Pour un débat important
S’assemblèrent en congrès
Des troupes confuses
D’étourneaux de bécasses de buses
Et de bien d’autres encore
Sur les bords d’un lac agréable
Chacun y était aimable
Chacun se jurait de renoncer à la ruse
Le premier point de l’ordre du jour
Etait la couleur du lac
Un perroquet avait été mandaté
Pour défendre la couleur bleue
Grâce au ciel cela va de soi
L’oiseau bigarré fit grand étalage
D’une éloquence piquante érudite
Pour tout dire ronflante
Après sa péroraison très applaudie
Les oiseaux étaient d’accord
Sauf un minuscule sansonnet
De l’année nouvelle
Qui eut la témérité de prétendre
Qu’en profondeur l’eau était noire
Et donc le lac aussi
Il cita beaucoup d’auteurs
En bon écolier
Il finit par faire peur
Les indécis soudain nombreux
Décidèrent d’un nouveau congrès
Pour l’an prochain
Et nommèrent une commission
Une hirondelle de passage dit :
« Je ne reviendrai pas
Le lac change de couleur
Suivant les circonstances
Suivant son bon plaisir
Pas suivant le nôtre »
Tj 89 et fin
Voilà terminée notre série de code TJ inspirée par le classique du taoïsme que nous préférons appeler « livre de la simplicité et de la vacuité » ( vers 400 av.JC. ? )
Nous nous sommes inspirés de : Lie-tseu, « Le Vrai Classique de vide parfait », folio-essais, Paris, 2011
Nous n’avons utilisé qu’une partie du texte, négligeant les noms propres et les allusions à la sorcellerie.
Nous proposons des translations ( traductions-adaptations ) et des adaptations, parfois très libres.
Nous avons donc proposé deux classiques du taoïsme et deux du confucianisme, tous publiés avant l’ère chrétienne
Tj 88 !!
Tout ce qui a un corps nait de l’absence de corps
Au début fut une grande mutation
Dans laquelle la force ne se manifestait pas encore
Nous connaissons des états transitoires
Quand force, forme et matière n’étaient pas séparées
On appelle cet état chaos
Dix mille êtres coexistent
L’être changeant devient un puis neuf puis redevient un
L’un et le neuf sont le signe de la transformation des formes
Le pur et léger monta pour devenir le ciel
Le trouble et lourd descendit pour devenir la terre
Tj 87
Un homme ordinaire vola de l’or en public
Il répondit qu’il ne voyait plus que l’or
Les pensées noires perdent vos pieds dans les crevasses
Un homme perdit sa hache Il soupçonna son voisin
Son allure était celle d’un voleur de hache
Mais aussi sa façon de parler
Tout en lui indiquait le voleur de hache
Là dessus l’homme retrouva sa hache
Il regarda derechef le voisin
Il n’avait plus rien d’un voleur de hache
« Mon voisin m’a poussé à abattre mon arbre
Pour avoir du bois sec
Je me méfie de mon voisin »
Je garde les clefs d’une vieille maison
Dont je ne sais pas où elle est
J’aime beaucoup ces clefs
Ce que nous mangeons n’a pas été créé à l’origine
Pour que nous le mangions
Médiatiques
Les médiatiques.fr sont très puissants
Primo / ils lèchent
Secundo / ils lâchent
Tertio / Ils lynchent
Un important progrès de la déontologie dans les media serait nécessaire
Il n’y a pas que les politiques à être contestables
Tj 86
Le Tao n’a pas d’origine
Mais est originel
La production de la vie ne meurt pas
La vie et la mort ont une cause
Ce n’est pas le bonheur
Tout est conditionné, donc soumis à la mort
La mort, c’est aussi le Tao
Condition et raison de la mort
Ne sont pas la mort en elle-même
La vie qui vient de la mort est bonheur
Le Tao produit la vie sans raison apparente
Qui fait usage du Tao atteint sa fin
Sa fin se nomme loi éternelle, universelle
Exister, mourir, avec ou sans motif, voilà le Tao
Je répète que mourir est aussi une loi éternelle,
Manifestation du Tao
Tj 85
Il arrive que les méchants prospèrent
Et pas les gentils
Les gentils peuvent être faibles de constitution
Débiles dans leurs manières
Perpétuellement ailleurs
Il ne faut s’étonner de rien
Surtout pas des décrets du ciel
On peut être riche en vertu
Et pauvre pour la fortune, pour le destin
S’en étant enfin aperçu un brave homme
Supporta allègrement manteau de laine grossière,
Racines et herbes, char à foin
Désormais sa chaumière était un palais
Il ne savait toujours pas
Où était la honte, où était l’honneur
Mais il était devenu difficile à déconcerter
Tj 84
Une famille royale disposait de trois épées
Que nul ne voyait jamais
On disait que l’une était invisible
Qu’on ne voyait de l’autre qu’un reflet
De la troisième qu’une ombre le jour
On disait que l’une sans qu’on sache laquelle
Etait d’argent la deuxième de bronze
La troisième d’acier
Le château fut attaqué les épées surgirent
Les assaillants furent terrifiés
Le château ne fut jamais plus attaqué
On ne revit jamais les épées
Pour autant qu’on les ait vues
Tj 83
Un prince avait hérité d’un automate
Qui se conduisait comme un homme parfait
Il n’était composé que de cuir de bois de colle de laque
Pourtant quand on l’ouvrait on découvrait
Un foie un coeur des poumons une rate des entrailles
L’automate plaisait beaucoup aux femmes
Le prince décida de s’en séparer
L’automate fit un clin d’oeil les concubines se levèrent
Elles le suivirent jusqu’au parc
Les gardes lui enlevèrent le coeur
Il s’immobilisa
Tj 82
Les hommes du sud vont nus les cheveux coupés court
Les hommes du nord portent des fourrures et un turban
Les hommes du centre sont habillés d’une robe et coiffés d’un bonnet
Dans un pays de l’est on tue les premiers-nés et on les mange
Dans un autre on exile les grand-mères à la mort du grand-père
Dans un pays du sud on laisse pourrir la chair et on enterre les os
Dans un pays de l’ouest on brûle les parents sur un bûcher afin que leur âme s’envole