Mn 116

La mère de famille nourrissait les vers à soie
Elle faisait de même pour cinq poules et deux truies
On plantait des muriers le long de la maison
Le jardin et la maison étaient données par le prince
Ainsi que les cent arpents du chef de famille
Les vieillards avaient chaud et étaient rassasiés
L’eau et le feu étaient abondants
Ainsi que les pois et les grains

Le disciple de la sagesse avance pas à pas
Il n’apprend une nouvelle leçon
Que s’il possède les précédentes

Il faut tenir le milieu
Mais pas en faire un point fixe
Aux dépens de cent autres

La faim et la soif, c’est-à-dire la pauvreté,
Gâtent le goût et altèrent le jugement
Celui qui résiste et garde son coeur, sa vertu,
N’a personne à envier
Celui qui pratique la vertu est comme un homme
Qui creuse un puits et ne doit s’arrêter
Que s’il atteint la source
Mettre à mort un innocent
Est contraire à l’humanité
Voler est contraire à la justice
Avoir de petites vertus
Ne signifie pas en avoir des grandes

Un sage abandonna l’empire
Sans plus de regrets
Que pour une paire de souliers usés
Il prit son père sur les épaules
Il vécut heureux au bord de la mer

Mn 115

Trois choses donnent au sage une grande joie
Et la dignité impériale n’est pas du nombre
La première est d’avoir encore père et mère
Et des frères qui se débrouillent
La deuxième est de ne rien faire dont ll doive rougir
Devant le Ciel ou devant les hommes
La troisième est d’enseigner à des hommes de talent
Trois choses donnent au sage une grande joie
Et la dignité impériale n’est pas du nombre

Etre à la tête de l’empire et des peuples en paix
Est une grande joie mais ce n’est pas la plus grande
Ce que le sage a reçu de la nature
Ne peut être accru même s’il fait de grandes choses
Ni diminué même s’il ne fait rien de bien
Ce que l’homme tient de la nature lui vient du ciel
Ce sont les vertus de bienveillance, de justice,
D’urbanité et de prudence

Mn 114

Les biens qui sont en nous
Et dépendent de nous
Sont nos vertus
Il est inutile de chercher les biens
Hors de nous
Qui ne dépendent que du Ciel

Nous avons en nous les principes de toute connaissance
Le plus grand bonheur est de s’examiner en profondeur
Pour y découvrir la perfection
Si quelqu’un s’efforce d’aimer et de respecter les autres comme lui-même
La perfection est proche
Auparavant il faut que l’homme ait honte de mal faire
Qu’un prince ait honte d’oublier la sagesse au profit du pouvoir

Lorsqu’un prince impose des travaux à ses sujets
Pour leur bien ils sont contents
Lorsque, pour protéger la vie,
Il l’enlève à quelques-uns
Ceux-ci l’acceptent sans se plaindre
Les sujets d’un empereur véritable sont heureux
Ils acceptent de lui une sentence de mort
L’action d’un prince sage est merveilleuse

Lorsqu’un certain sage vivait en pleine montagne
Au milieu des rochers et des arbres
Allant et venant au milieu des cerfs et des sangliers
Il ne différait pas tellement des sauvages habitants

Ne faites que ce que vous savez devoir faire
Ne faites pas ce que vous savez ne pas devoir faire
Ne désirez pas ce que vous ne devez pas désirer
Les vertueux se forment d’ordinaire
Dans la souffrance et les revers
Comme un enfant de concubine

La dignité impériale n’est pas
Ce qui donne de la joie à un sage
La vertu qu’il tient du Ciel
Ne peut être ni diminuée ni augmentée

Les vertus de bienveillance, de justice,
D’urbanité et de prudence
Ont leurs racines dans le coeur
Leurs effets apparaissent sur le visage
Et dans la tenue des épaules
Sans qu’on l’en avertisse
Le corps comprend son devoir

Mn 113

Tout ce qui existe est voulu par le Ciel
Le Ciel intervient directement
Dans ce qui est évité à l’homme
Indirectement dans le domaine humain
On ne se tient pas au pied d’un mur
Qui menace ruine
Quand on connait les limites de la providence céleste
L’exécution du criminel est voulue
Indirectement par le Ciel
La mort naturelle du sage est voulue
Directement par le Ciel

Nos biens principaux, les vertus, sont en nous
Si quelqu’un cherche à aimer les autres comme lui-même
La perfection est proche

La plupart des hommes ont des habitudes
Qui leur cachent la raison de leur conduite
Il faut que l’homme ait honte de mal faire

Le disciple de la sagesse
Garde le sentiment de la justice
Dans la pauvreté
Et dans la prospérité
Ne s’écarte pas de la voie de la vertu

Lorsque les sages de l’antiquité obtenaient
L’objet de leurs désirs, une charge publique,
Ils répandaient leurs bienfaits sur le peuple
Sinon ils se perfectionnaient eux-mêmes
Les hommes d’élite s’excitent d’eux-mêmes à bien faire

Mn 112

Celui qui connait son intelligence
Connait sa nature
Et la nature de toute chose
Donc le Ciel
L’intelligence est la faculté spirituelle
Au principe des connaissances
Le Ciel est le principe des principes
Aucun être humain n’est dépourvu
De l’intelligence principe de toutes les connaissances
Conserver intelligence et dons de la nature
C’est servir le Ciel
Sans se préoccuper de la longueur de la vie
En cherchant à se perfectionner sans cesse

Mn 111

Les vertus et les talents qui sont dans l’âme
Se manifestent au dehors dans les actions
Par exemple chez les femmes
Qui pleurent parfaitement
La mort de leurs maris
Jamais je n’ai vu un homme
Capable de rendre les services d’un sage
Ne pas les rendre

—-

C’est un crime d’aller au devant des mauvais désirs d’un prince

—-

Dans le pays des barbares du nord le millet
Est le seul grain qui arrive à maturité
Ils n’ont ni villes à double enceinte de murailles
Ni temples des ancêtres
Ni princes ni officiers…

L’inondation est un fléau
Qui suscite l’horreur
Suffit-il d’aimer le bien ?

