Pz 7

Je ne retrouverai pas le temple des parfums
Egaré trop loin dans la brume du sommet
Dans l’antique forêt il n’y a pas de traces
Où nait l’écho des vallées profondes ?

La source sanglote dans les rocs hérissés
Les pins bleuissent au soleil
Au coeur de l’étang vide
Le venin s’apprivoise

Les parfums foisonnent s’ils le désirent
Hors du temple disparu

Pz 6

Nous nous dîmes adieu
Loin de la montagne
J’ai fermé la porte
Sur le couchant
A chaque année le printemps
Ranime les ardeurs
Coeur si allègre et si vert
Reviens-tu cette année ?

Pz 5

Ce mec n’est pas de notre monde
il le traverse gaiement et follement
Son dessert est fait de brumes roses
Un mauvais regard le dissoud
Le gel de l’esprit l’assassine
Seul le silence est immortel
Ce chevalier charmant nous fuit
Il est indulgent pour le mont solitaire
Ses seuls amis sont un phénix
Aux ailes déchirées
Et un dragon qui crache l’esprit*

*Y Yt 172

Pz 4

Le vent traverse les joncs
La pluie de lune inonde notre lac
La rameuse et l’oiseau d’eau
Rêvent de concert
Les grands poissons virevoltent
Comme des renards surpris
Les grottes des femmes sont magiques
Au fond de la nuit règne l’ignorance
Qui joue avec son ombre
Le reflux découvre les corps
Ourlés de lave froide
Comme une araignée la lune
S’accroche à nos saules
La vie soudain se mue en mélancolie
Ses instants bruts sont purs
Il sont si vite évanouis
Au chant du coq s’envolent les oiseaux
Où est l’écho ?*

*S Tp 225

Pz 3

Les monts et les marais les près et les forêts
De mes anciennes errances
J’ai aujourd’hui du mal à grimper cette petite butte
Couverte de broussaille
Régine et notre fille m’aident bien
Des enfants jouent parmi les tertres funéraires
Et toujours à cache-cache
Dans une très vieille demeure
Je ne parle pas aux murs
Il ne reste du passé que le puits et le foyer
Nul n’est encore revenu de la mort
En trente secondes minutes jours mois années
Nous avons tout le temps de changer
L’humain est un fantôme magique
Qui doit toujours revenir au néant*

*T Ym 71

Pz 2

A la campagne autrui est souvent absent
Le soleil est blanc à ne savoir qu’en faire
Ma chambre est libre de la poussière
De mes pensées
Notre silence se rompt à l’auberge villageoise
Nous parlons entre autres chanvre et muriers
Chanvre et muriers grandissent gratuitement
Avec eux grandit ma terre
Mais la venue du givre m’inquiète
il réduit mon champ à des herbes folles

Pz 1

Déjà enfant je ne voulais pas
Suivre les voies communes
Spontanément je préférais la montagne
Et ses aspects les plus sauvages
Rustre je suis pour toujours
Ormes et saules m’ombragent
Pêchers et pruniers ornent ma cour
Aujourd’hui je ne dis rien de mes animaux
De ma maison on ne voit pas le bout du village
Un chien aboie un coq chante
Mon seuil n’invite pas au chaos
Je vis à mon loisir dans des pièces vides

Vi 24 Un troupeau d’écoliers

Un troupeau d’écoliers
S’amusait à se salir
Comme le font tous les enfants
Quand ils en ont l’occasion
L’illustre Pinocchio en est un exemple
La fange sur eux tombait de toutes les mains
Plus le linge était blanc
Plus à le salir les gamins trouvaient du plaisir
Sans le savoir ils imitaient leur parents

Vi 23

Un singe assez pourvu de malice et d’orgueil
Avait pour coutume de flatter les gens en leur présence
Et de les dénigrer en leur absence
Un écureuil devenait un exemple d’élégance et d’adresse
Tandis que le chat n’était plus qu’un pauvre vieux matou
Tout juste bon à se lècher
Ou bien le chat était un miracle de finesse
En comparaison avec l’écureuil, cette tête à l’envers, ce petit freluquet
Un jour que notre singe s’en donnait à coeur joie sur le chat
Celui-ci survint à son habitude
Avec des pattes de velours sur des tapis de soie
Il garda son calme et proposa au sapajou
De poursuivre son manège
Maintenant éventé

Vi 22

Un jeune dessinateur,
Doté d’un joli coup de crayon,
Mit en scène quelques voisins
Comme des animaux à tête d’homme
Un renard, un coq et ainsi de suite
Réunis ces voisins, arrosés d’un peu de vin,
Commencèrent à rire
Jusqu’à ce que l’un d’eux se reconnaisse en perroquet
Ce fut alors une fureur générale
jusqu’à ce que l’artiste calme le jeu
En demandant comment on peut se reconnaître
Dans un dessin montrant un animal innocent