Les animaux furent pris soudain d’une curieuse fièvre
Les grenouilles chantaient l’opéra
Les renards gardaient les poules
Les lièvres chassaient les lapins
Les écrevisses gloussaient
Les poissons jouaient à qui sauterait le plus haut hors de l’eau
Curieusement tous les animaux furent contents
Que soit sifflée la fin du carnaval
Par les pingouins arbitres
A la fin de la journée
Vi 10
Une petite jeune fille aimait son paon et ses décorations
Mais aussi sa petite voie enrouée
A l’aide de sa tante une fée du logis
Elle se confectionna une robe de gala
Comprenant des centaines d’ocelles comme la roue du paon
Côte à côte la robe et la roue se confondaient
De façon étincelante à la façon d’un tableau de Klimt
Un petit oiseau gris et un peu jaune une sorte de rossignol
Se posa sur une branche et poussa une trille
La petite jeune fille lui envoya une pierre et le chassa
Il est rare d’avoir du goût dans tous les domaines
Vi 9
Une jolie dame accueillit avec un grand plaisir
Deux épagneuls de bonne famille
Elle se fit un coussin à mettre sur ses genoux
Elle y accueillit tendrement un épagneul
Seulement le second se hérissa gronda
Aboya d’injures et de brocards
Le premier ne se laissa pas faire
Eclata en invectives prêt à défendre sa position
Des griffes et des dents
La dame chassa l’importun
Mais se refusa au coussin à deux places
Vi 8
Un jeune clerc modestement meublé
Se vit avec horreur fêler son pot à eau
Fêler seulement l’eau ne s’échappait pas à travers la fissure
Il n’empêche Le jeunot prenait le plus grand soin de son pot
Le posait doucement le reprenait de même
Il se prenait à regarder avec tendresse son pot
Il se disait que s’il avait été attentif naguère
il ne serait pas obligé de l’être autant aujourd’hui
Vi 7
« Que faites-vous là, Gros-Jean, l’air triste
Sur votre bêche ? »
« Je pense juste que je suis un pauvre malheureux
Et que vous, vous êtes riche à millions »
« Mais Gros-Jean, mon Gros-Jean,
Si je pouvais vous aider, je le ferais, vous pensez bien,
Mais nous, les riches, nous croulons sous les impôts, les dettes
Si ça se trouve, je suis plus pauvre que vous, cher Gros-Jean
De toutes façons, nous sommes tous différents
Regardez autour de vous, personne ne vous ressemble
Gros-Jean, soyez raisonnable, contentez-vous de votre sort
Et les arbustes seront bien taillés »
Vi 6
Un ourson et un enfant étaient bons amis
Ils jouaient souvent ensemble
Ils grandirent surtout l’ours
Le plus beau dans leur amitié
Etait la délicatesse avec laquelle le géant
Manipulait son minuscule copain
Puis le garçon grandit aussi
Toujours ami avec le grand ourson
Vi 5
Le roi des singes par ailleurs énorme gorille
Voulut avoir auprès de lui un bouffon
La gent grimacière fut fort agitée par cette affaire
Les jockos prônaient leur manque de queue
Qui selon eux signifie légèreté
Et habileté de l’intelligence labileté
Les sapajous affirmaient qu’au contraire
Une longue queue est synonyme de goût et de talent
Les babouins pensaient représenter
Le parti de la modération et du bon sens
Le parti de la queue courte
Le roi embarrassé prétendit
Que tous ses singes faisaient les mêmes grimaces
Et qu’il les chargeait tous de le faire rire
En tant que bouffons royaux
Vi 4
Une fine et cruelle belette
Se reposait sur un beau gazon
Quand un gland détaché par le vent
Tomba à plomb sur sa tête
Tremblant d’effroi la petite bête
S’enfuit à perdre haleine
Elle croise le regardant à peine
Un paisible rat des champs :
« Un énorme chêne là-bas
Vient de tomber sur moi sur nous »
Le rat ne s’embarrasse pas
Se met à courir illico
Non sans hurler à une bande de lapins
Que la forêt est devenue
Une armée qui marche vers eux
Un écureuil qui s’amusait par là
Comprit qu’il y avait une tremblement de terre
Mêlé à un formidable orage
Bref les animaux terrifiés
Virent la fin du monde dans la chute d’un gland
Les animaux qu’on appelle bêtes
Réagissent comme les humains
Sauf que ceux-ci y voient plus de malice
Et surtout moins de mérite
Plus de mal et moins de talent
Vi 3
Le chemin de fer faisait courir sa double nervure
Sur les flancs nivelés
Entre les montagnes vierges et les vallées
Bordées par des précipices
Agitait l’air de ses pistons
Et de ses cheveux de fumée
La locomotive était reine
Et se faisait suivre d’emblée
Par quelques wagons mal assemblés
Mais un caillou mal disposé par un enfant
Fait dérailler le train
Adieu char moderne mythologie !
Vi 2
Sur le gazon humide
Dans une forêt obscure
Un serpent déroulait
Ses beaux anneaux
En quête d’une bête
A digérer lentement
De derrière un buisson
Surgissent une tortue
Suivie d’un hérisson
Le serpent se dresse siffle
Se précipite sur la tortue
Qui n’est plus qu’un toit écailleux
Il récidive sur le hérisson
Qui n’est plus qu’une balle
Hérissée de pointes
Le serpent n’est pas né d’hier
Il cherche fortune ailleurs
Les deux amis se congratulent
Le hérisson se vante d’avoir piqué
La tortue se contente d’avoir résisté