Un paysan tira sur les tiges
Pour faire grandir la moisson
Le lendemain les pousses étaient desséchées
La sensibilité est faite de passions d’émotions d’affections
Les négliger c’est ressembler au laboureur
Qui laisse pousser les mauvaises herbes
Les exagérer c’est arracher la moisson
Mn 35
L’esprit est la partie supérieure de l’âme
Et la sensibilité la partie inférieure
Lorsque l’esprit s’applique tout entier à quelque chose
Il excite la sensibilité
Lorsque la sensibilité est tout entière à quelque chose
Elle trouble l’esprit
Lorsqu’un humain court ou trébuche
La sensibilité est excitée
Donc elle trouble et agite à son tour l’esprit
La sensibilité cultivée comme le demande sa nature
Prête secours à la raison
Sans elle le corps ne serait que langueur
On cultive la sensibilité par des actes de vertu fréquents
Un acte de vertu isolé ne sert à rien
La pratique de la vertu n’a pas de terme
Er 89
La tradition lettrée en Chine en France ailleurs
Subordonne la sensibilité à l’esprit, à la raison
Or tout est sensible et tout est spirituel
La sexualité est un comble d’animalité
Et un sommet de spiritualité
Le sexe n’est souvent possible
Que si le sentiment s’en mêle
Le sentiment, voire la passion
Guidés par l’idéal
La déraison est au rendez-vous
Y compris par excès de l’idée
De simple péripétie charnelle le sexe
Demande des attentions singulières
De la raison pour empêcher tout dérapage
Irrattrapable
La transgression peut être raison
Ou déraison
Pourquoi le sexe est-il coupable
Lui qui est la vie même ?
Parce que l’humain est coupable
Lui qui brutalise la nature
Cependant la Raison tolérante et ouverte
La Raison lib-lib, libérale-libertaire
Doit l’emporter à la fin
Mn 34
« Dans la même période j’ai connu
Des apprentis de la sagesse bien différents
L’un s’appliquait à l’emporter sur les autres
Un autre à veiller sur lui-même
L’un mettait sa confiance en Confucius
Un autre ne rendait compte qu’à lui-même
Les uns étaient supérieurs en vertu, en raison
Les autres en sensibilité
Si vous ne trouvez pas les mots
Vous ne progresserez pas par la réflexion
Sinon dans le doute et le trouble
L’esprit doit commander à la sensibilité
Celle-ci est répandue dans tout le corps
Le sage veille sur son esprit
Il ne lèse pas sa sensibilité
Il doit faire de celle-ci une servante
Qui ne doit qu’obéir »
Er 88
Mon nom est Gengis Je descend en droite ligne
Du grand khan dont la statue a succédé
A celle de Staline en plein Oulan-Bator
Je respecte les traditions
Par exemple ma femme court légère dans la prairie
Vêtue de rose Je la poursuis à cheval
Je l’attrape avec un noeud coulant au bout d’une perche
Nous sommes allongés dans l’herbe
Nous rions nous rions
Autrefois je suis allé bien des fois
Dans un bordel plein de putains chinoises
J’en ai retenu un goût immodéré
Pour les chattes des femmes
La mienne en a une ravissante toute rose
Une fleur odorante et goûtue
Je peux rester des heures à contempler
Le dédale de ces lèvres grandes et petites
Avant de lécher de sucer
Cette bouche plus éloquente
Que celle d’en-haut
Elle au moins dit toujours la vérité
Celle du plaisir immense
Avant l’enfantement si douloureux
Mn 33
Un sage en voyage ne craignait ni les tigres
Ni les loups, ni les crocodiles ni les dragons
Il était si fort qu’il pouvait arracher les cornes à un boeuf
Moi Mencius je n’éprouve aucune émotion
Depuis l’âge de quarante ans
J’ai connu un sage qui ne supportait rien de personne
Ni d’un paysan ni d’un prince
Il considérait du même oeil
La victoire ou la défaite
Il n’avait pas peur voilà tout
Là où certains calculent tout
Surtout l’état des forces en présence
Sont peureux
Je ne peux pas avoir l’assurance de la victoire
Je n’ai pas peur c’est tout
Mn 32
L’empire n’a jamais enduré un si long temps
Sans avoir de sage souverain
Les souffrances du peuple
Sous un gouvernement tyrannique
N’ont jamais été aussi grandes
Or celui qui a faim n’est jamais difficile
Sur le choix de la nourriture
Notre prince a dix mille chariots de guerre
Surtout il gouverne avec bonté
Tous les peuples l’accueilleraient
Avec la joie qu’éprouverait un homme
Suspendu la tête en bas devant son sauveur
Avec un travail moitié moindre
Que celui des anciens
Nous obtiendrons un résultat deux fois plus important
Allons-y Le moment est favorable
Prince l’êtes-vous aussi ?
Er 87
Moi je suis Papou et j’en suis fier
Nous les Papous nous sommes fiers
Nous avons plein de coutumes passionnantes
Par exemple de temps en temps
Nous nous asseyons autour d’un feu de bois
Nous parlons de choses et d’autres
Et chacun se branle gentiment
Ou encore nos amis anglais nous ont appris
Le noble jeu de cricket
De temps à autre nous invitons les voisins
Qui par ailleurs sont des ennemis mortels
A une partie mais la règle est que nous
Laissons gagner le visiteur
C’est pour nous une politesse élémentaire
L’un de ces voisins m’a averti
Que les étrangers ont des maladies
Je n’ai rien remarqué
Mais j’ai prévenu les grands-mères
Qu’elles ouvrent l’oeil !
Er 86
Papou Je suis Papou Je vis dans un village papou
Nous aimons recevoir un étranger isolé
Les vieilles l’accueillent l’emmènent dans leur enclos
L’examinent sous toutes les coutures
Lui font des papouilles
Les fameuses patouilles papoues
Le soumettent à leur art de la sucette
Qui est toujours léger
Puis elles le transmettent si avis favorable
Aux jeunes filles qui ne sont pas vierges
Elles enseignent leur art de l’amour
Toujours avec délicatesse
C’est fou le succès de ces étrangers
Pourtant ils ne sont jamais aussi beaux qu’un Papou
Nos chevelures crépues sont uniques
Il faut dire que ces amours sont éphémères
Et stériles Je dois avouer que je ne sais pas
Comment les femmes font pour n’avoir d’enfant
Que lorsqu’elles le désirent
Avec l’accord de la matriarche
Ces moeurs m’amusent mais je n’aime pas
Que les jeunes étrangères se fassent si rares
Et qu’elles ne soient pas jojo
Pas papoues quoi !
L’étranger ne me séduit pas
Mn 31
« Seigneur, pour la première fois, vous ne prévenez pas vos officiers
De l’endroit où vous allez alors que votre voiture est déjà attelée »
« Je vais chez Mencius »
« Quoi ! Une personne aussi vulgaire ! Qui a rendu à sa mère des honneurs funèbres supérieurs à ceux de son père !? »
« Je ne savais pas »
Un autre officier : « Quand son père est mort, Mencius était un simple lettré. Maintenant il est préfet. Les pauvres n’ensevelissent pas leurs morts dans le même luxe que les riches »
Le prince ne bougea pas
Mencius prévenu déclara : » C’est un décret du Ciel »