Donner cela s’appelle bienfaisance
Enseigner la vertu cela s’appelle dévouement
Trouver des officiers capables s’appelle humanité
C’est à dire amour des hommes
Donner, même l’empire, est facile
Trouver un bon serviteur de l’empire
Est difficile
Un grand prince est bienfaisant
Il reste indifférent à sa grandeur personnelle
Il ne laboure pas lui-même faute de temps
Mn 63
Encouragez attirez redressez
Corrigez aidez fortifiez
Faites que nos sujets reviennent
A leurs perfection naturelle
Continuez à les exciter
Pendant ce temps
Vous n’aurez pas le temps
De labourer
Vous vous inquiéterez
Pour le labourage
Et les laboureurs
Qui s’inquiéteront
Pour leurs arpents de terre
Mn 62
La loi naturelle est gravée
Au plus profond du coeur de l’homme
Mais, bien nourri, bien vêtu,
Oisif, sans instruction,
Il se rapproche de la bête
La tradition dans l’instruction
Consiste dans l’enseignement des devoirs mutuels,
Affection entre le père et le fils,
Justice entre le prince et le sujet,
Subordination de la femme au mari,
Gradation entre les âges de la vie,
Fidélité entre amis
Ajoutons que le mari s’occupe
Des affaires extérieures
Et la femme des affaires domestiques
Les jeunes respectent leurs ainés
Et leur cèdent les premières places
Mn 61 : Avertissement
Mencius ( ou Meng tzeu ) est l’un des principaux représentants d’une grande civilisation humaine. De plus il est ancien, il est né au IV° siècle av.JC.
Il est certes un humaniste, il croit dans la bonté naturelle de l’être humain, mais avant tout il est chinois. La Chine n’a du son unité qu’au culte de l’Etat et d’abord celui de l’empire. Dès le III° millénaire av.JC. et surtout au II° millénaire l’empire existait lointain et tutélaire. L’Etat impérial s’est imposé dans les faits au III° siècle av. JC.
Mencius ne s’adresse pas au peuple, dont il souhaite la prospérité. Il ne parle qu’au prince, c’est à dire les gouvernants, l’Etat. La clef du devenir social est dans les mains des princes.
Meng tzeu n’est pas du tout démocrate. Ailleurs on parlerait de paternalisme.
Enfin, avocat d’une société patriarcale, il n’est pas du tout féministe.
Ces observations faites, Mencius regorge de réflexions pertinentes à prendre avec un grain de sel
Mn 60
Les eaux s’étaient répandues
Les plantes avaient formé
Une forêt inextricable
Les animaux s’étaient multipliés
L’agriculture était impossible
Le ministre d’un grand prince
Mit le feu dans les montagnes
Et même dans les marécages
Il creusa des canaux
Cura des rivières
En transforma certaines en fleuves
En leur donnant accès à la mer
Enseigna au peuple l’agriculture
Dont la culture de cinq sortes de grains
Mn 59
Les choses nécessaires à une seule personne
Exigent le travail de plusieurs sortes de travailleurs
Celui qui donne du millet
Pour obtenir en échange
Des instruments et des vases
Rend possible et utile le travail
Du potier et du forgeron …
A un autre niveau
Les uns se livrent aux travaux de l’intelligence
Les autres aux travaux du corps
Les premiers gouvernent
Les seconds sont gouvernés
Ceux qui sont gouvernés
Pourvoient à l’entretien des gouvernants
Telle est la loi universelle
Mn 58
Si le remède ne trouble pas
La vue du malade
Il ne guérira pas la maladie
Un prince disait : « Mon plaisir était
De monter à cheval, de manier l’épée
Maintenant que mon père est mort
Je ne sais même pas
Lui rendre les derniers devoirs »
Meng tzeu : « Le prince ne doit rien attendre
Que de lui-même. Confucius a dit :
« La vertu du prince est comme le vent
La vertu du peuple est comme l’herbe
Quand le vent souffle, l’herbe s’incline » »
Le prince acquiesca et garda
Le deuil pendant cinq mois
Mn 57
La nature est le principe
Qui donne naissance à tous les êtres
Il n’a rien de mauvais
Mais dans le coeur de tout humain
Naissent des sentiments divers
De joie, de colère, de tristesse, de plaisir…
Si ces sentiments, ces émotions
Restent tempérés, ne s’écartent pas
Du juste milieu, l’humain reste bon
Mais, si les hommes dépassent
Les limites de la modération,
Outrepassent leurs limites,
L’homme devient mauvais
Chaque fois qu’il est à nouveau
Question de bon et de mauvais
Souvenons-nous que celui qui
Est mauvais aujourd’hui
A d’abord été bon
Mn 56
Meng tzeu parlait bien
De la bonté de la nature humaine
La nature, c’est à dire l’ensemble des dons
Que nous devons à Dame Nature,
Est un principe que nous recevons du Ciel
En même temps que l’existence
Notre nature est entièrement bonne
Mais la plupart des hommes
S’abandonnent à leurs passions
Et perdent leur bon naturel
Les sages suivent la loi naturelle
Mn 55 ( Meng tzeu )
Veux-tu ressembler à ces esprits étroits
Qui ne pouvant convaincre leur prince
S’irritent au point de montrer leur déplaisir
S’enfuient à toutes jambes
Et ne se reposent que le soir ?
Le sage ne se plaint jamais des dispositions du Ciel
Et n’accuse jamais les hommes
Mais puis-je ne pas m’affliger
Des épreuves des châtiments
Que le Ciel envoie ?
Je ne me permets pas d’accuser les hommes
Mais j’ai de la compassion
Pour leur malheureuse condition