’ai quitté les hommes
Mes pieds solitaires ont pour semelles les cailloux
Je chante en solo
Accompagnant le bruissement du vent
Les pins sont eux-mêmes en chantant
Les oiseaux restent harmonieux quand ils délibèrent