L’équilibre est la loi suprême du monde
On peut suspendre deux poids très lourds par un cheveu
Mais on doit respecter le point d’équilibre
Un célèbre pécheur ne rompit pas sa ligne en péchant un monstre
Un archer célèbre avait un petit arc et une flèche qu’il laissait emporter par le vent
Il tira deux grues qui volaient très haut dans les nuages gris
Il savait concentrer son esprit pour équilibrer les mouvements de la main
Le pécheur l’imita Quand il s’approche du fleuve il ne pense qu’au poisson
Quand il lance la ligne sa main est légère
Les poissons ne voient que des grains de poussière ou des bulles d’eau
Ils happent sans se douter de rien
C’est ainsi que le faible maîtrise le fort, le léger le lourd
Tj 21
Deux enfants interrogèrent un maître :
« Le soleil levant est plus proche »
« Le soleil levant est plus éloigné »
« Ce qui est loin semble plus petit
Le soleil levant est comme une roue de char, à midi il ressemble à une assiette »
« Le soleil levant est froid, le soleil de midi est brûlant
Ce qui est proche est plus chaud, n’est-il pas vrai ? »
Les enfants ses moquèrent d’un sage qui ne connaissait pas la réponse à leur énigme
Tj 20
Un brave type poursuivit l’image du soleil dans l’espoir de l’atteindre
Il but beaucoup mourut de soif quand même
Son bâton abandonné devint une grande forêt
Dans l’espace compris entre les quatre points cardinaux plus le haut et le bas, toute lumière dépend du soleil et de la lune
Ainsi se développe la magie du monde
Cependant il y a des êtres qui ne doivent rien aux divinités, ni au Yin ou au Yang, des lumières qui ne doivent rien au soleil, ni à la lune…
On peut se vêtir sans vêtements
Le tao est la liberté
Tj 19
Formes et choses se manifestent à ce qui n’est pas attaché à son être propre
En mouvement il est comme l’eau, au repos il est comme un miroir, il répond comme l’écho
Les choses s’opposent au tao, à la voie, le tao ne s’oppose pas aux choses
Qui serait aussi bon que le tao n’aurait besoin ni d’yeux, ni d’oreilles, ni de force, ni de conscience
Si quelqu’un cherche le tao avec ces quatre instruments, il regarde fixement devant lui et le tao est derrière
Le tao remplit le vide
Si on le met de côté on ne le retrouve plus
Il est trop près pour une recherche rigoureuse, il est trop loin pour qu’on le découvre par hasard
On atteint le tao, la voie, en silence, dans la perfection de sa nature, de son être, dans l’oubli des passions et des savoirs
Celui qui accumule des trésors ne recueille que de la poussière
Tj 18
Une seule personne suffit pour connaître la volonté du peuple
Encore faut-il la connaître
Le peuple ne se connait pas lui-même
Personne ne connait le peuple et surtout pas sa bonne volonté
On ne connait que ses quatre volontés
Tj 17
J’ai entendu parler d’un pays fort lointain
Où les gens de qualité et de talent
Sont les serviteurs
Ils ne dirigent pas
Les gens importants les dirigeants
Sont des fous et des incapables
Désignés par les fous et les incapables
Ce pays ce peuple cet Etat sont admirés dans le monde entier
Ce qui compte c’est le travail le travail réel sur le monde réel matériel
Le reste est politique
Tj 16
Avant que l’oeil ne soit aveugle il voit
A sa limite l’oreille entend encore
La bouche goûte
Le nez sent
La peau ressent
Le coeur pétrifié reste agile
Il reconnait ce qui est et ce qui n’est pas
Le coeur est bien sûr une image
Il faut le pousser à l’extrême
Pour obtenir un retour
Ce qui est limite donne sa valeur à ce qui ne l’est pas
Tj 15
Je suis malade je n’apprécie ni le blâme ni la louange
Ni le gain ni la perte
La vie est pour moi égale à la mort
Je me considère à l’égal d’un porc et de n’importe quel animal
Tout m’est égal
Dans ma famille je suis comme un voyageur à l’auberge
Ma patrie est pour moi un pays étranger
Je n’ai aucun rapport considéré comme normal avec qui que ce soit avec quoi que ce soit
Quel est votre diagnostic, docteur ?
Il n’y a pas de diagnostic Nous attendrons que vous reveniez parmi nous
A une seule condition cependant
Que vous vous rappeliez de façon aussi précise que possible votre expérience
Tj 14
Il faut d’abord désapprendre
Désapprendre à parler
Pour ne rien dire
Sauf des catégories de rangement de jugement
Désapprendre à opposer
Le positif et le négatif le oui et le non
Désapprendre le bien et le mal
Le juste et l’injuste
Il faut enfin renoncer à l’usage de ses sens
Alors le corps se dissoud
L’esprit se solidifie devient une pierre
On perd toute conscience du siège
Sur lequel on est assis
Du sol sur lequel on marche
Ou plutôt on marchait
On remonte avec un plaisir intense vers l’inanité des choses
On reperd la conscience obscure de l’ordre naturel
Il en reste quelque chose
On retrouve la conscience de son inanité propre
Elle est éclairée
Tj 13
L’éternel disciple X demanda à un maître :
« Que pensez-vous de A ? »
» Sa bienveillance est supérieure »
« De B ? » « Son discernement est supérieur »
« De C ? » « Son courage est supérieur »
« De D ? » « Sa prestance est supérieure »
« Quand vous dites supérieur… ? »
« Restez assis Je vous explique
A ne sait pas débattre
B n’est d’accord avec personne
C est timide
D ne se mêle pas aux autres
je n’ai pas leurs qualités, je n’ai pas leurs défauts »
« Pourrait-on dire qu’ils ne sont pas sociables ? »