Un ministre entouré d’adulateurs
Et de flatteurs hypocrites
Pourrait-il, quand il le voudrait,
Etablir le bon ordre ?

—-

Certains furent promus à de hautes fonctions
Alors qu’ils cultivaient la terre
Vivaient dans une cabane
Etaient méconnus de tous
L’un faisait le commerce du sel et du poisson
Un autre était tenu dans les fers
Par le gardien de la prison
Abreuvés d’amertume, fatigués, à bout de nerfs,
Tourmentés par la faim,
indigents, contrariés dans leur moindre entreprise,
Le Ciel les préparait
Leur communiquait ce qui leur manquait encore
De connaissances et de vertu
La vie est dans la sollicitude et la souffrance
La mort dans le repos et le bien-être

Mn ou Mencius 110

Qu’y-a-t-il de plus important
Manger ou les règles du bien manger ?
Se marier ou les règles du bon mariage ?
Le même volume de métal et de plume
Montre que le métal est plus lourd
De façon générale il est possible
De manger suivant les règles
Enlèverez-vous sa fille à votre voisin ?
C’est souvent l’action qui manque aux hommes
Et non la force
Marcher lentement derrière les ainés
Est un signe de respect
Est-il quelqu’un pour qui c’est impossible ?
La voie de la vertu est un grand chemin
Que le hommes ne cherchent pas

Traiter ses parents comme des étrangers
C’est manquer à la piété filiale
Ne pas supporter la moindre contrariété
C’est aussi manquer à la piété filiale

Si vous parlez de profit aux princes
Les gens parleront de profit
Si vous leur parlez de bienveillance et de justice
Les gens parleront bienveillance et justice

Entre celui qui s’applique aux actions d’éclat
Dans l’intérêt du public
Et celui qui met en seconde ligne ces actions
En première ligne sa perfection intime
Qui choisir ?

Les sages ne suivent pas la même voie
Et poursuivent le même but
La vertu parfaite

Les hommes ordinaires ne savent pas
Apprécier la conduite des sages

Mn 109

Le désir des dignités est un sentiment commun
Chaque homme possède des dignités
Mais n’y pense pas
Parce qu’elles proviennent de la nature
Les dignités conférées par des hommes
Ne sont pas véritables

Enivré de vin et plein de vertu
Il ne désire pas les viandes les plus succulentes
Il ne désire pas les riches tissus
Ni les plus belles broderies
Il se contente de la bienveillance et de la justice
Qui sont pour lui un splendide vêtement

Tous les hommes sont également hommes
Mais certains suivent la partie la plus noble d’eux-mêmes
D’autres la plus vulgaire
La vertu triomphe des mauvaises inclinations
Mais ceux qui cultivent mollement la vertu
Sont de ces hommes qui veulent éteindre un incendie
Avec un verre d’eau
Et qui prétendent ensuite que l’eau ne triomphe pas du feu
Les grains qui servent à la nourriture de l ‘homme
Sont plus précieux que tout
A condition qu’ils soient à maturité
Il importe que la vertu atteigne la perfection

Pour appendre à tirer à l’arc
Il importe de tirer fort sur la corde
Un maître charpentier utilise le compas et l’équerre
Dans l’école de la vertu
On respecte les préceptes des anciens sages

Mn 108

Le corps comprend des parties viles
Et d’autres nobles
Des parties importantes
Et d’autres qui ne le sont pas
On doit privilégier l’important
Sans nuire au reste
Les oreilles et les yeux n’ont pas pour office de penser
Ils sont trompés par les choses extérieures
Qui sont dépourvues d’intelligence

Il est des dignités conférées par le Ciel
Et d’autres par les hommes
Le Ciel donne bienveillance, justice, sincérité,
Bonne foi, ardeur pour le bien
Les hommes confèrent les dignités de prince,
De ministre d’Etat, de grand préfet…
Les hommes de notre temps soignent
Les dignités reçues du Ciel
Afin d’obtenir des dignités humaines
Une fois celles-ci obtenues
Ils négligent les dignités reçues du Ciel
A la fin ils perdront tout
Y compris les dignités humaines

Mn 107

Je crains la mort mais il est des choses
Que je crains plus que la mort
Il est des moyens que je n’utiliserais pas
Pour me sauver la vie
Tous les hommes ont reçu ces sentiments
Seuls les sages les conservent

Ma vie dépend d’une écuelle de riz
On me l’offre de façon impolie je la refuse
On m’offre un palais une femme et plusieurs concubines ?
De quoi me rendre agréable aux pauvres qui m’entourent ?
Contrairement aux lois de la bienséance ou de la justice ?
C’est dire qu’on me propose d’étouffer
Mes bons sentiments nés de la nature

Un homme aurait un doigt recourbé et pas gênant
Qu’il ferait beaucoup pour retrouver un doigt
Pareil à celui des autres hommes
Si son coeur n’était pas vraiment celui d’un homme
Il ne trouverait pas que ce coeur fût un mal
Les hommes savent s’occuper d’un arbuste
Mais pas d’eux-mêmes
Ils soignent davantage leur corps que leur âme