Vi 21 : Retour à Viennet

Par un caprice heureusement rare, je suis revenu sur mes pas pour redécouvrir « le fabuliste méconnu », Viennet, « l’un des quarante de l’Académie française », dons je translate pour la deuxième fois quelques fables de l’édition de 1855 ( Hachette, Paris )
Par exemple la fable Vi 20, « le chêne du roi », fut publiée une première fois en mai 2015, la série ayant débuté le 1 / 5 / 2015
Il est intéressant de voir qu’à deux ans de distance, mes versions sont notoirement différentes.
Des poèmes n’ont pas été reproduits.

Vi 20

Un roi content d’un châtelain
Exigea qu’il plantât un chêne en son honneur
Le sire n’osa lui dire que cette délicate opération
Ne se pratique pas en été
On planta donc un bâton
La mauvaise saison venue
Un vrai chêne aux meilleures intentions
Fut mis en terre
Le roi fut donc en définitive content
C’était là le véritable but de l’opération

Vi 19

Un almanach de l’an passé trainait encore
Sur le bureau de l’écolier
A côté de l’almanach de l’année nouvelle
L’enfant le compulsa tendrement :
« Adieu temps passé dépassé
Adieu souvenirs d’un temps qui ne reviendra plus
Adieu ce qui existait hier
Place au jour d’hui »
Cet enfant n’était pas un ingrat
Mais il faisait semblant d’oublier
Que de ne pas être de son temps
C’est comme ne pas être n’être pas
N’est-ce pas ?

Vi 18

Une fourmi devint la reine de sa fourmilière
En affrontant une araignée
Mais sa vanité grandit devint pleine et entière
Trop grande pour une seule fourmilière
Elle eut vite assez de cette gloire casanière
Emprunta un tracteur pour s’approcher de la ville
Entra fièrement en saluant la foule
Elle se pavanait en guettant les éloges
Hélas ! Personne ne la remarquait
Elle adressa la parole à un chien attaché
Se plaignit amèrement
Le barbet sans la regarder lui répondit sombrement :
« Regagne vite ta peuplade Va où l’on te fête
Même ici dans cette ville il est des fous à ta manière
Qui pensent occuper de leur gloire le grand univers
Alors qu’ils ne sont connus que de leur fourmilière »

Vi 17

Un papillon léger plein de choses brillantes
Volant à son habitude de fleur en fleur
Aimant inconstant toutes les étamines
Fit sale mine en apercevant une chenille :
« Quel triste individu tout poilu dépourvu d’ailes
Qui se traine solitaire sur ma plus belle fleur ! »
La chenille à ses paroles bien senties éclata de fureur :
« Qui t’a donné naissance, satané avorton ? »
Le papillon ne dit mot et s’enfuit comme un sot
En se mordant sa longue langue

Vi 16

Un bon souverain ne fait pas grand chose
Il digère à l’aise les revenus du pouvoir
Et laisse ses ministres gouverner
En prenant soin qu’ils se limitent les uns les autres
C’est ainsi que mon aïeul Benoit XXII
Dont nous avons récemment déchiffré les archives
Sut s’entourer de Cerveau, raisonnable et fou, trop influençable, surtout du fait du roi,
De Coeur, noble et vaillant, indulgent, parfois trop sensible,
Et de Langue, capable d’étourdir par son verbiage le roi lui-même,
Utile seulement sous le commandement conjoint de Coeur et de Cerveau.
Qui a la langue la mieux pendue n’est pas homme d’Etat

Vi 15

Un énorme chien veillait sur un troupeau
En fait il ne faisait rien
Et tout se passait bien
Le maître le prêta à une riche héritière
Les loups égorgèrent du monde
De retour le patou dit à tout le monde
Le mal qu’il pensait du maître
Le maître l’envoya paître
Et organisa une grande battue sans chien
Qui ne servit à rien
Il est bon de savoir quand on a besoin d’un chien

Vi 14

Un homme grand et beau
Se moquait quand il le pouvait
De son voisin et il pouvait souvent
Il le trouvait petit et laid
L’autre n’osait se défendre
Ayant peur de ce genre d’ennui
Une belle femme d’origine espagnole
Vint s’installer dans le voisinage
Et apprécia la compagnie du voisin
Qu’elle trouva joli et fin
Ce voisin ne se vanta point

Vi 13

Parmi les Burons farouches Indiens d’Amérique
Il y en avait un plus rude et plus rugueux que d’autres
Qui avait bien observé les baromètres utilisés par les Blancs
Pensait qu’ils annonçaient le Beau Temps
Un jour qu’il devait partir pour un long voyage sur les grands Lacs
Il secoua son baromètre portatif une merveille
Qui se fit un plaisir d’annoncer le Beau Temps
A peine parti notre ami se noya
Au cours d’une effroyable tempête

Vi 12

« Tu n’as qu’une chaumière
Une chaumière a mes voeux
J’abandonnerais mon trône
Pour la flute et le tambourin »
Ainsi le poète s’exprimait
Déguisé en jeune étudiant
il fut reçu à ses examens
Fut admis à un cabinet d’avocats
« Tu n’as qu’une chaumière
Je ne peux rien pour toi
Tu aurais un immeuble
Tu me donnerais du tracas
Je m’en ferais pour toi »