Mon studio est de joncs
Le soleil est d’été
je suis assis au frais
Le vent est tombé
Les bambous sont jeunes
Ils ne sont pas petits
J’aime bien mon étagère en rotin
Une hirondelle passe pour se nicher
J’aime les hirondelles
J’aime les abeilles qui me donnent mon miel
Mon monde est un jeu d’exubérance
A la belle saison un jeu de fleurs
Pz 16
Les villes du nord refusent mes écrits mes projets
Je suis de retour
Hélas ! je n’ai pas de génie
Je n’ai même pas de talent
Les princes me rejettent
Je n’ai plus d’amis Ils seraient trop vieux
Les cheveux blancs sont le signe de mon âge
Ils le pressent ils le hâtent
Le soleil vert avale mes années
Mon chagrin est insomniaque
La nuit la fenêtre vide se remplit bêtement
Des pins noirs sous la lune
Pz 15
Le moine est patient
La neige ancienne est sans empreintes
Une brume d’encens se fige dans les pins
Un oiseau redescend remonte
Le repas est froid comme le val d’espoir
Les haillons pendent aux branches
Aux branches du portail rocheux
Les grottes ne sont plus ouvertes
Le moine est mort Etait-il âgé ?
Le vieux moine est mort *
* W Yw 47
Pz 14
Quand surgit la lune en haut de l’est
Je médite dans ma chambre des sommets
Nul feu n’éclaire ma veille de vieux sage
Dans la forêt vide
Esseulé de la nuit je puise à sa source froide
Combien d’années de vie sans redescendre jamais ?
Ce matin mon bureau de professeur est froid
Je songe soudain à l’hôte des montagnes
Je pense qu’il noue des fagots de ronces
Au bord du torrent
Pour faire bouillir des pierres blanches
J’aimerais boire avec lui et d’autres du vin
Rire les soirs de tempête
Les feuilles mortes recouvrent la montagne vide
Comment retrouver la trace des pas ?
Pz 13
Un oiseau-mouche taquine l’orchidée
Exaltant sa fraicheur
Un homme paisible taquine une corde
Elle est claire
Abandonnant son esprit dépassant les nuages
Il mâchonne la tige d’une fleur
Il enfourche un cygne au dessus des pins rouges
Pour chevaucher les dernières brumes
Le flot des collines à main gauche
Les minces précipices à main droite
Il se demande si les moustiques éphémères
Connaîtront les années de la grue
Les ans de la tortue *
* KP 161
Pz 12
Les promeneurs sont immortels
Le ravin est profond de mille ans
Seul y habite un homme sage
Son toit engrange les nuages
Portes et fenêtres recueillent le vent
L’homme sage connait les revenants
Le vent ride la rivière en la semant d’écailles
Il est une fée souriante couleur de jade
Il est sage de suivre sa voie
Pz 11
Les magnolias ont un jardin
Tout près des monts
En automne le jour se replie
Une ligne d’oiseaux se déploie
On aperçoit un éclair de vert vif
Que n’abrite pas la brume du soir
L’abricotier ne donne pas que des fruits
Il se donne lui-même comme un linteau veiné
J’ignore si les amours à son faite lovés
Se répandent chez les humains
Sous le vent qui fait rage
A peine adouci par l’averse d’automne
Le rapide torrent jaillit du rocher
Chaos de vagues et d’éclaboussements
Effroi de l’oiseau qui cherche un refuge
Le torrent n’est pas une auberge ni un jardin ni une digue
Il détruit pour que d’autres construisent*
*WW 250
Pz 10
Il plonge entre quelques lotus
il survole les saules clairs
Seul et droit tout miroitant
Poisson au bec il se dresse
Sur un vieux tronc flottant
Pz 9
Je ne goûte plus que la paix
La paix et la pluie
Le petit monde s’absente de mon esprit
L’avenir m’est rendu il ne m’est rien
Vais-je renaître en bois ancien ?
Et mon moi ?
Le souffle forestier me dénoue
Jusqu’à la lune des cimes
L’ultime vérité ?
Le chant d’un pêcheur s’éloigne dans les roseaux
Pz 8
Les bambous sont mon auberge
Assis seul dans son secret
Je siffle au son de ta flute
Au bois profond que nul ne connait
La lune se reflète je reflète la lune
Qui vient tout éclairer